Dans Les Yeux De Lya T. 1 : En quête de vérité - Par Carbone & Cunha (Dupuis)

31 octobre 2019 2 commentaires
  • Un album « jeunesse » qui atteint ses objectifs : construire un polar sans temps mort, mettre en scène des personnages qui ont du relief et de la chair, et parler en même temps du handicap, de la différence, de la culpabilité.

« On n’est pas sérieux quand on a 17 ans… », disait Rimbaud. A 17 ans, c’est toute la jeunesse de Lya qui s’est détruite, d’un seul coup, l’obligeant à un sérieux qu’elle ne souhaitait pas : un accident de voiture l’a laissée handicapée, paralysée, obligée de vivre dans une chaise roulante. Un accident dont l’auteur n’a jamais été retrouvé.

Le temps passe, et Lya choisit, grâce à l’aide de ses parents et de ses amis, à vivre, à accepter cette différence qui, désormais, est sienne. Mais elle découvre un jour que le silence autour de l’identité de celui qui a détruit froidement ses espérances de jeunesse aurait pu, aurait dû ne pas exister. Elle découvre que ce silence, celui de ses parents, a été acheté, tout simplement.

Et elle décide de retrouver celui à qui elle doit de ne plus se mouvoir qu’en chaise roulante. Son enquête d’adulte désireuse de justice ou de vengeance la conduit à prendre un stage dans un cabinet d’avocats de renom, pour découvrir l’identité de ce chauffard...

Dans Les Yeux De Lya T. 1 : En quête de vérité - Par Carbone & Cunha (Dupuis)

Un dessin moderne et plein de sensibilité

D’emblée, cet album démontre un style « jeunesse » tout en souplesse, tout en modernité. Un dessin qui lorgne du côté des séries animées de la télé, qui lorgne aussi vers une certaine bd américaine qu’on pourrait appeler le « comics soft ».

La dessinatrice Justine Cunha, du fait de la personnalité de son héroïne, a choisi de créer la dynamique de son graphisme en s’approchant au plus près du visage de Lya. Un visage plus expressif, dès lors, que les gestes qu’elle pourrait avoir. Cette dessinatrice efficace, ainsi, évite le piège du mélo bien-pensant pour, tout simplement, raconter une histoire rythmée qui n’a que très peu besoin de flash-back pour se faire compréhensible par tout un chacun. Comme elle l’explique à notre micro :

Ce dessin, je le disais, est résolument moderne, accessible dès le premier regard, et ne peut que plaire à un public adolescent. Ce dessin, je le disais aussi, utilise quelques codes chers à la bd américaine : l’utilisation des décors, par exemple, pour augmenter l’émotion, pour mettre en évidence les différents personnages qui entourent Lya et l’aident dans la recherche de la vérité. De SA vérité ! Ce dessin joue, également, avec les perspectives, pour que l’ambiance suive à la perfection la rythmique du récit.

Justine Cunha se révèle aussi une excellente coloriste, avec une couleur qui choisit volontairement d’être à contre-voie du réalisme. Cela lui permet de jouer avec les ombres, les lumières, et d’en faire les alliés d’une narration linéaire et passionnante.

Une scénariste orfèvre

Du côté du scénario, on ne peut que saluer le talent de dialoguiste de Carbone, tant il est vrai que les mots échangés construisent les personnages avant même que le dessin ne se mette en place.

Ce livre est un polar, oui… Mais c’est aussi un livre de réflexion, à sa manière, sur la vérité, sur ce qu’elle peut être, sur les travestissements qu’une société, dans laquelle l’argent à tous les pouvoirs, peut lui imposer. Ce livre nous parle aussi de la mémoire, donc de l’enfance enfuie. Et Carbone, en scénariste qui connaît parfaitement son métier et son public-cible, utilise toutes les ressources de l’écriture pour dépasser la description de quelques quotidiens qui se mêlent les uns aux autres, et pour faire monter le suspense, petit à petit. Comme elle nous l’explique :

Un excellent livre, pour tous les publics, et que je vous conseille de découvrir, d’offrir, en attendant le deuxième tome qui ne devrait pas tarder à se trouver sur les étalages de votre libraire préféré !

Propos recueillis par Jacques Schraûwen.

(par Jacques Schraûwen)

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Dans Les Yeux De Lya Tome1 : En quête de vérité – Dessin et couleur : Justine Cunha – scénario : CarboneDupuis)

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Les illustrations sont : © Justine Cunha et Carbone - Dupuis

 
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2 Messages :
  • Bonjour, Je partage tout à fait votre point de vue, cet album était une très bonne surprise (scénario et dessins). Mes enfants (ados) ont également beaucoup aimé. Un seul regret graphique : les yeux des personnages, très "manga" comme c’est un trop souvent le cas dans les albums jeunesse, non ?

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    • Répondu par Jacques Schraûwen le 3 novembre à  10:38 :

      Il est vrai que, parmi les jeunes auteurs, l’influence manga est évidente... Ils ont "grandi" avec cet univers... Mais ici, je pense que la dessinatrice parvient, en évitant l’aspect caricatural des mangas, à créer un style propre...

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