Décès de François Craenhals, dessinateur de « Pom & Teddy », « Chevalier Ardent » et « Les 4 As ».

3 août 2004 1 commentaire
  • C'est avec beaucoup d'émotion que nous apprenons la disparition, à 77 ans, du dessinateur belge François Craenhals. Aussi à l'aise dans le dessin réaliste que dans le dessin humoristique, il laisse avec les séries « Pom & Teddy », « Le Chevalier ardent » et « Les 4 As » quelques-unes des plus belles pages de la BD classique franco belge.

Né à Ixelles (près de Bruxelles), le 15 novembre 1926, Craenhals est représentatif de l’âge d’or de la BD belge. Il fait ses débuts dans Héroïc Album entre 1945 et 1956, un magazine créé par Fernand Cheneval où il côtoie les meilleurs espoirs de la BD belge : Maurice Tillieux, Greg, Tibet, Weinberg... Là, il crée un « Tarzan des âges farouches » au nom transparent de Karan. Il passe ensuite à la revue confessionnelle Petits Belges / Zonneland des éditions Averbode où il côtoie Jijé, Jacques Laudy, ... Il y publiera une série de BD à thèmes religieux dont une bouleversante biographie de Sainte Bernadette Soubirous (1958), ces débuts ressortissant tous de la veine réaliste.

Décès de François Craenhals, dessinateur de « Pom & Teddy », « Chevalier Ardent » et « Les 4 As ».

Mais c’est dans Le Journal de Tintin qu’il va construire sa notoriété. Avec les Histoires complètes, ces récits documentaires que le journal des lecteurs de 7 à 77 ans avait créés pour faire pièce aux Oncle Paul de chez Spirou. Passage obligé des débutants, Craenhals en fera des dizaines. Il y développe, de 1952 à 1955, un style original qui devient de plus en plus vériste.

Parallèlement, il s’essaie au dessin humoristique qu’il développe depuis plusieurs années en collaborant au studio de publicité attaché au Lombard, Publiart, où ses travaux voisinent avec ceux de Tibet, Weinberg, Dino Attanasio... C’est la création de la série Primus et Musette pour La Libre Belgique entre 1955 et 1973, qui totalisera plus de 3000 strips quotidiens, bientôt repris par la série d’albums mensuels Samedi Jeunesse. Une création au style rapide et simple qui préfigure sa collaboration aux 4 As.

Grâce au journal Tintin, il arrive au sommet de son art. Deux albums réalisés dans une facture proche du dessin de Paul Cuvelier, le créateur de Corentin, son idole, marquent les esprits et le placent dans le club très fermé des dessinateurs de référence de l’école de Bruxelles : les aventures de Remy et Ghislaine (1955), Le Cas étrange de Monsieur Bonneval et Le Puits 32. Il entame dans la foulée une nouvelle série qui est l’un des joyaux de l’Ecole de Bruxelles : La série Pom & Teddy dont quelques titres comme Le Léopard des neiges, Zone interdite ou encore Le Bouddha des Eaux restent pour beaucoup de spécialistes des chefs-d’œuvre.

Chevalier Ardent
(c) Casterman

Pour colossale que soit sa production (elle est longue de 40 albums publiés) la série des 4 As qu’il entame en 1964 pour Casterman en collaboration avec Georges Chaulet (pour qui il réalisera plus tard l’adaptation des Fantômette pour Hachette dans les années 80), apparaît aux yeux des spécialistes comme une œuvre mineure, démarque aimable du style Hergé (le dessinateur de Tintin fit d’ailleurs une incursion dans un de ces albums) mais qui obtient cependant pendant plus de quarante ans l’adhésion d’un public aussi jeune que fidèle.

Les mêmes spécialistes lui préfèrent la série Chevalier Ardent créée pour Tintin à partir de 1966 (20 Albums parus chez Casterman) où le graphisme néo-jacobsien de Pom & Teddy fait place à une veine plus vériste, à mi-chemin entre le dessin de Mitacq et celui d’Eddy Paape. Dans le registre historique initié par Jacques Martin, il y développe des aventures dans lesquelles la restitution minutieuse du Moyen Age permet parfois quelques envolées remarquables, comme dans La Loi de la Steppe, L’Ogre de Worm, ou encore Les Cavaliers de l’Apocalypse.

D’une facture classique sans effet inutile, les bandes dessinées de François Craenhals sont l’œuvre d’un homme qui s’est toujours attaché à exalter des valeurs authentiques empreintes d’amitié et de générosité. Ses amis, comme ses lecteurs, ressentent sa disparition avec une profonde tristesse.

Pom & Teddy
Le chef-d’oeuvre de Craenhals. (C) Lombard

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Photo : DR. (c) Casterman.

 
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