David Merveille au pays de Jacques Tati chez Huberty-Breyne

27 juin 2020 6 commentaires
  • Après des mois perturbés, l'exposition de l'illustrateur David Merveille est propice à l'évasion et à la sérénité. Ses variations autour de l'univers de Jacques Tati et de son personnage de M Hulot rendent également hommage aux grands peintres avec un certain décalage.

Pour ceux qui n’auraient pas été bercé par la magie de ses films, rappelons que Monsieur Hulot est un personnage créé et interprété par l’acteur-réalisateur Jacques Tati dès 1953 dans le premier film qui lui est consacré : Les Vacances de monsieur Hulot. En tout, quatre films seront réalisés autour de ce personnage haut en couleur, jusque Traffic en 1971.

Les Français ont vite apprécié ce personnage un peu fantasque qui rappelle les films du cinéma muet : dégaine caractéristique (imperméable, pantalon un peu trop court, pipe, chapeau et parapluie) et des péripéties qui traduisent son inadaptation à la société, notamment dans son aspect moderne et impersonnel. Jacques Tati décrivait ainsi Monsieur Hulot : « [C’est un] personnage d’une indépendance complète, d’un désintéressement absolu et dont l’étourderie, qui est son principal défaut, en fait, à notre époque fonctionnelle, un inadapté. »

David Merveille au pays de Jacques Tati chez Huberty-Breyne
David Merveille devant l’affiche des Vacances de Monsieur Hulot qu’il a réinterprétée.
Photos : Charles-Louis Detournay.

Huberty-Breyne retrouve des couleurs avec David Merveille

Artiste belge, David Merveille est tombé sous le charme dégagé par l’œuvre de Jacques Tati il y a plus de dix ans. Et plus principalement par le personne de Monsieur Hulot : « Monsieur Hulot m’a plu et continue à me plaire car c’est un personnage en décalage complet. Il est libre, sans attache et dégage une personnalité très attachante à mes yeux. À cela se rajoute son univers, nostalgique. J’adore les années 1950-60, l’architecture de cette période et son design que l’on retrouve bien entendu dans les films de Tati. En plus du personnage lui-même, c’est donc un univers graphique et esthétique auquel je suis profondément attaché. »

« J’ai commencé à dessiner ce personnage au travers de livres jeunesse. À mes yeux, Monsieur Hulot est un grand enfant, et je voulais qu’il puisse exister en tant que tel. Je ne devais lui consacrer qu’un livre, mais en mettant le doigt dans l’engrenage, j’y ai pris goût et je n’ai plus su m’arrêter : quatre livres, des affiches, des expositions et des sérigraphies. Car Monsieur Hulot et moi étions faits pour nous entendre : pour ma part, j’aime travailler des livres sans texte, or il y a très peu de dialogues dans les films de Tati. Je n’ai besoin de réaliser aucun effort pour plonger dans cet univers : nous sommes au diapason, naturellement. »

David Merveille fait corps avec Monsieur Hulot.
photos sont : Charles-Louis Detournay.

La galerie Huberty-Breyne expose une trentaine d’œuvres réalisés par David Merveille autour de Monsieur Hulot. On y retrouve quelques grandes affiches et autres réalisations, mais l’expo est plus spécifiquement centrée sur une vingtaine de fusains qui présentent Monsieur Hulot face à certains chefs-d’œuvre de la peinture et de la sculpture. Que se serait-il passé si le personnage créé par Tati avait croisé les tableaux de Hopper, Matisse, Mondrian, Bacon, les multiples de Warhol ou les sculptures de César ou de Giacometti ? Cela donne des situations cocasses et décalées, pleines de malice et d’humour.

« Pour cette exposition, j’ai voulu m’amuser de ce décalage une fois de plus incarné par Monsieur Hulot. Nous avons des œuvres statufiées, des tableaux intouchables qui valent des fortunes, et nous y retrouvons Monsieur Hulot, présent comme un gamin qui fait des bêtises. J’ai voulu jouer avec cet hurluberlu qui fait un clin d’œil, voire un pied de nez à cet art, certainement un peu trop sérieux. C’est une façon de rendre ces œuvres plus vivantes et proches de nous. »

Ces fusains démystifient l’aspect iconique de ces œuvres universelles, mais sans se moquer. Une façon de dire au visiteur de la galerie qu’il faut encore s’en nourrir, et ne pas vouloir les maintenir de manière immuable dans leur statut d’icône. Tout ceci est réalisé de manière poétique et décalée par David Merveille. On s’amuse, on cherche les références, et on s’évade pendant cette belle visite.

