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TRIBUNE LIBRE À Didier Pasamonik : Angoulême 2010 et Les faux-semblants d’un bilan

  • L’une des phrases du jour, lors de la conférence de presse de débriefing du Festival dimanche dernier, a été prononcée par Benoit Mouchart : « Nous ne parlons pas au microcosme, mais nous lui parlons quand même ».

La sémantique utilisée ne l’est pas par hasard : C’est Raymond Barre qui lance le mot pour parler des journalistes qui faisaient un commentaire déplaisant au sujet de sa politique. Il a été ensuite repris par le leader du Front National, Jean-Marie Le Pen pour désigner « l’établissement », la classe politique ennemie du FN. On le retrouve dans la prose de Jean-Christophe Menu pour désigner les journalistes-critiques de bande dessinée et l’Association des journalistes et des critiques de bande dessinée, en particulier son secrétaire général, Gilles Ratier, par ailleurs traité de porc dans un courriel. Un terme qui fait un tollé, lequel provoque ensuite la publication de Plates bandes (L’Association), auto-justificatif d’une ligne de politique éditoriale qui a fait long feu et de L’éprouvette, tentative de « revue critique ». Dans Bande Dessinée Magazine publiée par Soleil, j’intitulais ma rubrique, par dérision : « Pendant ce temps-là dans le microcosme ». Les articles les plus marquants, dont les « prolégomènes » font l’historique de cette affaire, ont été repris en recueil dans Critique de la bande dessinée pure (Éditions Berg). C’est dire si le mot est connoté.

En réalité, le Festival a depuis longtemps les journalistes spécialisés en bande dessinée dans sa ligne de mire. Rappelons que l’un des premiers actes du Festival au moment où arrive Benoit Mouchart, alors seulement « conseiller artistique », a été de faire virer la critique de la cérémonie officielle des prix où elle était présente depuis plusieurs décennies. Depuis l’ACBD remet son prix lors d’autres événements.

Il faut comprendre cette phrase comme une flèche contre les commentateurs –dont ActuaBD.com, qui s’intéressent d’un peu trop près aux affaires angoumoisines. Dans ce sens, les responsables du Festival n’ont pas changé de ligne depuis l’époque Thévenet : la presse se doit d’être son auxiliaire, sans esprit critique. Le discours est le même que celui de Lewis Trondheim, lors de son accession à la dignité de Grand Prix : Haro sur la presse et les journalistes spécialisés, qualifiée ici de « microcosme ». Il est vrai qu’il est des journalistes plus crédules…

Malheureusement pour Benoit Mouchart, il doit « continuer à nous parler » : la presse est encore libre en France.

TRIBUNE LIBRE À Didier Pasamonik : Angoulême 2010 et Les faux-semblants d'un bilan
Dimanche après-midi : Debriefing du Festival devant la presse (De g. à dr. : Gérard Desaphy (maire adjoint à la culture), Gérard Balinziala (président de l’Association du Festival), Philippe Lavaud (maire d’Angoulême), Benoît Mouchart (directeur artistique du Festival), Franck Bondoux (délégué général ) et Francis Groux (co-fondateur). La joie était sur tous les visages.
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

 »Embrassons-nous, Folleville ! »

À entendre les discours de dimanche dernier, comme notre collaborateur Thierry Lemaire l’a bien perçu, l’hypocrisie est de mise, tout va bien entre la Ville et le Festival : Embrassons-nous, Folleville !

En réalité, Frédéric Mitterrand lors de la cérémonie de dimanche s’est un peu contredit : Soulignant d’abord qu’il faut donner « plus de moyens » à la BD, il s’est bien gardé d’élargir l’enveloppe du Festival, se contentant de dire que le Ministère de la Culture reconduisait ses subsides.

Autre contradiction visible dans les discours : d’un côté, Benoit Mouchart, s’adressant au maire en lui faisant remarquer que, sur l’affiche du Festival, il était marqué « Angoulême » et pas « FIBD » et qu’il n’était pas question que la manifestation quitte la ville et, d’autre part, le délégué général du Festival, Franck Bondoux qui se montre un brin comminatoire si la ville ne faisait pas les manifestations d’affection qu’il attend s’autorisant une audacieuse comparaison avec le système à l’opacité bien connue du Comité International des Jeux Olympiques. M. Bondoux, longtemps spécialisé dans le sponsoring sportif, rêve sans doute d’installer ses bureaux à Lausanne…

Franck Bondoux, délégué général du Festival et Philippe Lavaud, le Maire d’Angoulême, jeudi dernier. L’entente est manifestement heureuse et cordiale.
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Une collaboration contrainte et forcée

Il est clair que, dans la partie de bras de fer que les organisateurs du Festival ont tenté d’imposer à la ville à la fin de l’année dernière, M. Bondoux n’a pas atteint ses objectifs. Il avait manifesté son désir d’obtenir avec la ville un engagement sur cinq ans et il ne l’a pas obtenu, le maire refiusant de s’engager au-delà d’un an. En outre, il s’est bien gardé de préciser dans quelles conditions il reconduirait sa participation. Ce sera au menu des prochaines semaines.

On entend bien dans le discours de l’édile angoumoisin qu’il entend faire des économies en demandant notamment au Festival d’utiliser au mieux les infrastructures existantes plutôt que de dépenser son argent dans des structures temporaires coûteuses en matériel et en hommes, notamment en gardiennage. En clair, pour prétendre accéder à l’argent public, le festival va devoir nettoyer devant sa porte et optimiser sa collaboration avec les structures locales, notamment avec le Centre International de la Bande Dessinée avec lequel les organisateurs du Festival entretiennent des relations aussi fraîches que le climat de fin janvier.

