DC Comics et Diamond Comic Distributors divorcent !

6 juin 2020 7 commentaires
  • Tout passe, tout lasse, tout casse, la raison a ses raisons, que le coeur ignore: L’éditeur DC Comics divorce avec son principal distributeur Diamond Comic Distributors. Par communiqué officiel, via un e-mail aux détaillants envoyé vendredi matin, l'éditeur de "Batman" et "Superman" vient de rompre ses liens avec le leader du système de distribution des bandes dessinées aux comic shops et librairies aux USA.

L’histoire entre les deux tourtereaux était belle, elle durait depuis 25 ans, quasi exclusive, on appelle ça un monopole, mais l’histoire a une fin. C’est la séparation.

DC Comics et Diamond Comic Distributors divorcent !
DC Comics redistribue les cartes, grosses secousses en perspective...

Entre DC Comics et Diamond, tout avait commencé dans les folles années 1990, où l’euphorie des ventes battait son plein. Avec plusieurs sociétés qui se disputaient la distribution : Diamond Comic Distributors dans le Maryland, Capital City Distribution dans le Wisconsin et Heroes World Distribution dans le New Jersey.

C’est là, en 1994, que Marvel Comics, l’autre grand prétendant aux suffrages dans le cœur des lecteurs, sous la houlette de son trop empressé nouveau propriétaire, Ron Perelman, met la main sur le distributeur Heroes World Distribution. Objectif : devenir le numéro 1, le torse bombé, devant la concurrence.

DC ou Marvel Comics : qui c’est qui est le plus beau, le plus grand ?

Pas en reste, DC et quelques autres candidats au plébiscite des fans : Image, Dark Horse et Archie Comics font barrière derrière Diamond Comic Distributors et signent des contrats exclusifs avec l’entreprise, d’autant que Diamond absorbe Capital City Distribution, proche de la faillite, un crève-cœur mais bon....

Mauvaise pioche pour tous : en 1996, alors que le marché connaissait un gros ralentissement, le fanfaron Marvel dépose le bilan ! Il ferme Heroes World Distribution et signe aussi un contrat d’exclusivité de distribution avec Diamond, seul candidat en lice, qui se retrouvait du coup en position de quasi monopole, prompt à imposer ses conditions. Un « aïe ! » rétrospectif s’impose ici.

Donc tout allait plus ou moins bien, dans le meilleur des mondes possibles, celui des affaires… jusqu’à ce qu’un minuscule virus, la (ou le) Covid-19, comme un cheveu dans la soupe, une mouche dans le lait, vienne s’immiscer dans la belle histoire, avec confinement général, arrêt de la distribution des comics de la part de Diamond, par mesure sanitaire préventive. Stupeur générale, inquiétude aussi. On vous en a parlé il n’y a pas si longtemps.

Quand Diamond Comics, sous la contrainte du Covid-19, ferme ses portes, c’est toute l’industrie des comics qui s’arrête.

Mais plus déterminé que ses concurrents, l’éditeur de Wonder Woman, entretemps devenu une filiale de la Warner, a pris ses dispositions pour continuer à proposer ses histoires dessinées en dépit de la pandémie. En numérique tout d’abord, ensuite en faisant appel à des réseaux alternatifs tels Penguin / Random House et Barnes & Nobles, acteurs déterminants du secteur de l’édition généraliste aux États-Unis dont les réseaux de diffusion en librairie sont resté ouverts, et deux autres distributeurs : Lunar Distribution pour traiter les commandes de l’Ouest des USA et UCS Comic Distributors pour s’occuper de l’Est. Des filiales de deux importants comic shops, Discount Comic Book Service et Midtown Comics, plutôt performants dans la livraison par correspondance. Des dispositions qui ont fait le bonheur du format roman graphique, déjà en pleine ascension.

DC est aujourd’hui résolu à prolonger ces partenariats, au-delà de la période de déconfinement et un lent retour à la normale. Une séparation avec Diamond qui signifie que le distributeur perd le deuxième plus grand éditeur du marché nord-américain, qui pesait 30% de l’ensemble du marché en 2019.

Donc Penguin / Random House se chargera des trade paperbacks (recueils de comic books) et des romans graphiques, tandis que Lunar Distribution et UCS Comic Distributors s’investiront pour le marché direct des comic shops et leur format de prédilection : le comic book.