Un catalogue en avant-première

Petite particularité de l’exposition, l’ouvrage qui fait office de catalogue n’est pas édité par l’auteur ou la galerie Huberty-Breyne, mais bien par Champaka Brussels, la collection de Dupuis dirigée par Eric Verhoest. Il s’agit d’un livre regroupant seize années de travail de David Merveille autour du personnage de Monsieur Hulot, et qui sortira le 21 août prochain. Il reprend entre autres ces variations autour des œuvres artistiques, ainsi que quantité d’autres peintures et sérigraphies réalisées les années précédentes.

Voir ainsi réunies deux grandes galeries concurrentes sous l’égide de Monsieur Hulot, démontre toute la sérénité dégagée par l’univers de David Merveille.

(par Charles-Louis Detournay)

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Expo "David Merveille - Monsieur Hulot" à la Galerie Huberty-Breyne
Jusqu’au 25 juillet 2020.
33, place du Châtelain – 1050 Bruxelles
TEL : +32/2.893.90.30
Mail : contact@hubertybreyne.com
Galerie ouverte du mardi au samedi de 11h à 18h

Le site de la Galerie Huberty & Breyne consacrée à cette exposition et aux ouvrages rassemblant les crayonnés

Toutes les photos sont : Charles-Louis Detournay.

 
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6 Messages :
  • Il n’y a que 4 films de Mr Hulot, les vacances, mon oncle, Playtime et Trafic

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    • Répondu par Charles-Louis Detournay le 28 juin à  03:42 :

      Nous avions effectivement compté Domicile conjugal de François Truffaut où le personnage de Monsieur Hulot y fait une brève apparition.

      Merci, c’est corrigé.

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  • Magnifique exposition de Monsieur Hulot Merveille !
    Le dialogue entre art et personnage est captivant !
    Il y a un je ne sais quoi de logique dans cette revisite du grand Art par un personnage dont l’assise loufoque est si forte.
    Hulot est dans les années 50 un peu comme Charlot dans les années 20. Mime, mutique, léger et contestataire.
    Ce que les dessins de Merveille produisent c’est, par l’illustration "quasi-muette", un prolongement de ce cinéma dans un art qui s’exprime aujourd’hui sur un autre support.
    L’illustration devient le prolongement du cinéma muet !
    Hulot et Charlot suscitaient des images-choc qui produisaient l’éclat de rire, mais ces moments d’émotion ouvraient également un arrière-plan poétique qui laissait une trace importante dans la mémoire et faisaient réfléchir dans la durée.
    C’est à la renaissance de cette sensation si rare que l’exposition nous convie.

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    • Répondu le 29 juin à  05:20 :

      Hulot me rappelle plutôt le personnage flegmatique de Buster Keaton que celui mélodramatique créé par Charlie Chaplin. Charlot est plus universel parce qu’il exprime des sentiments intemporels. Il peut faire rire autant que pleurer. Hulot et Keaton réagissent à des situations d’une manière à la fois plus abstraite, poétique et intellectuelle. Ils prennent une distance que Charlot ne prend jamais. Ce sont des clowns blancs alors que Charlot est un Auguste. Placez un enfant d’aujourd’hui devant un film de Charlot, il va se laisser happer par le personnage. Mais avec Hulot et Keaton, il va vite s’ennuyer.

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      • Répondu par Philippe Wurm le 29 juin à  10:58 :

        D’accord.
        C’est plus finement défini.
        J’avais pris Charlot comme exemple car je le vois comme le représentant du cinéma muet dans son ensemble (même s’il a fait du parlant). Il y a aussi l’aspect silhouette qui est intéressant chez Charlot comme chez Hulot. La silhouette est une force immense pour l’acteur muet. Elle schématise la forme de l’acteur en lui donnant un contour qui le rapproche du dessin. David Merveille joue très bien avec les aspects de cette bidimensionnalité dans ses illustrations.

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        • Répondu le 2 juillet à  09:40 :

          Cette force du personnage du cinéma muet est aussi présente dans les dessins animés du début du XXe siècle
          .Ne gardez que la silhouette de Mickey, Donald, Pluto… et vous aurez, comme Charlot ou Monsieur Hulot, un personnage immédiatement identifiable !
          Et si cette silhouette s’anime, sans même la voix, la psychologie du personnage s’exprime déjà pleinement.

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