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Davy Mourier ("41 euros") : « La BD c’est moi, seul face à mes peurs. »

Par Nicolas Depraeter le 13 octobre 2011                      Lien  
Rencontré cet été durant Japan expo, Davy Mourier a accepté de réapparaitre dans les pages d'ActuaBD pour parler de son nouvel album "41€, pour une poignée de psychotropes", qui traite de sa relation avec une fille et les problèmes engendrés par la rupture. Rencontre avec un clown tourmenté.

Après Il était une fois une fille que j’ai rencontrée deux fois vous publiez 41 euros. Au début du livre, vous racontez certains passages de votre enfance dans un style très "journal intime d’enfant" (photos, collages, dessins, récit) puis vous conservez l’idée du journal intime pour expliquer votre état après la rupture. Peut-on considérer 41 euros comme la suite de Il était une fois ?

Davy Mourier ("41 euros") : « La BD c'est moi, seul face à mes peurs. »
Pour la couverture de son prochain livre "50 francs pour tout" Davy Mourier a questionné les lecteurs de son blog sur leur préférence pour la couleur.
© Davy Mourier

En fait, entre Il était une fois et 41 euros, j’ai sorti une autre BD chez Adalie qui s’appelle Mouarf, journal intime d’un geek dépressif. 41 euros est une sorte de suite à ce livre et s’inclut dans la suite logique de ma vie entre Mouarf et Mouarf 2, qui devrait sortir un de ces jours. Ce n’est pas une suite à Il était une fois parce que je ne parle pas de la même fille dans ces deux albums. Je prépare une sorte de préquelle/suite à 41 euros qui va s’appeler : 50 francs pour tout.

Un cahier à anneau, type "carnet de notes", différents types de vecteurs de vos idées (photos, poésie, BD) et des dates qui s’étalent entre 2006 et 2010. Le contenu provient réellement d’un journal ou est-ce juste pour le côté visuel du truc ?

Mon journal intime, le vrai, c’est mon blog. J’ai repris cinq ans de mon blog et j’ai tout redessiné. J’ai ajouté des pages pour qu’on puisse comprendre un peu plus ce qu’il se passait dans ma vie et pour créer une histoire plus facile à suivre. J’ai monté ce faux journal intime à partir d’un vrai. L’idée du côté bouillonnant-crayonné vient de Run (directeur du label 619, Ankama Edtions NLDR) et c’est vraiment le truc en plus qui donne de la véracité à mon histoire. Les seules choses fausses dans mon bouquin sont les dates, l’histoire est vraie mais plus ancienne, j’ai voulu actualiser les dates pour que le public se sente plus proche des événements.

Une dépression promise en couverture, des comic-strips vous montrant chez un psy..., la mort très présente. On ressent une grande tristesse qui émane du récit. Réalité totale ou arrangée ?

Bien sur que j’ai vécu tout ça ! Je suis plus que sincère dans ces pages, sinon à quoi bon ? Ce qui excuse mon dessin plus qu’approximatif. c’est que je suis vrai. Ce bouquin a été une véritable catharsis pour moi, je vais beaucoup mieux depuis que j’ai tout dis. Et c’est bien mieux que chez le psy !

Davy Mourier est un trublion du Net qui amuse un public jeune et qui est toujours souriant. Or, dans vos livres, vous abordez des sujets comme la mort ou la dépression. Lorsque vous êtes seul, quel côté prend le dessus ?

Je ne me considère pas comme un grand comique, sinon beaucoup plus de gens seraient au courant de mon existence. Je suis dépressif, oui, pas tous les jours heureusement, mais j’ai du mal à être heureux, ça oui. Quand je suis seul, la mort, l’absurdité de la vie, etc… tout ça me bouffe. Dès que mon cerveau n’est plus monopolisé par l’écriture d’une série ou d’un sketch, je recommence à tourner en boucle dans ma tête les impossibilités de la vie et sa féroce injustice. Alors je prend vite un crayon et je dessine parce que faire de la BD, je peux faire ça tout seul. Je n’ai pas besoin de monopoliser un cadreur ou un preneur de son. Donc quand je pense trop et que je n’ai pas moyen de bosser pour faire rire, parce que les gens se reposent parfois, ben je dessine mes peurs. Voilà pourquoi mes bandes dessinées sont beaucoup plus sombres que ce que je fais à la TV. La BD c’est moi, seul face à mes peurs.

L’adolescence, une période de questions plus ou moins difficiles à supporter.
© Davy Mourier

Pensez-vous que votre public audiovisuel soit réceptif à ces livres beaucoup plus intimistes ?

Souvent les gens sont extrêmement surpris par mes propos, ils ne s’attendent pas à ce genre de livre venant de moi. Ils viennent me voir en me disant : "Je croyais que tu faisais juste rire tout le temps". Mais les gens sont toujours touchés par l’album et tous très heureux d’avoir pu découvrir un autre côté de ma personnalité. Finalement ça me rend encore plus humain, parce que bon, c’est ce que je suis au final. Il y a même des gens qui préfère largement l’auteur de BD à l’animateur TV pipi-caca que je suis. Mais bon, je suis tout ça, c’est mon équilibre à moi.

Ce récit est très personnel. Avez-vous eu de la difficulté à l’écrire ? Partager ces moments vous semble naturel ?

Me raconter n’est pas difficile pour moi, mon égo en est sûrement la cause. Je n’ai pas honte de me dévoiler. Je trouve ça normal de raconter notre douleur. Je trouve que les gens ont une pudeur mal placée, ils se bouffent de l’intérieur, se nécrosent pour des hontes que tous connaissent. La mort, l’amour, les ruptures, l’argent, finalement les problèmes humains sont souvent les mêmes alors autant en parler car cela nous rend plus fort. Si vous affichez vos problèmes avec aplomb, personne ne peut vous faire du mal. Vous avez assumé ce que vous êtes, alors que les autres aillent se faire foutre.

Une des premières images de Balzac, l’histoire du chat amoureux de sa maitresse.
© Davy Mourier

Vous concluez sur une sorte de stagnation psychologique mais qui vous donne conscience de vieillir et du fait, qu’un jour l’on disparait. Vos créations sont-elles un moyen de vivre éternellement ?

La vie est une chienne et je ne lui ferai pas de petit. Je ne sais pas si je m’y tiendrai toute ma vie, mais il me semble mal barré que je me reproduise, trop de tenants et d’aboutissants dans le fait d’avoir un enfant. Alors, faire une BD, se raconter, aider les autres avec des livres qui donnent envie de parler, de se livrer, d’aller mieux... ben oui, je considère que c’est un peu une manière à moi de m’inscrire dans mon époque, une manière de laisser une trace. Comme disait Godard : "Devenir immortel et puis mourir"

Pour conclure, quelles sont vos prochaines sorties ?

Dans un premier temps je vais sortir Mouarf 2, autopsie d’une histoire d’amour, puis viendra 5O francs pour tout. Ensuite il y aura Karaté Boy, l’intégrale des magasines que je fais avec Monsieur Poulpe, puis La Petite Mort qui sera ma première BD de fiction réalisée entièrement par mes soins. En ce moment, je travaille avec Fabrice Holbe sur les aventures d’un petit chat amoureux de sa maîtresse. On ne sait pas encore quand cela arrivera mais on espère bientôt et dans un magazine célèbre, mais rien n’est encore fait. Et puis j’ai d’autres projets mais pas assez de dessinateurs.

(par Nicolas Depraeter)

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