"Deadly Class", une série qui tabasse ?

17 avril 2019 0 commentaire
  • Adaptation de la série comics à succès de Rick Remender et Wes Craig "Deadly Class", la série télé débarque tout juste sur Canal +. Fort de l'investissement du scénariste dans l'écriture de cette première saison, elle présente sur le papier tout pour ravir le fan. Et pourtant...

Le tome 7 de Deadly Class vient de paraître chez Urban Comics, confirmant tout le bien que l’on pensait de cette magnifique série qui, après un début un peu trouble nous avait conquis au tome 2 pour définitivement nous sécher au quatrième volume. Loin de King Dominion, Marcus et sa bande continuent de régler leurs comptes, aux prises avec de véritables meutes de tueurs, le tout dans une sarabande létale effrénée et jubilatoire.

Nous étions donc très curieux, et impatients, de découvrir l’adaptation en série TV par Syfy, bénéficiant de Rick Remender lui-même aux manettes, et diffusée en France sur Canal + Séries à partir du 17 avril 2019. Et, au vu de la bande-annonce, il y avait de quoi se réjouir.

Rappelons le propos : un jeune adolescent, vivant dans la rue après la mort de ses parents et un massacre dans le pensionnat où il avait atterri, se trouve recruté pour intégrer une école secrète dont la mission consiste à développer les capacités particulières d’enfants qui ne le sont pas moins (et non, il ne s’agit pas de Poudlard et de magie...). Car à King Dominion, sous la férule de Maître Lin, Marcus va apprendre à devenir un tueur, un expert en "arts létaux".

Alors, qu’en est-il la première saison visionnée ? Eh bien un sentiment très mitigé, malheureusement. Pourtant, les atouts de la série sont nombreux : on pense d’abord au visuel, très léché et qui fait honneur, même si la gageure paraissait délicate, au graphisme de Wes Craig. Pas de décalque, mais une vraie cohérence, un soin apporté aux décors, aux costumes et à l’ambiance un peu gothique de King Dominion. Sans oublier des passages en animation pour les flashback, de très bonne facture.

Autre point fort, qui saute aux oreilles, littéralement : la bande-son. On la savait primordiale dans le comics, objet de discussion entre les personnages et force de proposition de la part de l’auteur dans diverses playlists suggérées en marge de la lecture. Mais l’ancrage de l’action en 1987 prend ici une toute autre résonance et confère à chaque épisode un timbre original et jouissif.

Enfin, la série se trouve servie par un casting plus que convaincant. Les comédiens interprétant Marcus, Maria, Willie et Billy nous ont plutôt épatés. Petra, Brandy et Shabnam s’en tirent avec les honneurs tandis que Viktor et Lin se trouvent pour le moment un peu réécrits mais fonctionnent bien, selon nous. Reste Saya cependant, qui nous a paru, tout au long de cette première saison, à côté de la plaque.

"Deadly Class", une série qui tabasse ?
Portraits comparés des personnages

Alors pourquoi un sentiment mitigé ? Principalement pour deux raisons. La première tient à la réécriture dont fait l’objet la série pour son passage à l’écran vers un public manifestement différent du comics, plus ado et moins "mature". Deadly Class multiplie les clichés ado que l’on voit dans quantité de séries ou films actuels, sans guère de recul critique alors que le comics s’attache justement à déconstruire ou travailler ce type de motifs.

Et cela s’en ressent sur la construction et la dynamique du récit. Après un premier épisode qui nous avait beaucoup plu, les trois suivants nous ont, eux, beaucoup déçu, s’écartant du comics pour ne pas offrir grand chose de stimulant. Ainsi d’un épisode consacré à la beuverie type fraternité à l’américaine dévastant la maison d’un des élèves, d’un autre filmant le motif du "prom ball" et d’un dernier dédié à la sanction sous forme de retenue.

Maria, dans son costume de tueuse

Deadly Class la série use et abuse trop rapidement des codes des fictions ayant pour cadre le lycée américain. Et pendant ce temps, les intrigues de fond sont très lointainement introduites, qu’il s’agisse de Chester ou de la traque des Rats. Heureusement arrive l’épisode 5, celui du "trip" à Las Vegas, lui absolument génial.

L’autre souci qui nous est apparu s’avère plus subtil. Deadly Class aborde un sujet extrêmement complexe, qui peut sembler, sous certains aspects, malsain. Il s’agit quand même de mettre en scène des adolescents dans des pulsions morbides qu’ils réalisent à tour de bras. Rick Remender et Wes Craig parviennent à dépasser les difficultés posées par cet aspect grâce à une finesse d’écriture dans les situations et dans les réflexions et émotions de leurs personnages. Il y a quelque chose de l’ordre du recul qui parvient à mettre à distance, de différentes manières, cette dimension problématique.

Marcus, en voie d’être recruté par Maître Lin

La série n’y parvient pas, et on se demande même si elle cherche cela réellement. Comme s’il y avait un côté "cool" à trancher à tout va, dès lors qu’on met des masques sur les adversaires pour rendre cela "moins grave". Mais un certain malaise s’installe et certaines situations font franchement froid dans le dos sans que l’on sente précisément d’intention de gérer cela. Il y a quelque chose qui coince entre le format "Teen Serie", assez premier degré, et le propos létal hérité du comics qui appelle, lui, à réflexion et prise de distance.

On passera pour finir sur le plus gros aspect de la réécriture : celui qui concerne Maître Lin. Personnage transformé, mais plus lissé et aseptisé qu’enrichi, nous semble-t-il, redoublé par une nouvelle venue assurant davantage le rôle de "méchante" que Lin abandonne en partie.

Au final, cette adaptation de Deadly Class à le mérite de donner corps à un excellent comics, avec un soin apporté aux détails de l’univers originel. C’est bizarrement dans son écriture, en dépit de la présence de Remender, que le bât blesse, donnant un résultat inégal oscillant entre moments de grâce, ennui et parfois malaise.

Les protagonistes "sérieux" de cette première saison

(par Aurélien Pigeat)

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