La dernière salve de commandes estampillées Diamond Comics est prévue pour le 15 juin, au plus tard. Comme lors de la pandémie, les sorties de DC Comics continueront de se faire le mardi. Pour l’instant.

« Nous reconnaissons que, pour beaucoup d’entre vous, cela peut sembler une décision capitale. Cependant, nous pouvons vous assurer que ce changement dans les plans de distribution de DC n’a pas été fait à la légère et fait suite à une longue période de réflexion. Le changement de direction est conforme à la vision stratégique globale de DC visant à améliorer la santé et à renforcer le marché direct ainsi qu’à accroître le nombre de fans qui lisent des comics dans le monde entier » prévient le communiqué envoyé aux détaillants « À court terme, Diamond ne remplira que les commandes passées jusqu’au 1er juin, date limite de commande finale et ne s’occupera plus de la distribution de nouveaux titres DC. »

Ouf, les héros DC vont pouvoir reprendre leurs lectures favorites !
© DC Comics

Cette révolution dans le système de distribution des comics aux États -Unis fait figure de secousse sismique, Steve Geppi, le président de Diamond Comics Distributors s’est empressé de rétorquer, passablement ébranlé, même s’il fait bonne figure, presque philosophe : « Aujourd’hui, DC a envoyé un message aux détaillants dans lequel il annonçait la fin de sa relation de longue date avec Diamond. En avril, nous avons été informés que DC commencerait à distribuer des produits par le biais d’autres sociétés. À l’époque, ils nous ont demandé de soumettre une proposition d’accord révisé, étant entendu que Diamond continuerait d’être l’un de leurs distributeurs. Une proposition que nous avons rapidement faite. DC a donc demandé une prolongation jusqu’au 30 juin, ce que nous avons accordé. La semaine dernière, DC a demandé une nouvelle prolongation jusqu’en juillet. Nous avons ensuite demandé des explications et DC a indiqué qu’ils répondraient aujourd’hui, le 5 juin. Au lieu de recevoir une réponse, nous avons reçu un avis de résiliation aujourd’hui. Bien que nous nous attendions à un tel résultat, nous, comme beaucoup d’autres opérateurs dans l’industrie. »

Steve Geppi, le PDG du distributeur Diamond Comics Distributors, fait bonne figure, en dépit de l’émotion. Comme sur une photo de mariage...

Il ajoute : « Bien que nous espérions parvenir à un accord avec DC, chaque changement majeur présente également de grandes opportunités ! Rassurez-vous, Diamond est une entreprise solide et notre succès ne dépend pas des actions d’un partenaire commercial. Tout en reconnaissant que ce changement a un impact sur le secteur, nous sommes bien placés pour tirer parti des opportunités de croissance et nous sommes déterminés à assurer le succès de nos partenaires d’édition, des comics et de notre industrie dans son ensemble. »

Avant de conclure : « Nous sommes toujours enthousiasmés par le potentiel de croissance de l’industrie de la BD, des jeux et des jouets, ainsi que par les opportunités de croissance pour notre autre entreprise Geppi Family Enterprises. Je crois vraiment que notre retour sera plus important que notre revers et que nos meilleurs jours sont encore à venir. »

Amour rime-t-il avec toujours ? Apparemment pas dans le business.
© DC Comics.

Peut-être les avocats des parties finiront leur dialogue en justice. Le Coronavirus s’avérant une maladie aux dommages collatéraux textuellement transmissibles... Il faut se faire une raison : un contrat d’exclusivité n’est pas un contrat de mariage.

(par Pascal AGGABI)

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7 Messages :
  • DC Comics et Diamond Comic Distributors divorcent !
    6 juin 19:45, par Michel Dartay

    En attendant, cette mesure ne va pas arranger la trésorerie des comic-shops, puisque la remise qu’ accorde Diamond est fonction du volume en $. Donc si un éditeur représentant 30% du marché les quitte....

