Décès d’Etienne Willem, l’enchanteur du "Paris des Merveilles"

Par Charles-Louis Detournay 17 juin 2024 
DISPARITION. La communauté de la bande dessinée est sous le choc ce matin en apprenant le décès d’Etienne Willem hier à 51 ans. Auteurs, lecteurs et tous ceux qui avaient pu côtoyer cet artiste au grand cœur, témoignent de leur surprise et de leur tristesse...

Après avoir travaillé au studio d’animation 352 au Luxembourg, Étienne Willem a publié sa première bande dessinée il y a tout juste vingt ans, Vieille Bruyère et Bas de soie aux Éditions Paquet. D’emblée, l’auteur imprime sa marque de fabrique : beaucoup de dynamisme et de lisibilité dans ses planches, des personnages bien campés dans un style hérité du dessin animé.

Toujours au scénario et au dessin, et maintenant à la couleur, Étienne Willem hausse encore le niveau en 2010 avec une série animalière moyenâgeuse : L’Épée d’Ardenois (Paquet). Le trait gagne alors en profondeur et en subtilité, et l’on comprend tout le talent de l’auteur qui dessine de magnifiques trognes à ses personnages.

Un registre animalier qu’il conserve avec Les Ailes du singe toujours chez le même éditeur. Aventure et grand spectacle sont toujours de mise, ici dans le New York des années 1930.

Un héros aviateur et des scènes de voltige...
Les Ailes du singe T. 2 : Hollywoodland - Par Etienne Willem - Editions Paquet
Quand la BD animalière fait aussi dans le glamour !
Les Ailes du singe T. 2 : Hollywoodland - Par Etienne Willem - Editions Paquet

2018 marque un tournant notable dans sa carrière. Non seulement, il quitte Paquet et passe chez Grand Angle avec La Fille de l’Exposition Universelle, mais il décide aussi de s’associer avec un scénariste pour la première fois, Jack Manini pour cette trilogie qui suit les pérégrinations d’une héroïne au gré des trois expositions universelles qui se sont déroulées à Paris en 1855, 1867 et 1878. Étienne Willem s’applique alors dans de grandes compositions de planches, évoquant à merveille le Paris du XIXe.

La Fille de l’Exposition universelle T. 3 - Par Manini et Willem - Editions Grand Angle - Bamboo

« Au départ, je réalise le storyboard en damier, pour me focaliser sur la narration, nous expliquait-il à l’époque. Pour éviter de décider d’une symétrie qui me coincerait par la suite et pourrait brider la narration. L’échange avec Jack entraîne la modification de certains angles de vue, et décide de la composition de la planche. Pour assurer une narration fluide et efficace, tout en allant vers une mise en pages plus contraignante, sans que l’une ne pâtisse de l’autre. »

Jack Manini et Etienne Willem (de g. à d.)
Photo : Charles-Louis Detournay.

En 2020, il débute la nouvelle série des Artilleuses, qu’il préparait depuis longtemps, comme il nous l’expliquait lors de notre dernière entrevue : « Il y a une dizaine d’années, j’avais lu et adoré les livres de Pierre Pevel, le romancier auteur du Cycle d’Ambremer - Le Paris des Merveilles. À l’occasion d’un festival à Nancy à la fin des années 2000, j’ai demandé à le rencontrer. On a beaucoup parlé et on est repartis bons amis pour réfléchir à une éventuelle collaboration. Pour ma part, je voulais initialement adapter ses romans. Mais Pierre m’a recontacté par la suite en m’expliquant que ce serait sans doute plus simple d’écrire directement pour la bande dessinée. Nous avons ainsi débuté le projet des Artilleuses, qui avançait tout doucement vu que nous n’avions pas encore d’éditeur. »

Trois voleuses qui n’ont pas froid aux yeux ;
Les Artilleuses - Par Pevel et Willem – Editions Bamboo

Ces trois tomes parus en *18 mois chez Drakoo appelait une suite. Et cette fois, Étienne Willem s’est attelé à adapter le fameux Cycle d’Ambremer avec Le Paris des Merveilles, toujours en collaboration avec le romancier Pierre Pevel. Dans chaque page, l’auteur excellait à imaginer cet univers à mi-chemin entre le Steampunk et la magie.

« Comme l’univers Steampunk est méta-textuel par essence, nous partageait-il, Je peux alors m’amuser à placer de multiples références dans les cases. L’arrière-plan devient un formidable terrain de jeux complémentaire. En cherchant bien, le lecteur trouvera des références à Adèle Blanc-sec, Doctor Who, James Bond,... je pense même que j’ai caché un schtroumpf quelque part. »

Le Paris des merveilles, tome 1 : Les enchantements d’Ambremer - Par Etienne Willem, avec et adapté par Pierre Pevel - Drakoo / Bamboo
Le Paris des merveilles, tome 1 : Les enchantements d’Ambremer - Par Etienne Willem, avec et adapté par Pierre Pevel - Drakoo / Bamboo

Après avoir bouclé un premier diptyque, Étienne Willew travaillait sur la suite, tout en continuant de dispenser de magnifiques dédicaces dans les festivals où il se rendait bien volontiers à la rencontre de son public. Nous n’y verrons plus sa grande silhouette qui portait si bien le kilt... Nos pensées vont à sa famille et ses proches.

Etienne Willem avec Katia Even
Photo : DR.

(par Charles-Louis Detournay)

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Code EAN :

Bamboo - Drakoo Paquet Bamboo - Grand Angle ✏️ Etienne Willem tout public Steampunk Heroic Fantasy Décès 2024
 
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3 Messages :
  • Je l’ai côtoyé l’année dernière à la Foire du livre de Bruxelles, il portait le kilt !
    J’aime bien son dessin, il faisait de très bonnes compositions de cases, c’est du gâchis de mourir à 51 ans.

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  • Bonsoir
    Un simple mot ce soir pour Étienne et sa famille.
    Merci de ta gentillesse, de ta bonhomie, de ton esprit taquin.
    J’ai apprécié l’homme et adoré le dessinateur.
    J’ai mal ce soir. Mais beaucoup moins que ceux qui te sont proches.
    Un mot pour eux, j’aurais une pensée amicale pour vous et son souvenir à chaque fois que j’ouvrirais son œuvre.
    Il restera immortel à côté des Udderzo et des Fred.
    Bonne nuit à toi Étienne.
    .

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  • Je suis très triste d’apprendre le décès d’Etienne. Je l’ai connu lors des salons de la bandes dessinées et c’était vraiment un très gentil auteur plaisant avec son public et communicatif. J’étais subjugué par ses œuvres et je suis très triste de sa disparition. Toutes mes pensées vont à sa famille. Dessine bien là haut Étienne.

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