De Metter et Caro : "Figurec, c’est de l’anticipation à très court terme !"

22 mars 2007 0 commentaire
  • {{Fabrice Caro}} l'a écrite sous la forme d'un roman, {{Christian De Metter}} l'a adaptée en bande dessinée, {[Figurec->4947]} est une fiction qui vous fera regarder votre famille et vos connaissances avec un regard neuf.

Fabrice Caro, avez-vous trouvé difficile d’écrire ce premier roman, étiez-vous comme votre personnage en proie à de nombreux doutes ?

FC : Non, je portais cette histoire en moi depuis longtemps. À partir du moment où je me suis mis à l’écriture, tout a été très rapide. Il est certain que quand je suis rentré dans cet univers, je n’étais pas très fréquentable. Pendant deux mois, j’ai été totalement plongé dans le travail. Dès que je sortais m’aérer, les limites entre mon roman et les gens qui m’entouraient n’étaient plus aussi claires que ça !

Le personnage principal de Figurec, vous ressemble-t-il ?

FC : Un petit peu, j’ai un peu les mêmes relations à la famille, ainsi que son côté posé. Il y a pas mal de vécu dans Figurec : le gars qui essaie d’écrire et qui est confronté à la page blanche.

De Metter et Caro : "Figurec, c'est de l'anticipation à très court terme !"
Extrait de Figurec
(c) De Metter, Caro & Casterman.

Qui est à l’origine de l’adaptation en bande dessinée ?

Christian De Metter : Le roman n’avait pas encore été publié, il était arrivé chez Casterman via l’agent de Fabrice. Laetitia Lehman, mon éditrice, m’a dit qu’elle avait un bouquin qui pourrait me convenir et dont je pourrais réaliser l’adaptation. Fabrice avait signé un album à La Cafetière, que j’avais aperçu mais pas lu. On s’est rencontrés chez Casterman et le courant est passé assez vite.

Qu’est-ce qui vous a séduit dans le roman ?

CDM : Le ton, une histoire avec de l’humour noir, une grande qualité d’écriture. Cela faisait quelque temps que je voulais que mon travail contienne un peu plus d’humour, car il est assez sombre.

Avez-vous trouvé le physique des personnages facilement ?

CDM : C’est venu petit à petit. J’ai besoin de faire des sculptures en terre pour m’approprier les personnages. J’ai trouvé la tête du jeune écrivain comme ça.

Christian De Metter

Pourquoi modeler des personnages ? Emmanuel Lepage utilise d’ailleurs la même méthode pour son prochain album...

CDM : Je dessine un peu en volume avec des aquarelles et de la couleur directe. Si je dessine au crayon, je vais directement m’orienter vers des clichés, des facilités gaphiques. Or, j’ai envie de trouver des personnages singuliers, comme s’ils existaient réellement. Avec le modelage, je peux avoir du volume. C’est moins convenu que ce que je pourrais faire en crayonnant. C’est pour cette raison que j’ai plein de têtes alignées chez moi ! Par contre, je fais cela uniquement pour les personnages principaux, les autres je les trouve par le dessin. Les décors, eux, m’ennuient à mourir. Si l’ambiance est posée, il ne faut pas aller plus loin. J’en invente certains et me sers de photos pour d’autres, notamment pour les scènes de rue.

Faites-vous plusieurs modelages pour chaque personnage ?

CDM : Pas du tout, j’en fais un pour me mettre le personnage en tête. Pour le personnage principal de Figurec, j’avais déjà une idée de son physique. Je voulais qu’il ressemble un peu à Arthur H., le chanteur, avec son côté lunaire

Extrait de Figurec - Le personnage principal de "Figurec" est le barbu
(c) De Metter, Caro & Casterman

La maniére dont Christian a dessiné le personnage principal de Figurec vous a-t-elle plu ?

FC : On en a parlé très vite, dès notre rencontre. On le voyait de la même façon, je le voyais un peu aussi comme l’acteur Edouard Baer, en moins séducteur. Je voulais qu’il aie un côté loser, pas trop charmeur.

Avez-vous réalisé l’adaptation ensemble ?

CDM : Non, Fabrice voulait passer à autre chose. Il m’a laissé une carte blanche totale. C’est toujours délicat quand l’auteur veut intervenir, il faut alors trouver des compromis, mais je crois que l’album lui a plu.

FC:Christian a tout fait tout seul. Je connaissais un peu son travail, surtout sur Le Sang des Valentines. Je savais qu’il avait lu le roman et j’ai rapidement compris qu’il allait réaliser une excellente adaptation.

Fabrice Caro

Quel effet cela fait-il de voir ses écrits adaptés en dessin ?

FC : C’est assez jubilatoire d’avoir concrètement de la matière. D’un coup tout prend corps. Et puis, je suis épaté par le travail de Christian et les ambiances qu’il a choisies pour le récit. Figurec s’articule sur un fond très noir, et il arrive à traduire à merveille ces ambiances assez glauques, oppressantes.

Avez-vous respecté le texte original ?

