Davodeau & Joub : "Geronimo va servir de révélateur aux autres personnages"

2 novembre 2007 0 commentaire
  • Que se passerait-il si un adolescent vivant reclus, et vierge des habitudes consuméristes de la civilisation actuelle, découvrait le monde en compagnie de trois ados normaux ? {{Etienne Davodeau}} et {{Joub}} imaginent ses réactions dans le premier album de Geronimo. Une œuvre savoureuse ou touchante. Les auteurs s’en expliquent dans nos pages.

Trois adolescents rencontrent un homme que l’on surnomme l’Indien. Il vit en autarcie, et se montre plutôt sympathique à leur égard. L’Indien est victime d’un accident et doit être hospitalisé. Les trois amis décident de visiter sa maison, et y découvre Geronimo, un garçon du même âge qu’eux, caché dans un recoin. Celui-ci semble n’être jamais sorti de cette ferme isolée.


Vous avez signé ensemble « Max et Zoé » une série pour la jeunesse aux éditions Delcourt. Mais votre collaboration est bien plus ancienne.

Davodeau : Oui. Nous avons réalisé nos études ensemble à Rennes. Nous avons commencé par publier nos histoires dans des fanzines. Nous éditions nous-même des journaux et des mini albums. Si nous n’avions pas fait autant la fête, et si nous avions travaillé un peu plus, il est probable que nous aurions pu devenir un label aussi fort que L’Association. Nos publications n’étaient donc pas très visibles. C’était une période stimulante, où l’on se sentait progresser. Nous n’hésitions pas à nous autocritiquer…

Joub : Fred et Jean-Luc Simon partageaient notre atelier. Ainsi que d’autres artistes. Nous ne sommes que quatre, aujourd’hui, à faire des bandes dessinées. Nous sommes encore tous en relation, et avons des contacts toujours aussi denses et étroits. D’ailleurs, les caractères des personnages de Geronimo sont inspirés, voire issus de ce groupe que nous avions formé.

« Geronimo » est donc une fiction contenant des éléments autobiographiques ?

J : Ce sont surtout nos souvenirs d’une époque et l’observation de nos enfants, qui grandissent, qui se retrouvent dans l’album.

D : Ce n’est pas un récit autobiographique ! Mais nos personnages sont composés à partir de ce que nous étions adolescents. Nous avons parfois arrangé, amélioré, déformé nos personnalités. Nous désirions évoquer ce moment là de la vie : une période où l’on bascule de l’enfance vers l’âge adulte. Cette série est en quelque sorte un portrait de cette période-là…

Davodeau & Joub : "Geronimo va servir de révélateur aux autres personnages"
Extrait de Geronimo T1
(c) Davodeau, Joub & Dupuis.

Ce récit est léger, mais contient une vraie réflexion.

D : En fait, nous n’aurions pas su faire autrement ! Nous mettons en scène, dans un contexte donné, des personnages, ayant des motivations et des points de vue différents sur un sujet défini. Nous les confrontons, et nous laissons le lecteur choisir celui avec lequel il aura le plus d’affinités. A travers cette série, nous souhaitions mettre en scène un adolescent vierge de tout conditionnement. Un ado qui ne possède pas les automatismes et les habitudes des personnes de son âge : Un garçon qui ne va pas au lycée et qui n’a ni scooter, ni portable. Il va servir de révélateur aux autres personnages. Chacun d’entre eux peut servir d’identifiant pour le lecteur…

Ces trois garçons qui vivent dans l’air du temps sont attirés par le mode de vie de Geronimo.

D : De manière différente. Il y en a un, parmi eux, qui l’est plus que les autres. À la fin du premier tome, Geronimo accepte de partir avec cette bande d’ami pour découvrir le monde. Il est sorti de sa coquille et va vivre sa propre vie.

J : Nous avons commencé à raconter son entrée dans la vie. Cet adolescent a été surprotégé, mais n’a jamais été enfermé ou prisonnier. Il a eu la liberté de s’en aller de cette maison, d’aller voir ailleurs, mais il n’en a jamais ressenti l’envie. Il a toujours vécu en entendant dire que le monde était mauvais. Il fait confiance à ces adolescents et décide de les suivre. Lola est sans doute l’élément déclencheur. Geronimo va découvrir ce que peut être quinze jours à la mer, lorsque l’on est adolescent.

