Décès de Keiji Nakazawa, l’auteur de Gen d’Hiroshima

26 décembre 2012 1 commentaire
  • Keiji Nakazawa, rescapé de la bombe nucléaire d'Hiroshima, est décédé le 19 décembre dernier d'un cancer soigné depuis longtemps, à l'âge de 73 ans. Il est l'auteur d'un livre-témoignage, Gen d'Hiroshima (10 volumes, Vertige Graphic). Nous l'avions interviewé en 2003.
Décès de Keiji Nakazawa, l'auteur de Gen d'Hiroshima
Gen d’Hiroshima est paru en 10 volumes aux éditions Vertige Graphic

Alors âgé de 6 ans, Keiji Nakazawa survécut à la bombe atomique. Il y perdit son père, peintre et dessinateur comme lui qui lui a transmis sa vocation, sa sœur aînée, sa plus jeune sœur et son plus jeune frère. Seuls Keiji, sa mère et deux de ses frères qui n’étaient pas à la maison au moment de la déflagration mais dans un espace protégé, survécurent à la tragédie. Au décès de sa mère, il s’aperçut que ses os étaient complètement nécrosés du fait des effets secondaires de la bombe.

En dépit de ces drames, Nakazawa obtint son BAC et habita Tôkyô en 1961, où il devint créateur de mangas, un genre alors en pleine expansion. À la mort de sa mère en 1966, à l’âge de 60 ans, il entreprit de réaliser Gen d’Hiroshima (Hadashi no Gen, littéralement : Gen, le va-nu pieds), un livre-témoignage accablant sur l’expérience de la bombe, dont la réalisation lui prit 13 ans. "Ma mère décéda à l’âge de 60 ans. Quand nous avons incinéré son corps, Elle n’avait plus d’os. J’ai pensé que le rayonnement de la bombe atomique avait détruit jusqu’à sa matière osseuse. Cela m’a révulsé. Je décidai aussitôt de faire une BD qui raconte la bombe. La BD est un média idéal pour pratiquer ce type de témoignage car le caractère immédiat de sa lecture en permet un accès facile à quiconque " nous racontait-il en 2003. La BD parut dans Weekly Shônen Jump en 1973.

Gen d’Hiroshima de Keiji Nakazawa

Gen d’Hiroshima est un roman graphique fondateur de la vague des témoignages qui vont déferler dans la bande dessinée dans les années qui suivent. Il a vendu près de 6,5 millions d’exemplaires dans le monde et a été traduit en dix langues dont le français, aux éditions Vertige Graphic. La série connut deux adaptations en dessins animés et un dramatique TV au Japon.

Nakazawa avait offert les 2735 originaux de sa BD ainsi que les documents y afférents au Mémorial pour la paix d’Hiroshima. Il avait envisagé de donner une suite à ce chef d’œuvre, mais une maladie des yeux l’en empêcha.

Il nous laisse néanmoins un témoignage unique dont Art Spiegelman, dans sa préface de l’édition américaine, a écrit : « La plus grande vertu de ce travail est son abrupte et totale sérénité. Sa conviction et son honnêteté nous permettent de croire à l’incroyable, à l’impossible qui pourtant se produisit à Hiroshima. C’est l’art inexorable du témoignage. »

Gen d’Hiroshima avait reçu le Prix du Meilleur manga en Allemagne à Erlangen en 2006 et le Prix ACBD Asie en 2007.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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1 Message :
  • Je me souviens avoir lu "Gen" dans les années 80 (collection Autodafé-Humanos)- le tout début de ce témoignage cad. C’était aussi mon tout premier contact avec la "manga". Quelle claque ! J’avais 17 ans, c’était les grandes vacances et j’avais acheté ce bouquin. Vacuité et farniente aidants je prêtais bientôt ce livre à toute la famille réunie sur ce terrain de camping. Des personnes qui ne lisaient en bd qu’Astérix à l’occasion. À la lecture de chef d’oeuvre l’engouement par delà les générations fut immédiat, la surprise totale et sincère. J’en fus fier. Ce que Mr Nakazawa a accompli est difficilement mesurable ou descriptible. C’est l’oeuvre d’un humaniste hors-pair qui impose l’admiration et le respect.

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