De "Transperceneige" à "Snowpiercer"

25 octobre 2013 11 commentaires
  • Le film sort en salle le 30 octobre 2013. Un film claustrophobique, angoissant, esthétisant en diable, adaptation miraculeuse d'une bande dessinée typique des années 1980 : "Transperceneige" de Lob, Rochette et Legrand.
De "Transperceneige" à "Snowpiercer"
L’intégrale de Transperceneige
Ed. Casterman

Le métier de la BD est un métier de besogneux, d’artisan. C’est précisément parce que scénaristes et dessinateurs sont vissés à leur siège, finissant les pages alors que dans la pièce à côté fusent les rires d’enfant, qu’ils ont cette aptitude à s’échapper, à construire des choses simples et grandioses.

Sauf que simple n’est pas le mot qui s’applique à Transperceneige. S’il ne s’agissait d’un train, on aurait pu parler d’idée-bateau : le monde est victime d’une guerre apocalyptique et un froid absolu lui est tombé dessus. Seul un train immense, le transperceneige, a survécu à ce cataclysme, condamné à rouler sans s’arrêter sinon il se retrouve figé dans le froid et dans la mort.

À son bord, dans des wagons en enfilade, tout ce qu’il faut pour survivre, des plantations, de la barbaque qui se régénère, de la chaleur... Mais pas pour tout le monde : des castes privilégiées ont des droits que les wagons surpeuplés de la fin du convoi n’ont pas. La tentation est grande de les détacher...

Une BD angoissante au parcours éditorial compliqué
(c) Casterman

Sur ce pitch post-apocalyptique qui fait florès dans les années 1970-1980 (d’Akira d’Otomo à Shelter de Montellier), Lob nous fait une fable angoissante métaphysique qui reprend du sens dans l’après-Fukushima.

La réalisation de la BD n’est pas une Ligne Claire. Plusieurs dessinateurs sont pressentis à sa réalisation : premièrement Alexis, le talentueux dessinateur de Cinemastock et de Superdupont, l’un des talents graphiques les plus prometteurs de son temps, mais il meurt subitement d’une rupture d’anévrisme en 1977, après avoir réalisé 16 planches.

Ensuite, sous l’impulsion de Jean-Paul Mougin, rédacteur en chef d’(A Suivre), le grand magazine novateur de la fin des années 1970, dont la naissance rend ce récit possible, plusieurs autres auteurs sont pressentis :Michel Rouge, Régis Loisel, Schuiten & Renard, Rochette enfin. Le récit traversera le sommaire de la revue (A Suivre) pendant 10 mois à partir d’octobre 1982.

Histoires de Transperceneige par Nicolas Finet
Ed. Casterman

Mais Jacques Lob décède, le récit reprend sous la plume de Legrand, le complice de Tardi sur Tueurs de cafards. Il lui donne une suite en 1999 et en 2000.

Entre-temps, Rochette qui se tourne de plus en plus vers la peinture, s’est abstrait d’un dessin réaliste qui commençait à dater pour un trait plus enlevé, plus pictural, à la manière d’un Bilal. Il fallait que l’univers soit sacrément fort pour qu’il ressorte comme cela, des années après son lancement initial.

C’est qu’il marque. Dans le monde du cinéma, c’est d’abord Robert Hossein qui tourne autour. Mais c’est finalement le réalisateur coréen Bong Joon-Ho (« Mémories of murder », « The Host », « Mother ») qui en achète les droits d’adaptation, ayant lu l’histoire dans une traduction coréenne de l’album. Il le revoit de fond en comble, change les noms, mais maintient l’esprit. Ce qui le séduit, c’est cet espace confiné lancé à toute berzingue dans un environnement hostile. Cela donne un film à couper le souffle qui a déjà fait 10 millions d’entrées en Corée.

Casterman sort à cette occasion une intégrale de Transperceneige et une explication de texte, Histoires du Transperceneige, bourrée de documents inédits, signée Nicolas Finet.

