Décès d’Alex Barbier ("Lycaons", "Pornographie d’une ville"...)

30 janvier 2019 3 commentaires
  • Il avait été refusé par "Métal Hurlant" qui jugeait ses pages « artistiques, dans le plus mauvais sens du terme} ». Mais il était encensé par Gébé, Wolinski, ou Thierry Van Hasselt. Une chose est sûre : Alex Barbier était un artiste qui ne laissait pas indifférent. Nous venons d'apprendre son décès à l'âge de 68 ans, le mardi 29 janvier 2019.
Décès d'Alex Barbier ("Lycaons", "Pornographie d'une ville"...)
Lycaons © Aex Barbier / Frémok 2003

Découvrir Lycaons à vingt ans, au hasard d’une bonne pioche en bibliothèque municipale. Cela change, radicalement, une manière de voir et de lire la bande dessinée. Cela met mal à l’aise. Il faut accepter d’être bousculé dans ses habitudes de lecteur éduqué à l’école franco-belge classique. Cela trouble. Est-ce vraiment de la bande dessinée ? La réponse est sans équivoque, la technique et la narration n’y changent rien : c’est de la bande dessinée, comme nous n’en lisons que rarement.

Après des premiers pas dans Charlie Mensuel en 1975 [1], Alex Barbier publie ses premiers livres à la fin des années 1970 et au début des années 1980. D’un éditeur à l’autre, il conserve pourtant sa singularité.

Lycaons © Alex Barbier / Frémok 2003

Sa rencontre avec les fondateurs de Fréon, maison d’édition à l’origine de l’actuel Frémok, lui permet d’obtenir une certaine stabilité éditoriale et redonne accès à ses premières œuvres : Lycaons, édité en 1979, reparaît en 2003 et Le Dieu du 12, paru en 1982, ressort en 2011.

Le Dieu du 12 © Alex Barbier / Frémok 2011

Les bandes dessinées et les peintures d’Alex Barbier auraient pu naître d’une rencontre entre Francis Bacon et William S. Burroughs. Mais il développe des thèmes très personnels, livrant une vision peu optimiste de l’humanité. Il est parmi les premiers à employer la couleur directe et à se passer de blanc entre les cases, qui n’en sont d’ailleurs plus vraiment.

Il s’était ces dernières années peu à peu éloigné de la bande dessinée, souhaitant se consacrer principalement puis exclusivement à la peinture. Dernière Bande (Frémok, 2014) fut donc son ultime ouvrage de bande dessinée et une exposition lui fut consacrée au Festival d’Angoulême en 2015.

Il laisse comme orphelin tous les auteurs et lecteurs non seulement du Frémok, mais au-delà, d’une bande dessinée qui ose remettre en cause les dogmes de l’art dit séquentiel.

Nos pensées vont aux proches de l’artiste.

Dernière bande © Alex Barbier / Frémok 2014

(par Frédéric HOJLO)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Commander cet album:
BDfugue FNAC Amazon

Lire également sur ActuaBD :
- Alex Barbier s’expose
- Pornographie d’une ville - Lettres au maire de V. volume 3 - Alex Barbier - Frémok
- Exposition Alex Barbier (Liège)

Lire des entretiens avec Alex Barbier :
- Sur du9.org (propos recueillis par Bruno Canard & Franck Aveline en 1999).
- Sur le site du Frémok à propos de De la chose (propos recueillis par Pierre Polomé en 1997), d’Autoportrait du vampire d’en face (propos recueillis par Pierre Polomé en 2001) & de Lycaons (propos recueillis par Vincent Bernière en 2003).

[1L’artiste a d’ailleurs obtenu en 1976 le Prix Saint-Michel du meilleur dessinateur étranger pour ses récits publiés dans Charlie Mensuel.

 
Participez à la discussion
3 Messages :