DC The New Frontier : pour l’espoir, l’héroïsme et la tolérance

27 décembre 2019 0 commentaire
  • Il y a presque quatre ans, Darwyn Cooke, l'un des plus grands auteurs de comics nous quittait, laissant un grand vide. Artiste prolifique à l'origine de nombreux classiques, Urban Comics vous propose enfin de redécouvrir son chef-d'oeuvre : "DC The New Frontier". Publié en 2004, cette ode vintage à l'espoir et l'optimisme, lauréate d'un Eisner Awards en 2005 est un joyau à ne pas manquer.

« Mais je vous dis que nous sommes devant une Nouvelle Frontière » déclarait en juillet 1960 John Fitzgerald Kennedy, lors d’un discours mémorable prônant le fin de l’isolationnisme américain d’avant-guerre et la promesse d’une politique progressiste, tolérante et sociale.

Quelques mois plus tard, JFK deviendra le 35e président des États-Unis d’Amérique, mais son mandat sera tragiquement écourté par son assassinat le 22 novembre 1963 à Dallas. Son bilan politique divise encore aujourd’hui, mais une chose est sûre, les promesses de la Nouvelle Frontière sont restées une chimère. Reste alors un discours marquant, poignant et plein de promesses d’avenir, dont l’immense Darwyn Cooke saura se souvenir lors de la création de son chef-d’oeuvre : DC The New Frontier.

DC The New Frontier : pour l'espoir, l'héroïsme et la tolérance
La première génération de super-héros victime du Maccarthysme

Récit choral titanesque qui est autant une fresque épique qu’une immersion presque intimiste dans les années 1950, DC The New Frontier est l’une des oeuvres les plus marquantes de l’éditeur aux deux lettres. Une sorte de Watchmen, l’optimisme en plus. Celui que l’on surnomme parfois le Yves Chaland américain reprend ici autant les plus grandes figures que les icônes oubliées de DC Comics pour les ancrer dans un contexte historique bien particulier.

Pour l’amour des dinosaures et de Jack Kirby.

Après des années de bons et loyaux services, la première génération de super-héros a été forcée de se retirer par le fameux Joseph McCarthy en pleine croisade anti-communiste. Les justiciers masqués qui décident de poursuivre leurs activités sont traqués et arrêtés, à l’exception de l’insaisissable Batman qui échappe encore et toujours aux forces de l’ordre.

Chevalier noir et Homme d’acier

Pendant ce temps Superman et Wonder Woman sont envoyés en Corée pour défendre les intérêts de l’Oncle Sam, mais alors qu’ils étaient persuadés d’être dans le camp du Bien pendant la Seconde Guerre mondiale, les deux icônes américaines sont désormais emplies de doutes.

Dans notre monde, cette période correspond à une époque où le genre super-héroïque était en déclin et seuls Batman, Superman et Wonder Woman continuaient à avoir du succès. C’est donc l’histoire éditoriale de DC Comics et ses personnages que Darwyn Cooke récupère pour construire son récit. Ainsi c’est en 1956 que le jeune Barry Allen est frappé par le foudre et devient The Flash, exactement la même année où ce personnage est apparu dans notre monde.

Barry Allen découvre ses nouveaux pouvoirs et risque bien de devoir changer de chaussures...

Au premier abord, cet ouvrage semble être une succession de scènes et d’histoires sans aucun rapport entre elles, avant que l’auteur ne s’arrête vraiment sur deux personnages, J’onn J’onzz et Hal Jordan. Le premier est un Martien téléporté par erreur sur Terre et qui se demande s’il réussira à s’intégrer parmi les humains alors qu’ils n’arrivent déjà pas à accepter leurs frères d’une autre couleur de peau. Le second, Hal Jordan est un ancien pilote mobilisé en Corée, mû par un pacifisme que ses supérieurs considèrent comme une faiblesse. Le seul but de Jordan est de réussir un jour à se rendre dans les étoiles, à traverser cette nouvelle frontière qu’est l’espace.