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    • Répondu par Pascal Aggabi le 6 juin à  20:46 :

      Diamond Comic et son monopole ne sont pas forcément la meilleure chose pour les comics. Un peu d’air frais pourraient faire du bien, surtout aux plus fragiles : https://m.ranker.com/list/dark-facts-about-diamond-distributors/jacob-shelton

      On est de même en droit de se demander pourquoi il n’y a pas eu réaction avant, et pourquoi des éditeurs appuyés sur d’aussi gros groupes que DC et Marvel Comics se sont laissés mener par le bout du nez, sans réagir.

      Il faut croire que les injonctions, les abus et l’opacité leurs plaisent.

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  • Petite correction :

    "Lunar Distribution pour traiter les commandes de l’Ouest des USA et UCS Comic Distributors pour s’occuper de l’Est", ce n’est pas exacte les 2 distribuent partout, mais Lunar a ces dépôts sur la côte Ouest et USC ont leur sur la côte Est.
    Puis "Donc Penguin / Random House se chargera des trade paperbacks (recueils de comic books) et des romans graphiques, tandis que Lunar Distribution et UCS Comic Distributors s’investiront pour le marché direct des comic shops et leur format de prédilection : le comic book."
    Ce n’est pas très claire en faite : Penguin / Random House distribue les livres pour les librairie non-spécialisées, tandis que Lunar et UCS distribuent fascicules (les comics) ET les livres pour les librairie spécialisées.

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    • Répondu par Pascal Aggabi le 7 juin à  11:16 :

      Tout à fait, pour l’instant. Avec déjà des détaillants qui grognent que c’est juste une exclusivité qui en remplace une autre, pas forcément meilleure, pour eux. Des grandes enseignes qui se chargent de la distribution pour tous, l’équité va-t-elle être respectée ? C’est une vraie question.

      On remarque que DC Comics, depuis quelques temps déjà, essaie de faire bouger les choses, n’abdique pas et veut continuer à vendre des livres, à tous les publics.

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      • Répondu par Michel Dartay le 7 juin à  13:18 :

        Je vous communique le point de vue (partiel) de Chuck Rosanski, patron de MHC (lisible sur son site, rubrique Newsletter)

        "So, what do the new kingpins at DC think that they are doing ? Well, first of all, they want to drive more business to their online channel. Second, they think that they can do just fine on their trade paperbacks and hardbacks selling them to traditional bookstores through their distribution relationship with Penguin/Random House. Third, their recent "experiment" of selling $9.95 pseudo comic books through Walmart and Target has shown them quite clearly that they can generate massive comic book sales without a single comics specialty shop remaining in existence."
        L’hyphothèse en super-marchés de style Walmart me fait penserà la récente réussite commerciale de panini qui a proposé uniquement en super-marchés Carrefour. pendant le confinement, hasard du calendrier bien sûr : d’épais livres brochés, la collection Les grandes batailles, 240 pages, 2,99 euro l’unité ! Les librairies traditionnelles étant fermées, ces livres se sont littéralement vendus comme des petits pains (normal pour panini, me direz-vous...) cumulant même une semaine neuf titres dans le Top Ten des ventes de livres, tous genres confondus.

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        • Répondu par Pascal Aggabi le 7 juin à  16:17 :

          Merci pour le relais de ce message.

          Chuck Rosanski joue sa partition, il est dans son rôle, d’autant que ce sont pour lui de gros concurrents de la livraison par correspondance, avec qui DC traite .

          DC a raison de tenter de faire bouger les lignes d’un système à bout de souffle, ce qui finalement profitera à tous. Gageons que ce n’est qu’un début.

          La BD doit retrouver le public et sortir de la ghettoïsation , puisque tout le reste en est la conséquence.

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          • Répondu par Michel Dartay le 7 juin à  19:55 :

            Voila. Crise du Covid ou non, il semble que la distribution de comics soit en train de migrer des comics-shops traditionnels (bien mieix agencés et plus agréables qu’il y a trente ans, que ce soit en France ou aux States. En Angleterre aussi sans doute). La conséquence logique de la régularisation du genre, après l’énorme succès des films super-héroïques récents. C’est triste pour les comic-shops traditionnels qui ont contribué à la diffusion du genre après la sortie de circuit des groceries. Maintenant, ils vendent surtout de l’ancien, ce qui leur permettra sans doute de maintenir leurs ventes. Et puis, ils ont des toys, des teeshirts et autres gadgets.

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