Coup de cœur polar : "La Cage aux cons"

24 octobre 2020 0 commentaire
  • C'est l'histoire d'une petite frappe que l'amour de sa vie a foutu à la porte. S'il veut revenir à la maison, ce sera les poches pleines de pognon. Réfugié au bistrot, il repère un type ivre mort. Un vrai con qui se vante d'avoir des millions dans son salon. Il décide de le cambrioler...

Pas lui faire du mal, juste partager un peu les richesses, c’est son idéal de gauche à la Robin des bois. Mais quand il plonge ses mains dans l’oseille, celles du con se referment sur un flingue...

Voilà notre gars séquestré chez un grand bourgeois, belle mine et beau parleur. Mais vrai dangereux si on lui manque de respect. La première demande du con ? Enterrer son prédécesseur dans la cave, aux côtés des huit autres gusses qui ont essayé de la lui faire à l’envers. Une fois la tâche accomplie, notre petite frappe qui se retrouve emprisonné, obligé de laver la maison et ou de faire la conversation avec la mère de son geôlier. Fuir ou lui faire la peau ? Telle est la question qu’il se pose jour après jour...

Coup de cœur polar : "La Cage aux cons"

Le logo de la Gaumont en prélude aux films, et en-dessous, l’hommage dans l’album

Évacuons d’emblée le point qui fâche : c’est vrai que le titre de cet album n’est pas très glamour... Pas plus que la couverture ! Bref, vu de l’extérieur, cela ne respire pas vraiment pas le bon goût, ni la qualité que l’on attend et espère pour passer un agréable moment de lecture. Mais les apparences sont trompeuses (comme on l’apprend dans cet album), et si l’on ne devait se fier qu’aux titres et aux couvertures pour savoir comment choisir ses lectures, on passerait à côté de bien des chefs-d’œuvre mal fagotés. Heureusement, ActuaBD est là pour vous conseiller, et croyez-nous, sur ce coup-ci, le plat est gratiné !

Dès que l’on a tourné la couverture, on croit se retrouver dans un film des années 1950 ou 1960 : avec un logo Delcourt qui singe celui de Gaumont Distribution, une sombre ambiance digne des films de Melville, et surtout une formidable voix off qui multiplie des mots d’auteur rappelant le regretté Michel Audiard. Quand l’entame est aussi réussie que cela, on espère que cela va se maintenir tout du long. On n’est pas au bout de nos surprises !



Car ce n’est que le début : on apprend à connaître notre petite frappe, qui nous paraît d’ailleurs bien sympathique, avec ses réflexions pas piqués des vers, et son "humanisme de gauche" comme il l’appelle. À partir de la tentative de cambriolage, tout se retourne : le voleur devient le séquestré, tandis que le volé prend les atours d’un curieux quidam. D’un vaudeville bien tourné, on tombe presque dans l’absurde : ce gros dur en fichu qui passe l’aspirateur frise l’ubuesque, tandis que les corps dans la cave rappelle La Leçon, la pièce de théâtre morbide d’Eugène Ionesco.

Cet aspect décalé confère énormément de fraîcheur au récit. Loin de supporter l’oppression du séquestré, on s’amuse des situations présentées (ah, la séquence du programme TV !), se demandant comment notre lourdaud poète pourra se sortir de ce piège. Et chaque nouvelle situation pousse le bouchon un peu plus loin : on rit, on se délecte des répliques savoureuses, et on profite de ce mystérieux et audacieux imbroglio.

Si Matthieu Angotti a certainement su tirer la moëlle substantielle du roman Le Jardin du bossu de Franz Bartelt, une grand part de l’immense réussite de cet ouvrage vient de Robin Recht qui opère un habile découpage en trois bandes, alliant lisibilité et évocation cinématographique, et travaille chaque cadrage pour donner de l’épaisseur aux personnages, renforçant leur aspect débonnaire pour tirer ce polar sur le terrain d’un merveilleux vaudeville absurde.


De crainte de vous dévoiler la mariée, nous ne vous en dirons pas plus... Si ce n’est que si vous appréciez les récits bien construits et sortant des sentiers battus ainsi que les rebondissements inattendus, vous devez absolument lire ce livre. Un merveilleux huis clos qui, une fois terminé, vous donnera l’envie de le relire avant de vouloir le passer à des connaissances pour avoir le plaisir d’en parler avec eux ! Car La Cage aux cons est une merveille de construction et malice, et pas uniquement d’humour noir !

(par Charles-Louis Detournay)

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La Cage aux cons, par Angott & Recht, d’après Franz Bartelt - Delcourt

Toutes les illustrations sont : © Editions Delcourt, 2020 – Angotti, Recht, d’après Franz Bartelt.

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