D’un Z signé… Alex Toth

  • Glénat republie l’intégrale des aventures de Zorro par Alex Toth. L’occasion de revisiter un classique littéraire popularisé par le cinéma et la télévision, une sorte d’ancêtre des super-héros, mais aussi de juger sur pièce l’incroyable talent d’Alex Toth (1928-2006) dont la science de la mise en scène et l’usage du noir et du blanc influencèrent bon nombre d’auteurs d’Hugo Pratt à Frank Miller ou Franck Biancarelli.
D'un Z signé… Alex Toth
L’intégrale de Zorro par Alex Toth chez Glénat

Créé en 1919 par l’écrivain américain Johnston McCulley (1883-1958), Zorro (mot espagnol qui signifie « Renard ») a vécu le temps de quatre romans historiques glorifiant la Californie du Sud à l’époque où elle est encore sous domination espagnole au début du XIXe siècle.

Don Diego de la Vega est un jeune aristocrate californien qui s’emploie à ridiculiser une administration espagnole corrompue.

Dans la première apparition graphique de Zorro, celui-ci porte le voile...
Photo : DR

Le premier volume intitulé The Curse of Capistrano (La Malédiction de Capistrano) publié en feuilleton dans le Dime Novel (roman à cinq sous) All-Story Weekly reçoit un tel accueil qu’Hollywood s’en saisit l’année suivante avec La Marque de Zorro (1920) avec Douglas Fairbanks dans le rôle-titre, lequel co-signe le scénario avec Johnston McCulley et Eugene Miller.

On notera que le célèbre « Z » apparaît dans la version cinématographique et non dans le roman. De même, le fameux loup qui est son autre marque de fabrique (dont s’inspirera Bob Kane pour Batman) n’a été figé que tardivement, le roman original usant d’un voile noir (voir illustration) et le premier film un foulard réservé de deux trous pour les yeux. D’ailleurs, l’identité de Zorro est révélée dès le premier roman.

C’est le début d’un succès qui ne s’est pas démenti depuis : plus de 50 millions de livres vendus et un destin cinématographique et télévisé sans équivalant, marqué en particulier par la série télé de 82 épisodes produite par Walt Disney entre 1957 et 1961. On notera que le Sergent Demetrio Lopez Garcia est une création du feuilleton-télé, le personnage original s’appelant Gonzales.

« Les Aventures de Zorro » par Alex Toth aux éditions Glénat

Alex Toth transcende Zorro

Dans la version de Dell (1958), la photo de l’acteur de la série TV, Guy Williams, figure en couverture. Mais le modèle de Toth est Errol Flynn...
Photo : DR

C’est André Oulié qui en est le premier traducteur graphique en bande dessinée en France dans Zorro (1947) une suite de Jeudi Magazine des éditions Chapelle, reprenant le héros à l’imitation de la publication contemporaine de Tarzan. Il l’illustra sans discontinuer jusqu’en 1967, repris ensuite par Jean Pape.

Mais ces versions n’ont rien à voir avec celle qu’Alex Toth réalisa pour Dell Publishing à partir juin 1958 (Four-Color N°920). Elle est directement inspirée par la version télévisée du personnage, bien que son dessinateur préféra donner au héros les traits de Errol Flynn et non ceux de l’acteur du feuilleton Guy Williams dont le portrait figurait pourtant sur les premiers fascicules publiés par Dell.

Ces pages revêtent une importance historique en raison du fait que ce sont parmi les premiers travaux d’Alex Toth faits à son retour du Japon où il passa son service militaire. L’intrépidité de son pinceau montre une audace nouvelle qui tranche avec l’encrage compassé du Golden Age, peut-être inspirée par l’art japonais. Ses effets de noir & blanc, héritiers de Milton Caniff et Harold Foster, ses maîtres revendiqués, de même que l’efficacité de ses plans et de ses solutions graphiques, subjuguent ses contemporains. Jijé puis plus tard Frank Miller et Mike Mignola le regardent de près.

Glénat fait ici un joli travail de publication (avec une nouvelle traduction d’Alain David), meilleure que la version de Futuropolis dans la collection Copyright qui, il faut bien le dire, était un désastre.

« Les Aventures de Zorro » par Alex Toth aux éditions Glénat

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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7 Messages :
  • D’un Z signé… Alex Toth
    21 avril 2011 10:44, par Jean-Paul Gabilliet

    C’est “Capistrano”, pas Capristano...
    A bientôt Didier.

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 21 avril 2011 à  10:52 :

      Vous lisez trop vite, Jean-Paul, je n’ai même plus le temps de me relire ;)

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  • D’un Z signé… Alex Toth
    23 avril 2011 20:44, par la plume occulte

    Un incroyable talent Alex Toth ?Oui.Et les mots qui définissent le mieux l’Œuvre de ce géant véritable des comics sont la clarté,la simplicité et l’élégance.

