Décès de l’infatigable Guy Dessicy, le fondateur du Centre Belge de la bande dessinée

30 juillet 2016 1 commentaire
  • Le Fondateur du Centre Belge de la bande dessinée vient de décéder à l'âge de 92 ans. Ce publiciste, qui était entré dans la bande dessinée comme coloriste d'Hergé dans les années 1940, a accompagné tous les grands moments de la bande dessinée belge : de son triomphe commercial, notamment dans le "merchandising", à sa légitimation, créant le Centre Belge de la bande dessinée en 1989. Un destin exceptionnel.

Il était de petite taille, mais il savait s’imposer, par la séduction avant tout. Bretteur de mots, c’est son instituteur Edmond Vandercammen, peintre et poète, compagnon de route de Magritte et traducteur de Pablo Neruda qui l’introduit au Grenier de la poésie de Géo Norge, poéte et homme de théâtre, ami de Raymond Rouleau, de Jean Cocteau ou de Karel Čapek. Il intègre le groupe d’artistes chrétiens de Capelle-aux-champs où il rencontre, autour du Père Bonaventure Fieullien, Marcel Dehaye, secrétaire d’Hergé et futur rédacteur en chef du Journal Tintin, l’auteur de romans d’espionnage Jean Libert, l’écrivain Franz Weyergans (le père de François...), Eugène Van Nijverseel alias Evany, futur directeur artistique du journal Tintin, Yves Duval, futur scénariste à tout faire de l’hebdomadaire des 7 à 77 ans, et enfin Hergé lui-même.

Plus tard, Guy Dessicy étudie à l’Académie Royale des Beaux-Arts de Bruxelles sous la houlette du peintre Léon Devos. Quand Hergé cherche un successeur à Jacobs sur les couleurs de Tintin, il l’engage et confie sa formation à Jacques Van Melkebeke, ami de Jacobs et futur rédacteur en chef (clandestin) du Journal Tintin en septembre 1946.

Décès de l'infatigable Guy Dessicy, le fondateur du Centre Belge de la bande dessinée
Guy Dessicy devant le portrait de son mentor, Hergé, et devant le buste de Tintin signé Nat Neujean qui décore l’entrée du Centre Belge de la bande dessinée.
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Car c’est évidemment toute cette bande qui se retrouve aux côtés d’Hergé et de Raymond Leblanc au moment de la fondation du Journal des éditions du Lombard. Coloriste d’Hergé, Dessicy réalise bientôt la plupart des coloriages pour le Journal Tintin (Le Mystère de la Grande Pyramide de Jacobs, Barelli de Bob De Moor, Corentin de Paul Cuvelier...) avant de créer en 1954 la filiale belge de Publiart qui s’occupait notamment de commercialiser l’image de Tintin et des autres personnages du journal dans la publicité et le merchandising, acquérant dans ce domaine une position incontournable dans le monde publicitaire belge.

Commercial hors pair, Dessicy contribue au rayonnement de la BD belge hors des seuls albums tandis que Raymond Leblanc, avec son autre filiale Belvision, s’emploie à porter tous ces univers sur le grand écran. Le duo est en train de jeter les bases de l’industrie moderne de la bande dessinée francophone.

Dans le studio de Publiart, un grand nombre d’aspirants dessinateurs vont faire leurs premières armes : Tibet, Jean Graton, Albert Weinberg, Raymond Macherot, François Craenhals, Berck, Géri, Édouard Aidans, Mittéï, Fonske ou Carlos Roque. Plus tard, il engagera comme acteur le jeune Philippe Geluck.

Fondateur du Centre Belge de la bande dessinée

Retraité au début des années 1980, il se consacre à sa passion pour l’architecture d’Art Nouveau. Ayant acheté avec son épouse la maison de l’architecte, peintre et décorateur Paul Cauchie -un bijou architectural bruxellois- il pense y installer dans un premier temps un Musée Hergé. Le créateur de Tintin est d’accord, mais son décès en 1983 enlise le projet qui, finalement, se fixe dans une entreprise de réhabilitation des magasins Waucquez, rue des sables à Bruxelles, un chef d’œuvre de Horta qui tombait en ruines.

Le projet de Musée Hergé ayant pris une autre direction, avec l’architecte Jean Breydel, le dessinateur Michel Leloup (ancien responsable des décors chez Belvision et futur directeur du CBBD), le scénariste Bob De Groot et quelques autres, il crée une association en 1984 qui va s’employer à réhabiliter le bâtiment et y installer un Centre Belge de la bande dessinée. L’institution est inaugurée par le Roi Baudoin et la Reine Fabiola le 3 octobre 1989.

Pour son financement, il pioche dans son carnet d’adresse de publiciste : Coca-Cola, Delhaize et bien d’autres mettent la main à la poche créant un établissement indépendant, redevable à moins de 15% de fonds publics. Cette opiniâtreté paie après plusieurs décennies, le Centre est devenu un lieu incontournable de la BD à Bruxelles qui peut s’enorgueillir de représenter simultanément deux produits d’excellence de la culture belge : la bande dessinée et l’art nouveau, cumulant plus de 200.000 visiteurs par an.

Merci monsieur Guy Dessicy !

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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