Coup de cœur jeunesse pour "Obie Koul"

2 juillet 2020 0 commentaire
  • Demain démarre l’édition 2020 des 48h de la BD. Les éditeurs participants ont tous déniché leur meilleur représentant, que nous avons déjà chroniqués. Revenons néanmoins sur l’étonnant "Obie Koul", en phase de devenir une série événement !

Pour ceux qui n’auraient pas lu notre chronique du premier tome, sachez qu’Obie Koul est un jeune garçon de 12 ans presque comme les autres. Ses parents sont séparés depuis son plus jeune âge, et il s’est habitué à ne voir que très rarement son père scientifique.

Sa vie prend un tournant avec le changement de poste de sa mère. Prof de maths, elle doit déménager avec son fils pour se rapprocher de leur nouveau collège. Nouveau et fils de la prof de maths, Obie Koul attire malheureusement l’attention de deux bandes rivales de ce collège « difficile ».

Coup de cœur jeunesse pour "Obie Koul"

Non content d’être harcelé et de devoir se faire de nouveaux amis, Voilà qu’Obie apprend en plus que son père est un extra-terrestre. En effet, à force de vouloir aider son fils à se défendre contre les brutes du quartier, le « scientifique » doit révéler son secret à son fils. Il vient de la planète ¬Oxythol et va d’ailleurs le présenter à son grand-père, l’empereur de leur planète en guerre.

Lors de leur rencontre, ce dernier lui révèle que ses origines hybrides entre deux races (les humains et les Nagams) vont générer chez lui un grand pouvoir, mais qu’il doit encore le découvrir. En attendant, Obie va continuer à passer l’essentiel de sa vie auprès de sa mère, et une partie de ses vacances scolaires avec son père… à apprendre à se battre avec une bande d’extra-terrestres !

On ne présente plus le prolifique scénariste Pierre Makyo à qui l’on doit entre autres la saga de La Balade au Bout du Monde ou de nombreuses adaptations réussies de romans comme ceux d’Éliette Abécassis (Qumran). Avec la multitude de séries réalistes ou adultes qu’il a signées, on a aussi tendance à oublier que Makyo a commencé sa carrière avec des récits jeunesse, notamment au sein de l’hebdomadaire Pistil avec Alain Dodier dès 1977. Toujours avec Dodier, Makyo a réalisé les séries des Bogros ainsi que Gully, tout d’abord dans l’hebdo Mercredi afin d’intégrer tous les deux Le Journal de Spirou et de poursuivre la pléthorique carrière qu’on lui connait.

En écrivant Obie Koul, Makyo ne revient pas seulement à ses premières amours, il réalise également une véritable synthèse de son travail pour le condenser en l’essence même de cette série. En effet, ses premières récits jeunesse étaient essentiellement dans des mondes imaginaires, peuplés de lutins. Tandis que dans ce cas, il a puisé dans ses séries adultes pour trouver un terreau réaliste qui confère une vraie épaisseur aux personnages, non sans toutefois y ajouter quelques éléments plus « fantastiques », comme le pouvoir qu’Obie renferme en lui. De plus, le scénariste ajoute à tout ceci l’aspect science-fiction tiré d’autres de ses séries pour concevoir une univers attirant pour les jeunes d’aujourd’hui, peut-être plus orienté vers les étoiles que les lutins.

L’autre élément déterminant apporté par Makyo réside dans le traitement de la vie des collèges. Le scénariste ose aborder l’angle du harcèlement et des difficultés d’intégration. Même si Obie s’en sort souvent parfois grâce à la technologie alien de son père, ce jeune héros séduit par sa force de caractère. Makyo veut ainsi montrer aux jeunes lecteurs que c’est en eux qu’ils trouveront la force de rester intègres par rapport à leurs propres valeurs.

Enfin, Makyo traite la séparation des parents telle une nouvelle normalité de notre société. Sans stigmatiser ceux qui restent ensemble, le scénariste parvient à traiter ce quotidien plus ou moins facile à vivre par le truchement de son jeune héros. Ses parents sont-ils d’ailleurs vraiment séparés ? On sent qu’un lien fort les unit, mais les choses de la vie en ont décidé autrement. Quoiqu’il en soit, Obie vit la vie chez sa mère ou son père sous des angles différents, certes exacerbés à cause des origines extraterrestres de ce dernier, mais ce n’est qu’une image pour mieux créer le lien avec le lecteur, les émotions restant les mêmes.

Les émotions transmises au lecteur, cette proximité avec le héros tant dans le quotidien sur Terre que dans l’espace, rien ne serait possible sans le travail et l’investissement d’Alessia Buffolo. Bien entendu, certaines approximations sont présentes : un bras trop long pour amplifier un mouvement, parfois une expression un peu flottante ou un découpage plus approximatif dans la dernière séquence du tome 2, une planche effectivement complexe à réaliser.

Ces petits éléments ne sont que l’arbre qui cache la forêt : la force de caractère qu’elle parvient à conférer au héros draine tout le récit. On peut d’ailleurs profiter de son dessin sur l’agrandissement du visage d’Obie sur la couverture du tome 1 : le trait est sûr et évocateur ! La dessinatrice parvient ainsi à allier la densité du scénario à une bonne lisibilité, tout en conférant le réalisme nécessaire tant au cadre scolaire qu’à l’entraînement avec les extra-terrestres. Un grand écart graphique qui démontre tout son talent, tout en étant aidé par les couleurs d’Alessandra Dottori.

Obie n’a pas besoin d’entraînement pour mieux se battre, il doit apprendre à avoir confiance en lui

Par l’acuité de ses thématiques, à savoir le quotidien d’un enfant vivant entre ses parents séparés et le harcèlement à l’école, tout en apportant une vraie réflexion de vie (les solutions sont liées à la confiance en soi), Obie Koul a su toucher les jeunes lecteurs, comme le démontre le succès de son premier tome : sélectionné pour le Grand Prix des lecteurs de Mickey Magazine et primés par les collèges à Angoulême ainsi que par le Conseil Départemental à Blois.

Une belle transposition de la façon dont les enfants sont amenés à séparer leur vie entre leurs deux parents.

Même s’il se déroule majoritairement sur une autre planète, nul doute que le second continue à convaincre, car les valeurs qu’il distille sont aussi justes qu’universelles. Pour vous en convaincre, n’hésitez pas à profiter de l’action des 48h de la BD qui débute ce 3 juillet afin de profiter du premier tome au prix de 2€ !

(par Charles-Louis Detournay)

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