    Encensé par pléthore de grands artistes de la BD qui le portent aux nues ;il a pourtant été peu reconnu une grande partie de sa carrière.C’est d’ailleurs par dépit qu’il a quitté le monde des comics pour l’animation(chez Hanna et Barbera)à une époque, alors ,qu’il ne se reconnaissait plus dans le média dont il regrettait alors la direction trop adulte et nihiliste prise par certains.Il regrettait aussi (déjà)tous ces auteurs "plus" peintres ,graphistes,illustrateurs qu’autre chose ,à qui ,on donnait trop le premier rôle médiatique,et ,qui, derrière de belles images alignées : oubliaient de raconter une histoire,de faire de l’art séquentiel ,donc,de la BD.En toute connaissance,puisque lui même était aussi illustrateur,publiciste et storyboarder.

    Et il savait de quoi il parlait Alex Toth quand il parlait de l’art de la BD.Un art qu’il a pris avec sérieux et rigueur,en n’essayant pas/voulant pas que ce soit autre chose que lui même en propre:c’est à dire de la BD.Et il a fait école.

    Il a fait école,avec son sens du design exceptionnel(il était fasciné par les recherches sur la structure et la forme)et son sens de l’épure.Épure qu’il a poussé plus loin que quiconque dans la narration BD.

    Le "Less is more"était son cheval de bataille (comme Joe Kubert et John Buscema)avec un souci de tout dire sans fioritures.Tout dire avec un trait simple,spontané,mais ultra réfléchi dans un régal de construction et de contraste.Et quelle ambiance,quelle vie !!

    Du très grand art.....

    Mais son travail sur l’épure n’a pas toujours été bien compris.Ce dépouillement recherché et revendiqué-fruit d’un gros travail et d’une connaissance approfondie du dessin-,l’a fait passer chez certains pour un médiocre dessinateur.

    Pour en revenir a Zorro,le personnage tout de noir vêtu se prêtait à merveille à ses expériences graphiques,et il l’appréciait.Ce qui ne l’empêchera pas de dire bien plus tard :"ça ne vaut pas grand chose,mais si ça amuse ceux qui le lisent..."

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    • Répondu par Gill le 24 avril 2011 à  00:17 :

      J’aime aussi ces bons vieux dessins qu’une longue expérience d’artisan-artistes avait formée. Des dessinateurs-apprentis et non ces génies de l’innée spontané que recherchent les éditeurs actuels.

      Mais il me semble devoir répéter une fois de plus que le métier principal de nombreux dessinateurs (et celui qui les fait connaître) n’est pas "publiciste" mais "publicitaire".

      Publiciste est un nom qui désigne un juriste dont la spécialité est le droit public.

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      • Répondu par la plume occulte le 25 avril 2011 à  18:08 :

        Je crois qu’il y a méprise.Le gros du travail d’Alex Toth était de réflexion .Son questionnement de l’épure au service de la narration est monumental.Il a fait de la recherche théorique appliquée.Lui est un génie un vrai de l’art séquentiel. Certains n’hésitent pas à le placer dans le top 10 des candidats potentiels au titre de plus grand auteur de BD de tout les temps.

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        • Répondu par Alex le 26 avril 2011 à  00:45 :

          J’irais même plus loin : Alex Toth est certainement l’un des plus talentueux dessinateurs de tout les temps. J’aime le comparer à Hokusai, pour son insatiabilité, son talent à "tout" dessiner.

          Vous le mentionnez -et j’en ai déjà parlé sur ce site- son travail de storyboarder est tout aussi essentiel. Je vous recommande le "Alex Toth by design" (Gold Medal Productions) : pas loin de 400 pages de storyboards et de bibles graphiques -parmi celles qui n’ont pas finies à la poubelle (??!!!)

          L’appétit de dessin est énorme. La frustration est évidente aussi : Toth va jusqu’à redessiner des storyboards entiers pour Hanna & Barbera alors qu’il est engagé comme designer. Chaque page de ce livre est agrémentée de commentaires du Maître, et ce n’est pas un tendre !

          Ses dernières collaborations pour l’animation me font penser à du Moebius : le côté "So what ?".

          Finalement, je voudrais rappeler cette devise d’Alex Toth : "Draw less, think more"

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  • D’un Z signé… Alex Toth
    4 mai 2011 10:12, par Franck Biancarelli

    Didier, merci de m’ avoir mis en aussi bonne compagnie.
    Dites-moi combien je vous dois.
    En l’ occurence, je trouve cette intégrale très belle. Même si celle de Futuro n’ était pas la pire des rééditions de Robial (quelques Prince Vaillant et le "Bob l’ aviateur" avaient été littéralement saccagés), ici, les traits ne sont pas graissés et les gris sont très bien reproduits. Du coup, on dirait que l’ air pénètre à nouveau dans ses pages et dieu sait que, pour ce génie de la composition que fut Toth, la façon dont l’ air circule, c’ est primordial.
    je ne peux donc que la conseiller.

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