Daredevil T1 – Par Ann Nocenti & John Romita Jr. - Panini Comics

27 août 2018 1 commentaire
  • Retour vers la fin des années 1980 où, une nouvelle fois cette décennie là, le personnage de Daredevil est très gâté : le dessinateur John Romita Jr. rejoint la scénariste Ann Nocenti pour offrir des aventures toujours aussi contemporaines au protecteur de Hell's Kitchen.

Ce volumineux premier tome de la collaboration entre Ann Nocenti et John Romita Jr. recueille les épisodes de la série Daredevil (1964) parus aux États-Unis entre janvier 1988 et mai 1989. Cette période est principalement marquée par deux intrigues : la confrontation avec Mary Typhoïde et le chaos induit à Manhattan par Inferno (une intrigue de l’univers des X-Men).

Nous retrouvons au début de cet album un Matt Murdock sans trop de ressources, car le Caïd, prince de la pègre de New York, a réussi par ses manigances à faire radier son adversaire du barreau. Même si Matt n’a plus loisir de faire triompher la justice au prétoire, il continue ses activités en tant que Daredevil afin de la faire régner différemment dans les rues.

Matt ne s’arrête pas là : il n’abandonne pas l’idée de s’investir dans le système judiciaire et a ainsi ouvert un centre social de conseil juridique pour les plus défavorisés. Aidé par Karen Page, sa compagne, il accueille entre les murs de son centre des sans-abris, des prostituées, des personnes dépendantes aux drogues ou les enfants esseulés des environs afin de leur venir en aide. Comme il a pu le prouver à maintes reprises, Matt peut faire preuve d’une grande volonté pour se relever face aux plus grandes difficultés. Le pari relevé lui reste tout de même difficile à tenir (moyens financiers et poursuite des manigances du Caïd).

Daredevil T1 – Par Ann Nocenti & John Romita Jr. - Panini Comics
Typhoïde mène la vie dure au pauvre Daredevil !
© Marvel

Ann Nocenti introduit un nouveau personnage dans ce chaos marqué par l’opposition entre Daredevil et le Caïd : Mary Typhoïde. Observée depuis son plus jeune âge par les scientifiques, la calme et réservée Mary est sujette à d’étranges crises... Une double personnalité, Typhoïde, prend souvent possession de son corps et témoigne d’un tempérament violent et malfaisant. Devenue une brillante artiste, Mary se rend à New York... et Typhoïde en profite pour gravir au plus vite les échelons du banditisme organisé !

Au-delà des moments de bravoure habituels de Daredevil, comme par exemple empêcher le chaos pendant une panne générale d’électricité, cet album et sa principale intrigue sont marqués du sceau de ce nouveau personnage, qui fait la pluie et le beau temps. En effet, Typhoïde parvient très vite à rencontrer le Caïd, qui est conscient de sa condition. Il lui demande en tant que Mary de séduire Matt Murdock, et en tant que Typhoïde de séduire Daredevil ; elle pourra ainsi le blesser au plus profond de son être en révélant sa duplicité et sa trahison !

Si Typhoïde tente de manipuler Mary sans qu’elle s’en rende compte, cette dernière rencontre innocemment Matt et en tombe amoureuse. Le lecteur voit alors se dessiner un triangle amoureux savoureux : comment Matt va pouvoir aimer Mary alors qu’il est conscient d’être profondément heureux avec Karen ? Quant à Typhoïde, à défaut de séduire Daredevil, elle jalouse progressivement le bonheur de Mary et se met à séduire le Caïd pour mieux le duper. Assurément, l’écriture d’Ann Nocenti fait ici merveille tant le personnage de Mary Typhoïde intrigue par le développement si contradictoire de ses différentes facettes.

La criminalité des rues peut elle aussi donner du fil à retordre aux super-héros comme Daredevil.
© Marvel

On retrouve aussi avec cet album des thèmes qui ont conservé leur sens et leur portée jusqu’à aujourd’hui. Si la peur paranoïaque d’une guerre nucléaire imminente, incarnée ici par un jeune garçon qui a été fasciné par le récit de son professeur qui a survécu au bombardement de Hiroshima, renvoie aisément aux années 1980 et à la Guerre froide, la série Daredevil (1964) développe tout de même au fil de ses pages une conscience écologique marquée (Matt et Daredevil doivent empêcher, malgré un sacro-saint libéralisme de la société, de grandes entreprises de polluer avec des décharges à ciel ouvert, sites qui mettent gravement en péril la santé des riverains) et des questions sociales sensibles (comme le détournement des enfants laissés pour compte dans les rues). Des thèmes là encore très agréables à suivre au fil de la lecture.

Que les amateurs soient rassurés, l’album est aussi marqué par de nombreuses séquences d’héroïsme où Daredevil doit jouer des poings pour faire respecter la justice. Nous retiendrons ainsi particulièrement la séquence où Typhoïde rassemble de nombreux ennemis de Daredevil afin de le tourmenter à tour de rôle, mais surtout les épisodes liés à Inferno [1] où les objets du quotidien sont possédés par des démons et les habitants de Manhattan tourmentés par ceux-ci. Voir le démon de Hell’s Kitchen combattre littéralement des démons sortis des enfers vaut son pesant de cacahuètes !

L’art caractéristique de John Romita Jr
© Nocenti/John Romita Jr /Marvel Comics

Cet album nous a aussi plu grâce aux très belles planches de John Romita Jr., dont le style s’affirmait à l’époque de plus en plus (notamment pour le dessin des visages des principaux protagonistes). Son Daredevil est spectaculaire dans le feu de l’action, et le dessinateur ne réprime pas son talent pour dépeindre une situation inédite avec Manhattan sous l’emprise de démons.

Les démons s’en prennent à Matt à un moment bien critique...
© Marvel

Vous l’aurez probablement compris à la lecture de cette critique, la lecture de ce premier tome de Daredevil par Ann Nocenti et John Romita Jr. nous a ravis. Les amateurs du personnage qui connaissent cette période peuvent s’y replonger avec gourmandise, ceux qui n’ont pas eu la chance de la connaître peuvent se jeter dessus. Les nouveaux lecteurs peuvent quant à eux aussi se lancer dans cette lecture, encore de nos jours contemporaine dans ses thèmes et relativement facile d’accès.

(par Romuald LEFEBVRE)

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Daredevil Tome 1. Par Ann Nocenti (scénario) et John Romita Jr. (dessins). Traduction de Nicole Duclos. Panini Comics, collection Marvel Icons. Sortie le 11 juillet 2018. 392 pages. 36,95 euros.

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[1Crossover des X-Men à la fin des années 1980 où les démons parviennent à mener la conquête de New York, grâce entre autres à Madelyne Pryor, clone de Jean Grey et mère de Nathan Summers (Cable) qui avait été quittée brutalement par son mari Scott Summers (Cyclope) lorsque Jean est « revenue à la vie ».

 
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