Des Losers de Jack Kirby, Green Arrow, Les Challengers of the Unknown, Aquaman, la Justice Society of America, Adam Strange, aux Blackhawks ou encore à la Suicide Squad d’origine, Darwyn Cooke n’oublie aucun personnage de l’écurie DC Comics de cette époque. On retrouve ainsi un antagonisme entre les personnages plus militarisés ou typés espion -comme la Suicide Squad ou King Faraday- et les super-héros, métaphore de la concurrence entre ces deux genres dans notre monde.

Hal Jordan rêve d’aller dans les étoiles.

On retiendra tout particulièrement une réinterprétation de Steel, super-héros afro-américain apparu dans les années 1990. Ici, c’est un homme vivant au sud des États-Unis qui voit sa famille se faire massacrer par le Ku Klux Klan. Masqué et arborant autour de son cou la corde utilisée pour tenter de le pendre, il traque les membres de cet infâme organisation suprémaciste blanche pour rendre justice. Une sous-intrigue puissante et tragique jusque dans sa conclusion aussi déchirante que cynique.

Une nouvelle génération.

Dans un monde en pleine Guerre Froide et à peine remis de la Seconde Guerre mondiale, le climat est tendu, la méfiance et la paranoïa l’emportent. Tous nos personnages, aussi différent et ambigu soient-ils, devront pourtant trouver la force de transcender leurs préjugés, de s’unir au delà des clivages et du politique pour sauver l’humanité d’une menace millénaire.

Hal Jordan devient Green Lantern.

Virtuose au scénario, Darwyn Cooke se montre grandiose aux dessins. Chacune des 400 planches qui constituent cette histoire est d’une minutie, d’une justesse et d’une beauté exceptionnelles. On ressent le soin et l’amour apporté par le dessinateur à chaque trait. L’artiste opte pour un découpage de case à l’horizontale, panoramique, cinématographique qui permet d’admirer son talent mais surtout d’appuyer son propos sur la nouvelle frontière et l’horizon vers lequel il faudrait se diriger.

Le style old-school de Darwyn Cooke colle à merveille à ce récit vintage plein d’espoir et de nostalgie. Urban Comics propose d’ailleurs une édition très complète - près de 150 pages de bonus - comprenant des travaux préparatoires ainsi que des annotations de l’auteur sur ses planches. Il ne faut pas oublier les couleurs sublimes de Dave Stewart, qui épousent à merveille le trait de Darwyn Cooke.

La vendetta de John Henry

Là où Watchmen nous montrait le déclin des super-héros et leur chute, DC The New Frontier raconte comment ils se rassemblent et se relèvent. Jamais naïf et même parfois dramatique, ce récit s’oppose au style "sombre et grimaçant" que l’on retrouve peut-être un peu trop souvent aujourd’hui où beaucoup considèrent l’espoir désuet.

DC The New Frontier est un récit sincère, juste et surtout optimiste qui nous montre comment, dans une époque compliquée où l’individualisme et la méfiance règnent, il faut savoir affronter ses peurs et dépasser ses préjugés pour avancer. Plus que de politique, DC The New Frontier nous parle d’unité, d’amour, d’amitié, de sacrifice, de tolérance, de convictions, autrement dit d’héroïsme le plus pur. Malgré un récit profondément ancré dans les années 1950 et écrit il y a 15 ans, Darwyn Cooke nous livre une histoire plus qu’actuelle.

Soixante plus tard sommes-nous prêts à franchir cette nouvelle frontière ?

« Sommes-nous prêts à accomplir cette tâche, à relever ce défi ? Ou faut-il sacrifier notre avenir pour jouir de notre présent ? »

" Je vous demande à tous d’être les pionniers de cette Nouvelle Frontière"

Voir en ligne : DC The New Frontier sur le site de Urban Comics

(par Vincent SAVI)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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DC The New Frontier - Darwyn Cooke (scénario & dessin) - J. Bone, David Bullock & Michael Cho (dessin additionnel) - Dave Stewart (couleurs) - Jérôme Wicky & Nick Meylaender (traduction) - cartonné - 544 pages - 35,00 € - Urban Comics - sortie le 6 décembre 2019

Illustrations : © DC Comics / Urban Comics

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