Un film qui a fait 10 millions d’entrées en Corée
(c) Snowpiercer Ltd.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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11 Messages :
  • De "Transperceneige" à "Snowpiercer"
    25 octobre 2013 14:19, par Abraxas

    Le premier dessinateur de Transperceneige" est Alexis

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  • De "Transperceneige" à "Snowpiercer"
    25 octobre 2013 17:00, par Guerlain

    le récit reprend sous la plume e Legranjd, avec qui Rochette avait déjà réalisé la mésestimé "Requiem blanc". Mais il faut aussi souligner que Lob ne voulait pas de suite au transperceneige et que c’est contre sa volonté que Rochette va décider de replonger avec les 2 tomes scénarisés par Legrand, qui sont malgré tout de belle facture et sont long de déshonorer le récit original.

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  • De "Transperceneige" à "Snowpiercer"
    25 octobre 2013 17:04

    La réalisation de la BD n’est pas une Ligne Claire. Plusieurs dessinateurs sont pressentis à sa réalisation : Michel Rouge, Régis Loisel, Schuiten & Renard, Rochette enfin. Le récit traversera le sommaire de la revue (A Suivre) pendant 10 mois à partir d’octobre 1982.

    Vous oubliez Alexis, qui a le premier dessiné le Transperceneige, il a dessiné 17 pages sublimes mais la mort l’a emporté bien trop tôt, laissant là la première version.

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  • De "Transperceneige" à "Snowpiercer"
    25 octobre 2013 17:48, par Frencho-ID

    La réalisation de la BD n’est pas une Ligne Claire. Plusieurs dessinateurs sont pressentis à sa réalisation : Michel Rouge, Régis Loisel, Schuiten & Renard, Rochette enfin.

    On cite souvent le nom d’Alexis, que vous ne mentionnez pas — ce serait donc une erreur, et il n’a pas été impliqué ? Je croyais pourtant qu’il existait même des planches...

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  • De "Transperceneige" à "Snowpiercer"
    25 octobre 2013 23:59

    Et Alexis ?
    Pourquoi l’oublier ?

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  • De "Transperceneige" à "Snowpiercer"
    26 octobre 2013 08:27, par Didier Pasamonik (L’Agence BD)

    Vous avez raison ! Dans la retranscription de mon texte, un paragraphe avait carrément sauté ! C’est rétabli. Alexis n’avait pas besoin de mourir deux fois, bon sang !

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    • Répondu par Frencho-ID le 26 octobre 2013 à  12:14 :

      Les planches d’Alexis ont-elles jamais été reproduites quelque part ?

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      • Répondu par Abraxas le 26 octobre 2013 à  14:33 :

        Dans les cahiers de la bande dessinée n° 38 de 1978

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        • Répondu le 26 octobre 2013 à  20:46 :

          Il y a eu 16 pages dessinées et seulement 12 publiées dans les cahiers de la bd.

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        • Répondu par Frencho-ID le 26 octobre 2013 à  23:15 :

          Je vais me procurer ça, grand merci !

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  • De "Transperceneige" à "Snowpiercer"
    29 octobre 2013 01:24, par Alex

    J’irais jeter un oeil curieux à ce film. Curieux car cette bande dessinée était le cas typique de la fausse bonne idée : prometteuse dans le concept mais qui, à la lecture, s’avéra d’un ennui profond. Rochette était pourtant très doué : un dessin emprunt de classicisme, un brin rétro, influencé par le strip américain et une belle utilisation des trames grises. Visages bien typés, j’étais prêt à y croire. Or l’ambiance confinée, le huis-clos était mal adapté au format franco-belge de la pleine page et du découpage en chapitres. Une parution dans la presse en strips eut été le format idéal à mon avis, mais cette technique et ces moyens de distribution ont totalement disparu de nos contrées, hélas. Là les personnages auraient pu avoir plus de substance. Dommage qu’un superbe scénariste comme Lob nous ait quitté sur ce bémol, lui qui avait fait preuve de tant d’imagination. Mais là la forme ne s’accordait pas au fond. La traduction littérale du titre, qui ne retient rien de la fantaisie de Lob me donne une idée du spectacle auquel j’assisterai. Mais pourquoi pas, j’irais voir.

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