Extrait de Geronimo T1
(c) Davodeau, Joub & Dupuis.

Comment travaillez-vous à deux ? La page de titre laisse deviner que vous partagez le scénario et le dessin.

D : Nous discutons beaucoup et nous rédigeons la structure de l’histoire à deux. Je m’occupe du story-board. Joub le commente et le critique. Dès que nous trouvons un accord, il le dessine. La période de transition entre le texte et l’image est plus délicate…

J : C’est un album collectif, tant dans les propos que dans le dessin.

Etienne Davodeau
Photo (c) Nicolas Anspach

Etienne Davodeau, pourquoi travaillez-vous avec d’autres scénaristes et dessinateurs ?

D : Je le fais très peu ! Si je n’avais pas dessiné Un Homme est Mort, cette histoire serait très probablement restée dans les cartons de Kris. Le dessinateur initial avait jeté le gant. Je ne me suis pas sacrifié pour le faire : je voulais que ce livre existe ! Il faut que j’ai beaucoup d’affinités avec les auteurs avec lesquels je travaille : que cela soit avec Kris, Joub ou David Prudhomme.

J : Je suis la création des livres d’Étienne depuis longtemps. Cela arrive qu’occasionnellement, sur des points de détail, je lui suggère des idées. Je le connais assez bien, et je peux me permettre d’intervenir. J’ai une vision plus globale que lui sur l’histoire. Étienne réfléchi plus aux différentes scènes. Lorsque nous travaillons ensemble, tout se met en place plus rapidement.

D : C’est vrai : Lorsque je travaille seul, l’écriture m’est pénible. Mes séances de réflexion avec Joub me permettent d’avancer plus vite…

Vous ne choisissez pas la facilité : les livres que vous signez seuls ont des thématiques difficiles.

D : Je ne me pose pas cette question. Lorsque l’envie d’une histoire, d’un livre, vient, je m’y attèle et j’essaie d’en sortir le plus rapidement possible…

J : Notre collaboration se fait surtout sur des livres de fiction. C’est-à-dire que l’on touche plutôt à la narration et à la construction du récit. Ce n’est pas un travail d’enquête…

D : L’immense possibilité de la bande dessinée, en tant que langage, m’intéresse avant tout. J’ai envie de goûter à différentes choses, de la fiction au reportage…

Joub
Photo (c) Nicolas Anspach

Vos précédents albums ont été plébiscités par le public et la critique. Ne nourrissez-vous pas une crainte de ne pas être capable de faire mieux ?

D : Je ne me mets pas ce genre de pression. La qualité intrinsèque d’un livre est totalement indépendante de ses résultats commerciaux. Je l’ai toujours pensé. Je tenais déjà ce discours lorsque mes livres se vendaient très peu. Une bande dessinée qui se vend à 5.000 exemplaires n’est pas meilleure que celle qui s’écoule à plus de 30.000 unités. Seulement, il rencontre un public plus large, car il correspond à des attentes plus larges.
Le succès de mes précédents livres n’est pas un élément déterminant dans ma manière de travailler. Bon, je l’avoue : les éditeurs sont beaucoup plus sympathiques avec moi (Rires), mais cela va peut être pas durer !

Quels sont vos projets ?

J : J’aimerais beaucoup publier un récit dans la collection Puceron des éditions Dupuis. Il y a quelques années, j’ai écris un projet qui pourrait s’y insérer.

D : Je travaille sur un diptyque de 160 pages (2 x 80 pages) pour les éditions Futuropolis. Le récit sera dans la veine de Chute de Vélo. Le premier tome sortira probablement à la fin de l’année 2008. J’ai beaucoup hésité à l’écrire, mais Claude Gendrot m’a convaincu de le faire…

(par Nicolas Anspach)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Commander le T1 de Geronimo sur Internet

Davodeau sur actuabd.com, c’est aussi les chroniques d’Un Homme est Mort, des Mauvaises Gens, de Rural et de La Tour des Miracles (avec Prudhomme, au dessin).

  Un commentaire ?