De Silvio Camboni à Giorgio Cavazzano : les métamorphoses de Mickey

8 mars 2018 10 commentaires
  • La collection Mickey chez Glénat s’enrichit. Après Cosey, Keramidas, Tebo et Régis Loisel, c’est au tour de Silvio Camboni et du grand Cavazzano de se saisir de la souris de Walt Disney pour l’accommoder à leur sauce. Reste à distinguer le « pourquoi ?» du « comment ? ».
De Silvio Camboni à Giorgio Cavazzano : les métamorphoses de Mickey
"Mickey et l’océan perdu" par Filippi & Camboni (Ed. Glénat)

Le « comment ? », il faut bien le dire, est à chaque fois somptueux. Le Mickey Steampunk de Silvio Camboni, Mickey et l’océan perdu, est une succession d’images époustouflantes qui transcendent véritablement l’univers de Walt Disney. Le scénario de Denis-Pierre Filippi est très solidement charpenté et tourne autour de l’activité de récupération de vieilles technologies pour laquelle Mickey et Pat Hibulaire sont en concurrence. Jusqu’à ce que la souris tombe sur un cube aux pouvoirs extraordinaires.

Passé par une phase par la filière italienne de la création Disney, l’une des plus actives du monde, et notamment sur l’une de ses avatars les plus créatifs : Monster Allergy, Camboni donne des atours modernes au vieux style disneyen. Des images sont denses et la palette de ses couleurs d’une grande subtilité. Si, désormais, tant en termes de thématique que de lisibilité, on s’adresse à un lectorat plutôt adulte, le merveilleux, entre Jules Verne et Walt Disney, fait toujours rêver avec comme résultat que cet album est sans doute l’un des plus réussis de la collection.

"Mickey et l’océan perdu" par Filippi & Camboni (Ed. Glénat)
"Mickey et l’océan perdu" par Filippi & Camboni (Ed. Glénat)

Frankenstein éditorial

"Mickey Maltese : La Ballade de la souris salée" par Giorgio Cavazzano & Bruno Enna (Ed. Glénat)

Même constat d’excellence pour l’album de Giorgio Cavazzano. L’idée d’associer l’univers d’Hugo Pratt à celui de Walt Disney relevait, écrivions-nous, du « Frankenstein éditorial. ». Évidemment que les admirateurs de Cavazzano sont ravis, d’autant que l’album est vraiment plutôt réussi avec son graphisme impeccable et ses situations et ses dialogues énigmatiques.

Mais notre position n’a pas changé : les amateurs de Pratt constateront, peut-être avec curiosité et sans doute avec amusement que le schéma narratif prattien fonctionne à merveille, en dépit des atours grotesques du graphisme disneyen. Reste que la magie graphique du maître vénitien est totalement absent, et heureusement, car ce titre détestable : La Ballade de la souris salée, est d’un ridicule achevé !

On en vient à la question du « pourquoi ? ». Pourquoi se sent-on obligé de multiplier les variations sur le même thème, à recycler les classiques dans des succédanés rarement originaux ?

Giorgio Cavazzano sera présent à Livre-Paris la semaine prochaine
Photos : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Certes, une pépite peut parfois surgir de cette gangue informe qui laisse à penser que tout se vaut et que tout est dans tout. Tant qu’à faire, on pourrait tenter la même expérience en offrant une variation de La Ballade dans sa version Tintin ou Gaston Lagaffe, dessinée par Chris Ware ou par Richard Corben. Avant, ce genre de friandise-pastiche faisait l’objet d’une page, maintenant c’est un album complet. Boursouflures de l’époque.

"Mickey Maltese : La Ballade de la souris salée" par Giorgio Cavazzano & Bruno Enna (Ed. Glénat)
"Mickey Maltese : La Ballade de la souris salée" par Giorgio Cavazzano & Bruno Enna (Ed. Glénat)

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Giorgio Cavazzano fera l’objet d’une RENCONTRE DESSINÉE
à Livre-Paris, le vendredi 16 Mars 2018, de 18h00-19h00 heures
Scène BD-Comics-Manga

 
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10 Messages :
  • « On en vient à la question du « pourquoi ? ». »
    Le réponse est une facilité éditoriale : "On vend mieux ce que les gens connaissent déjà."

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    • Répondu par Henri Khanan le 9 mars à  11:46 :

      Si vous posez la question "Pourquoi ?", je vous répondrai "Et pourquoi pas ? Comme Pratt, Cavazzano est italien, on peut comprendre qu’il ait voulu rendre un long hommage à sa Balade. De plus, les studios Disney italiens ont l’habitude d’adapter en BD avec des petits mickeys les classiques de la littérature classique. Il s’agit là de la reprise d’un récit complet paru dans un Picsou magazine il y a six mois environ, mais c’est bien plus cher en librairie qu’en kiosque, parce que c’est imprimé sur du beau papier.
      Le Camboni a lui été spécialement commandé par Glénat à l’auteur, je crois.

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    • Répondu le 9 mars à  12:58 :

      Tout à fait. Il me semble d’ailleurs que la réédition de "Tintin chez les soviets" en couleurs a fait un carton.

      Mais sinon, je trouve un peu fort d’encenser en long, en large et en travers le "Variations" de Blutch, et de descendre le Cavazzano...

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      • Répondu par MD le 9 mars à  21:25 :

        Dans l’excellent Variations qui porte bien son nom, Blutch réinterprète avec son style et sa sensibilité les planches qui l’ont impressionné et peut être déclenché sa carrière. Une par album et auteur essentiel, pas plus. Là dans le Mickey de Glénat, Cavazzano répète toute l’histoire de Pratt à la sauce Disney.

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        • Répondu le 11 mars à  19:27 :

          Ravi d’apprendre que Cavazzano n’a ni style, ni sensibilité, que la balade de Pratt ne l’a pas du tout impressionné et qu’il est amateur de sauce...

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          • Répondu par kyle william le 13 mars à  11:11 :

            Pourquoi opposer arbitrairement Cavazano et Blutch ? Quel rapport ?

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            • Répondu le 13 mars à  12:27 :

              « Quel rapport ? »
              Faire des albums à partir des créations d’autres auteurs, voilà le rapport.

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              • Répondu par kyle william le 13 mars à  15:08 :

                D’accord, mais c’est différent ; Disney a toujours adapté des oeuvres en dessin animé ou en BD pour en proposer ses versions, qui ont souvent d’ailleurs éclipsé les originales aux yeux du grand public. L’empire commercial Disney s’est construit là-dessus et a produit quelques chefs d’oeuvres et quelques nullités au passage… Blutch est un auteur indépendant qui fait un album-hommage à ses héros de la BD à petit tirage chez Dargaud ; le seul point commun, c’est que lui comme Cavazzano sont deux excellent professionnels, même si Cavazzano dessine dans un style et avec des personnages sous licence Disney.

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