Tous les acteurs du dossier jouent l’apaisement et réfutent les antagonismes, mais il paraît évident que, dans les prochains mois, le feuilleton continuera, en suscitant des nouveaux commentaires du « microcosme ».

(par Didier Pasamonik (L'Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

 
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11 Messages :
  • Angoulême 2010 : Les faux-semblants d’un bilan
    3 février 2010 16:11, par philippe deniel

    avec vous on est jamais déçu

    constant dans l’effort c’est votre marque de fabrique

    une phrase sortie du contexte
    un rappel opportun pour en remettre un coup sur menu
    on sait jamais des fois que quelqu’un ignore le conflit qui vous oppose
    des legendes de photos de qualité et pleines d’objectivité

    tiens je vais faire un rappel aussi tout a fait d’actualité aussi
    bdmag ça roule ?

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 4 février 2010 à  17:56 :

      une phrase sortie du contexte

      Êtiez-vous présent à cette conférence de presse ? Cette phrase y a bien été prononcée. Ce n’est pas la première fois que les responsables du Festival s’en prennent aux journalistes. Il y avait clairement un contraste entre les propos officiels et la réalité.

      Quant à la sémantique, mon propos a été précisément de la contextualiser.Désolé d’avoir égratigné vos icônes.

      Quant à BDMag, si vous nous lisiez régulièrement, vous sauriez que Mourad Boudjellal des éditions Soleil a décidé d’arrêter ce titre. Cela n’empêche qu’il a joué son petit rôle à l’époque. Je suis fier d’y avoir contribué.

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      • Répondu le 5 février 2010 à  14:42 :

        cette phrase surement mais justement dans quel contexte

        c’est ce que vous omettez soigneusement de preciser

        elle faisait suite a une question ?

        dans un discours ?

        sinon je vois toujours pas le rapport avec menu

        car je vous cite

        Ce n’est pas la première fois que les responsables du Festival s’en prennent aux journalistes.

        et mes icones vous etes gentil mais ce n’est ni mouchart ou menu

        ce qui me desole c’est votre volonté systematique de tremper votre "plume" dans le fiel pour en rajouter une couche.

        quand a bdmag en faisant recherche avec votre nom sur le site je suis tombé justement sur l’article concernant l’affaire menu-ratier

        et le temps faisant son oeuvre ce que vous avez ecrit a l’epoque ne manque pas de sel

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  • Angoulême 2010 : Les faux-semblants d’un bilan
    3 février 2010 22:34, par Sébastien

    Hé Hé..."La joie était sur tous les visages"...Pourtant, avec les jolies danseuses du festival d’Angoulême cette année, les mines devraient être plus réjouies ;-)

    Si vous ne voulez plus du festival à Angoulême, nous on le veut bien en Belgique. Il permet de remplir les hôtels, les restaurants etc...Et apporte une reconnaissance à la ville qui en devient touristique. Autrement, je pense que beaucoup de gens ne sauraient même pas où se trouve Angoulême !

    "Microcosme"...La presse est essentielle à la vie publique et ceux qui la dénigre devraient penser aux journalistes à travers le monde qui exercent leur profession au péril de leur vie.

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    • Répondu par Gérald Auclin le 6 mars 2010 à  09:41 :

      J’ignorais que les journalistes BD risquaient leur vie...

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  • Eh oui ! La presse est un contre-pouvoir, ça défrise toujours ceux qui croient avoir un pouvoir exclusif, ils doivent faire avec l’opinion publique (n’est-ce pas là le rôle de la presse que de révéler au public ce que certains veulent cacher ?). Si la presse ne dérangeait pas, elle ne ferait pas son travail. Alors merci Actuabd de nous informer (même si vous n’avez pas parlé de mon bouquin, mais bon c’est le jeu, la presse est libre).

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    • Répondu le 12 février 2010 à  11:28 :

      Confondre "presse" et "opinion publique" est un bel exemple de manque d’exigence intellectuelle. Il est vrai, en revanche, qu’il vaut mieux la caresser dans le sens du poil, quitte à verser dans la flagornerie la plus dégoûtante, des fois qu’on ait besoin d’elle...

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  • Angoulême 2010 : Les faux-semblants d’un bilan
    4 février 2010 09:46, par PPV

    cela me fait penser que cela fait longtemps qu’on n’a plus entendu parler de JC Menu. Son sens de la nuance, ses propos bien pesés, et ses critiques constructives nous manquent. Le Arlette Laguillier de la BD serait-il malade ?

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    • Répondu le 11 février 2010 à  10:55 :

      Menu va très bien, merci pour lui.
      Ses Lock Groove marchent très bien.
      Ses dernières interview (http://www.du9.org/JC-Menu#forum12888 par exemple, à angouleme 2009) étaient plus posées, plus calmes, avec le même discours de fond, ce doit etre pour ça que ça n’a pas été repris, et que vous n’en avez pas entendu parlé.

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  • Didier Pasamonik : Angoulême 2010 et Les faux-semblants d’un bilan
    11 février 2010 12:04, par André Bleu-Gris

    Serait-ce une bonne idée de déplacer le FIBD à Lausanne quand on sait la difficulté d’y tenir un festival BD digne de ce nom ? Blague à part, le salon gagnerait à se remettre en question, sur son fonctionnement et sur ses dates, des groupes de contestation se constituent sur les réseaux sociaux demandant que l’évènement se déroule désormais au printemps...

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    • Répondu le 11 février 2010 à  16:57 :

      Il est vrai que quelque soit la saison le festival d’Angoulême resterait le festival d’Angoulême.

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