Déconfinement : quelles aides au secteur du livre en Fédération Wallonie-Bruxelles ?

10 juin 2020 0 commentaire
  • La crise sanitaire a d'importantes répercussions économiques et sociales pour le secteur de la culture. Librairies fermées, festivals annulés, parutions décalées : après le temps de l'adaptation vient celui de la relance. Parmi les plus touchés, les autrices et auteurs de bande dessinée, qui travaillent le plus souvent en indépendant, ont besoin de soutien. Quelles formes celui-ci pourra-t-il prendre en Belgique, et plus précisément dans la Fédération Wallonie-Bruxelles ? C'est sur cette question que veut peser l'association ABDIL.

La pandémie de coronavirus aura concerné, par définition, le monde entier. Mais les conséquences ne sont pas les mêmes selon que l’on travaille en indépendant, pour une petite ou une grande entreprise, ou pour l’État. De même, si tous les secteurs de l’économie ressentent les effets de la crise, certains sont plus menacés que d’autres, soit qu’ils aient dû mettre tout ou partie de leur activité à l’arrêt, soit qu’ils soient structurellement fragiles.

Déconfinement : quelles aides au secteur du livre en Fédération Wallonie-Bruxelles ?
"Gars & Gus" par Stefan van Dinther devait paraître en dernier. Le Frémok a reporté sa sortie à octobre 2020.

Les autrices et auteurs de bandes dessinées ou de livres illustrés appartiennent à ces deux catégories à la fois. Travailleurs indépendants et précaires pour la plupart, ils sont tributaires non seulement des contrats d’édition, mais aussi des actions qu’ils peuvent mener dans les festivals, les écoles ou ailleurs. Ceux qui ont eu une publication au premier trimestre risquent d’avoir bien du mal à « rembourser » leurs avances sur droits [1]. Et ceux dont un livre devait paraître au printemps en ont vu la sortie décalée à la fin de l’année ou en 2021, voire ajournée sine die. Quant à la suite de l’activité éditoriale dans les mois et années qui viennent, elle semble des plus aléatoires...

"Menotte & Quenotte" par Michel Esselbrügge devait paraître le 15 mai dernier. L’employé du Moi a reporté sa sortie à janvier 2021.

En Belgique et en France, l’État a décidé d’intervenir. Mais les budgets sont limités et les arbitrages se font attendre. Différentes institutions s’engagent pour participer à cet effort. C’est ainsi que la Fédération Wallonie-Bruxelles, dont la culture est l’un des domaines de compétences principaux, a promis une série de mesures financières fléchées vers celle-ci. Une enveloppe de 17,1 millions d’euros est réservée au soutien des acteurs culturels, tous champs confondus, dont 2,67 millions pour le secteur du livre.

Quelles sont donc les mesures proposées pour l’édition ? Elles recouvrent différents soutiens à tous les acteurs de la « chaîne du livre », dans des proportions cependant très variables. Un achat groupé par et pour les collectivités, pour les bibliothèques publiques notamment, d’une valeur d’un million d’euros ciblera les « livres belges » et sera effectué dans les librairies indépendantes. Cet achat pourra inclure les « ouvrages morts-nés » du fait de la crise sanitaire. Un plan de promotion de la littérature belge francophone, de 100 000 euros, visera à faire revenir les lecteurs en librairie.

Logo de distanciation pour La 5e Couche, éditeur indépendant en Wallonie-Bruxelles.

Des bourses d’aide aux projets seront alloués aux auteurs, éditeurs, diffuseurs et libraires, en particulier à ceux dont un travail en cours a été stoppé par les conséquences de l’épidémie. Un total de 400 000 euros sera réservé aux personnes physiques - les autrices et auteurs sont donc les premiers concernés - tandis qu’une enveloppe de 250 000 euros servira à aider les associations et sociétés domiciliées en Wallonie-Bruxelles et dont le chiffre d’affaire n’excède pas 500 000 euros par an.

Par ailleurs, les libraires pourront faire des demandes de prêts au Fonds d’aide à la Librairie doté d’une somme spécifique de 160 000 euros. La plateforme LIBREL, portail numérique des libraires francophones de Belgique, verra son budget 2020 doté de 100 000 euros supplémentaires. De même, les éditeurs pourront effectuer des demandes de prêts au Fonds d’aide à l’édition, fort d’une trésorerie de 600 000 euros. Enfin, les acteurs subventionnés assurant la promotion de la littérature en Fédération Wallonie-Bruxelles recevront une aide d’un montant total de 60 000 euros.

Dans ce contexte et même si l’effort public est notable, des choix devront être effectués. Cela incite les organisations représentatives à la prudence. ABDIL, pour Auteurs de la Bande dessinée et de l’Illustration, association sans but lucratif qui souhaite représenter les créateurs de bandes dessinées et de livres illustrés en Belgique francophone, salue le plan d’aide tout en dénonçant la timidité des mesures. Aux côtés du PILEn, Partenariat Interprofessionnel du Livre et de l’Édition numérique, ABDIL déplore l’abandon des « chèques-livres », qui auraient pu inciter davantage les lecteurs à retourner dans les librairies, mais aussi la réduction du montant alloué à l’achat massif de « livres belges », et le flou entourant la définition de ces derniers.

ABDIL, structure encore relativement jeune et de taille réduite, désire faire entendre sa voix. Pour cela, elle projette d’adhérer au PILEn, de mieux faire connaître sa Charte et d’augmenter le nombre de ses adhérents. Elle veut de cette façon participer aux discussions en cours et influer sur les mesures prises par la Fédération Wallonie-Bruxelles pour la culture. Toutes les autrices et tous les auteurs de la bande dessinée et de l’illustration - dessinateurs, scénaristes, coloristes... - peuvent adhérer pour porter les deux revendications principales de l’association : « une législation permettant l’accès à un statut social et fiscal adapté et sécurisé pour les créateurs intermittents de la bande dessinée et de l’illustration » et « la reconnaissance de l’apport culturel et social de l’illustration et de la bande dessinée notamment par un soutien public à leur traduction, édition et diffusion en dehors de la francophonie ».

C’est pourquoi ABDIL a lancé un questionnaire auprès des autrices et auteurs, petit sondage qui peut encore être complété et qui a pour objectif de recenser les ouvrages dont la sortie a été touchée, en amont ou en aval, par la crise sanitaire. Cet état des lieux doit être ensuite présenté à la Fédération Wallonie-Bruxelles pour orienter les achats groupés en donnant une vue d’ensemble de la situation de l’édition et en proposant des critères de sélection.

Du succès de ce questionnaire dépendra en partie le poids d’ABDIL dans les négociations à venir.

(par Frédéric HOJLO)

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En médaillons : logos de la Fédération Wallonie-Bruxelles & d’ABDIL.

Consulter le site de la Fédération Wallonie-Bruxelles & celui d’ABDIL.

Participer au sondage d’ABDIL sur l’état des lieux des publications de bandes dessinées ou livres illustrés en Belgique, prévues depuis janvier 2020 et impactées par la crise du COVID.

[1Dans le système de l’avance sur droits, les auteurs ne touchent rien tant que les ventes n’ont pas compensées les avances prévues dans leur contrat.

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