CDM : J’ai voulu le conserver un maximum. Figurec est une mécanique précise, où les petits détails ont de l’importance. Il n’y avait donc pas besoin de transformer le texte. J’ai juste dû effectuer des coupes pour passer d’un roman de 250 pages à une bande dessinée de 70 ! Mais je pense avoir gardé l’essentiel, j’ai néanmoins changé la fin. J’ai mis en scène une petite vieille dans une maison isolée, une petite vieille qui épluche des pommes de terre. Fabrice a trouvé l’idée bonne, car cela symbolisait plus une société secrète. Il y a un côté ancienne société dans Figurec, totalement invisible. La meilleure façon de la représenter n’était pas de tomber dans le cliché du tribunal, mais de manière anodine.

Que pensez-vous des modifications apportées par Christian ?

FC : J’ai presque été jaloux de ses idées. Son idée d’utiliser la vieille dame au lieu de mon tribunal dans les sous-sols de la Fnac est vraiment très interessante. Non seulement Christian s’est approprié l’univers, mais a effectué des changements qui l’enrichissent.

N’avez-vous pas été tenté de réaliser cette adaptation en deux volumes de 46 pages ?

CDM : Non, jamais ; le 70 pages doit être plus ou moins l’équivalent d’un moyen métrage au cinéma. Je ne crois pas au 46 pages. Pour ma série Swinging London, Soleil voulait cette pagination et cela a détruit le rythme de l’histoire. La série a d’ailleurs dû s’arrêter rapidement, faute de public.

Comment avez-vous procédé pour réaliser l’adaptation ?

CDM : J’ai fait un découpage dessiné complet en crayonné du roman, que j’ai proposé à mon éditrice Laetitia Lehman. J’ai lu plusieurs fois le texte original et ai tenu compte de ce qui était indispensable à l’histoire et à l’évolution des personnages. J’ai donné un titre à chacune des scènes importantes pour me repérer dans la continuité, puis ai découpé tout cela, j’aime bien qu’une scène finisse au bas d’une page. J’apprécie aussi les lenteurs dans la bande dessinée, j’utilise des cases avec des décors pour mettre ses moments de pause.

Accordez-vous beaucoup d’importance aux ambiances en accentuant les effets de matière ?

CDM : J’essaie de poser l’ambiance à chaque fois. C’est vrai que j’utilise plus la lumière et l’atmosphère que les décors qui m’ennuient. Personnellement, ils me gênent à la lecture, mais ils sont obligatoires. Quand je peux m’en passer, je n’hésite pas, j’utilise des effets pour les suggérer : la pluie, des jeux d’ombre et de lumière. Je préfère susciter l’émotion...

Quelle technique utilisez-vous ?

CDM : Aquarelle, petites gouaches, des encres... Un peu tout ce qui est sur le bureau. Je fais parfois aussi des petits inserts, des petits effets Photoshop. Pour les factures de Figurec, je suis parti d’une facture existante que j’ai bidouillé. J’aime bien rajouter des petits effets plus travaillés pour restructurer les choses, je n’hésite pas à utiliser l’informatique, un outil comme les autres.

Le roman
Disponible chez Gallimard.

Figurec, c’est une formidable idée commerciale !

FC : Oui, lorsque le roman est sorti, plusieurs personnes m’ont dit : "Mais tu sais que cela existe réellement !" À mon avis, plus on va rentrer dans une société individualiste, plus cela va se développer. Figurec, c’est de l’anticipation à très court terme !

Caro, vous êtes également dessinateur et avez publié récemment Le steak Haché de Damoclès. Quel était le thème de cet album ?

FC : C’est un peu le même univers que celui de Figurec, même si cela n’a rien à voir. Ça traite des problèmes de communication, c’est un récit autobiographique. J’ai toujours l’impression d’écrire sur les mêmes thématiques, seuls le style et les armes changent !

Avez-vous parfois envie de choisir entre le roman et la bande dessinée ?

FC : Non, mais je peux très bien ne pas écrire pendant six mois et me consacrer à la bande dessinée, puis avoir une étincelle pour un roman et en écrire un pendant deux ou trois mois. Je fonctionne vraiment par envies et ai besoin des deux possibilités, ce sont deux pistes parallèles.

Fabrice Caro (alias Fabcaro), dessinateur et scénariste.
Extrait de "Talijanska" (c) Fabcaro & La Cafetière

Y a-t-il d’autres thématiques qui vous tiennent à cœur ?

FC : J’ai beaucoup de mal avec la fiction pure, il faut qu’il y ait une partie de moi dans le récit, sinon cela ne sort pas ; il faut qu’il y ait une part autobiographique, mais pas nombriliste. je suis d’ailleurs très admiratif du travail de Fabrice Neaud.

Quels sont vos projets ?

CDM : J’ai fini Figurec en septembe 2006, depuis j’ai déjà commencé un autre album pour Casterman. Une histoire personnelle, bien noire. J’en avais déjà un peu marre de l’humour et du gag (rires). Cette histoire est probablement la plus violente que j’ai faite.
FC : J’ai écrit un second roman à paraître. je travaille comme dessinateur pour deux albums à publier, l’un pour La Cafetière et l’autre pour Six Pieds Sous Terre.

Christian De Metter & Fabrice Caro

(par Nicolas Anspach)

(par Erik Kempinaire)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Lire la chronique de Figurec et de Talijanska, la dernière BD écrite et dessinée par Fabrice Caro.

Les extraits de Figurec sont (c) De Metter, Caro & Casterman
Photos (c) Nicolas Anspach - Reproduction interdite sans autorisation préalable.

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