Derib : "J’ai besoin de raconter de belles histoires qui aient une force humaine et l’animal y joue un rôle important."

3 mai 2006 0
  • Tuer son héros n'est pas banal. Derib l'a fait! En décembre dernier, nous avions été chaleureusement accueilli chez l'auteur de Buddy Longway alors qu'il venait de terminer la dernière case de "L'Envol".

Le dernier épisode de Buddy Longway est annoncé, qu’en est-il exactement ?

J’ai dessiné hier la dernière vignette officielle avec Buddy et Chinook. Après 35 ans de compagnonage, c’est quand même impressionnant ! Ça se termine par un épilogue où Kathleen découvre comment ses parents sont morts, ce qui n’est tout de même pas très facile. Mais je voulais le faire depuis 20 ans, et donc j’ai été au bout de mon idée. Je crois que je suis le premier auteur à faire ça avec son personnage principal.

Et vous le faîtes sans aucun état d’âme ?

Si ! Je suis extrêmement inquiet. C’est très difficile de faire mourir un personnage. Certains lecteurs vont avoir l’impression que je les trahis car je tue Buddy. En même temps, ceux qui sont vraiment fidèles comprendront que j’avais raison et que toute vie finit par la mort. Il y a une rigueur réaliste dans Buddy Longway depuis le début et je voulais vraiment aller jusqu’au bout. Mais l’épilogue adoucit le drame, l’explique et permet à Kathleen d’accepter la mort de ses parents.

Derib : "J'ai besoin de raconter de belles histoires qui aient une force humaine et l'animal y joue un rôle important."
Le dernier album de Buddy Longway
© Derib/Le Lombard

Aviez-vous prévu cette fin quand vous avez démarré la série ?

Pas au début, mais oui, à partir du 10ème album, j’avais décidé que ça se terminerait au 20ème.

Certains héros de BD survivent à leurs auteurs. Ce ne sera donc pas le cas de Buddy...

C’est quand même l’auteur qui décide... Buddy sera mort avant moi donc, pour lui, la question ne se pose pas ! Pour Yakari, je pense qu’André (Job) et moi seront opposés à une suite. Je ne suis pas totalement convaincu par les reprises. Il y en a très peu qui me satisfont.

Entre la parution de Regarde au-dessus des nuages et de Le dernier rendez-vous, il s’est écoulé 15 ans. Pourquoi ?

J’ai arrêté parce que Lombard a été vendu et que je ne m’entendais pas avec la nouvelle équipe. Et puis, il y a eu Jo, Red road, Pour toi Sandra plus Yakari en prime. Ça m’occupait donc à plein temps. C’est Yves Sente qui m’a convaincu de revenir au Lombard pour terminer d’une part Red road et d’autre part Buddy Longway.

Les chevaux, une des passions de Derib
© Derib/Le Lombard

Dans beaucoup de vos albums, le cheval tient une place prépondérante.

J’ai besoin de raconter de belles histoires qui aient une force humaine et l’animal y joue un rôle important. Il a une spontanéité et une honnêteté que les humains ont parfois bien du mal à vivre... Depuis tout petit, je voulais monter à cheval et faire de la bande dessinée. J’ai créé Yakari, chez Peyo, quand j’avais 19 ½ ans ! Yakari avait obligatoirement un cheval. Le cheval m’a toujours accompagné. Je ne monte plus depuis 14 ans, mais je dessine des chevaux tous les jours. C’est une nécessité. C’est un animal tellement esthétique que je ne pourrais jamais m’en passer !

Faut-il être "homme de chevaux" pour bien les dessiner ?

Il n’est pas forcément nécessaire d’être cavalier pour bien dessiner un cheval. Par contre, pour faire une histoire comme Regarde au-dessus des nuages, il faut bien connaître les chevaux. Le contact avec la nature est essentiel pour moi. Finalement, je constate que je suis un dessinateur animalier !

Crayonné de la page de droite (planche double 38/39)
© Derib/Le Lombard

Une fois Buddy Longway terminé, quels sont vos projets ?

Bien sûr avec Job nous continuons Yakari (le tome 32 Les griffes de l’ours sortira en octobre 2006). Peut-être qu’un jour, je raconterai la suite de la vie de Kathleen. Mais dans l’immédiat je vais commencer une quatrième BD de prévention (après Jo, No limits et Pour toi Sandra) qui m’est commandée par le "Mouvement du nid" avec lequel j’ai déjà collaboré pour Pour toi Sandra. Il s’agit d’un album sur la prostitution qui témoignera de l’itinéraire complexe et chaotique d’un jeune couple. Cette bande dessinée ouvrira le dialogue avec des jeunes sur des questions essentielles : le respect de la vie, de l’amour, du corps. L’homme, client de la prostitution, sera un des fils conducteurs de cette histoire. Ce n’est pas facile de parler de tout ça, mais ça m’intéresse parce que la sexualité est certainement un des gros problèmes qu’aujourd’hui on n’ose pas vraiment aborder. La preuve en est du sida : en 13 ans, rien n’a changé. On ne parle que du préservatif et pas du tout du changement de comportement. Dans Jo, il y a une seule case consacrée au préservatif. On peut faire de la prévention d’une manière intelligente.

l’album "Jo"

Qu’est-ce qui vous incite à dessiner ce type d’albums ?

Adolescent, j’ai lu Don Bosco de Jijé. Ce livre m’a beaucoup marqué, comme d’ailleurs l’appel de l’Abbé Pierre que j’ai entendu à la radio en hiver 1954. Ce sont des étapes qui m’ont touché et sans prétention, je me suis dit que les jeunes pouvaient être eux aussi concerné par une BD sur le sida. En tant qu’auteur, Jo était un sacré challenge.

Qu’est-ce qui fait avancer Derib ?

Je fais de la bande dessinée pour exprimer ce que je ressens. Il y a une logique dans l’ensemble de mes albums : la volonté de partager quelque chose de fort et d’authentique. Trouver un idéal de vie en dehors de l’argent, du pouvoir et de la consommation. On a besoin de spirituel, de recherche intérieure.

(par Laurent Boileau)

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En médaillon ; Claude Derib - Photo : © D. Pasamonik

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