Derib & Job : « Le dessin animé Yakari reflète l’esprit de la BD »

21 février 2006 2 commentaires
  • Deux décennies après la diffusion d'une première version animée de {Yakari}, la filiale audiovisuelle du groupe Média Participations, Belvision, vient de produire de nouveaux dessins animés. Ceux-ci ont été dévoilés durant le dernier Festival de la Bande Dessinée d'Angoulême et à la Foire du Livre de Bruxelles. {{Claude Derib}} et {{André Job}}, les créateurs de la bande dessinée éponyme, sont particulièrement heureux de la qualité de cette animation.

Quel est votre sentiment par rapport à ces nouveaux épisodes [1] ?

Derib : La qualité de l’animation est étonnante, ce qui est assez logique car la technique a progressé. Les épisodes avaient été réalisés, à l’époque, avec des moyens minimaux. Et puis, nous n’avions publié qu’une poignée d’albums. Aujourd’hui, il y en a plus de trente ! Le réalisateur, Xavier Giacometti, et son équipe ont donc pu lire beaucoup plus d’histoire pour cerner l’esprit de notre série. La qualité de ces nouveaux dessins animés a été plus facile à atteindre, et est au rendez-vous.

Job : C’est magique de retrouver ses personnages sur l’écran. Yakari, ce petit être, mène sa propre vie, en étant recréé par d’autres. Malheureusement, nous n’avons aucune expérience dans la création de dessin animé. Nous ne nous sommes donc pas beaucoup impliqués, sauf pour la supervision des histoires.

Derib & Job : « Le dessin animé Yakari reflète l'esprit de la BD »

Avez-vous eu l’impression que votre personnage vous échappait ?

Job : Pas du tout ! Et quand bien même : qu’est ce que cela nous ferait ? J’ai des enfants. Ils ont grandi et se sont forgés leur propre identité et leur propre vie. Naître, c’est exactement ça : c’est aller au monde.

Les parents qui ont grandi avec Yakari vont pousser les enfants à regarder les aventures télévisuelles de ce personnage.

Derib : Nous le constatons régulièrement en dédicace. De nombreux parents, accompagnés de leurs enfants, me confient avoir appris à lire avec Yakari. La boucle est bouclée et prouve que cette série est devenue un classique de la bande dessinée. C’est très émouvant !

À l’image de la bande dessinée, c’est un dessin animé sans violence...

Derib : Effectivement. Je suis enchanté que les producteurs et notamment les chaînes télévisées France 3 et la RTBF soient intéressées par une BD qui est à l’opposé de la plupart des dessins animés. Ils ont gardé l’esprit de la série, et cela nous touche beaucoup.

Quel a été votre implication dans ce projet ?

Derib : J’ai dessiné de nombreux « model sheets » destinés à servir de base aux dessinateurs. J’ai été deux fois dans les bureaux parisiens pour réaliser quelques corrections et simplifier la charte graphique. Il fallait que les personnages principaux -tels que Yakari, Graine de Bison, Petit Tonnerre et Arc en Ciel- soient facilement reconnaissables par le public. Nous avons également relu et avalisé chacun des 52 épisodes de ce dessin animé. Le réalisateur a tenu compte de nos remarques et des différentes corrections que nous souhaitions. Ce fut une relation fort harmonieuse.

Vous alternez BD réaliste avec Yakari. Qu’est ce que cela vous apporte, en tant qu’artiste, de travailler sur une série pour la jeunesse ?

Derib : J’aime suffisamment la bande dessinée, dans son ensemble, pour avoir envie de toucher à tous les styles. Yakari est une récréation nécessaire pour pouvoir m’investir dans des sujets plus délicats (le Sida, la prositution). Je ne pourrais pas me passer d’animer ce personnage. D’autant plus que cela fait plus de quarante ans qu’on lui a donné vie [2].

Comment décririez-vous André Job ?

Derib : André est avant tout un ami. Nous nous connaissons depuis 1967, à l’époque où nous avons donné vie à Pythagore pour la revue Le Crapaud à Lunettes, qui était destiné aux enfants suisses. Entre deux épisodes de cette série, nous avons créé Yakari qui correspondait plus à mes aspirations. J’ai toujours adoré les chevaux et les indiens. D’ailleurs quand j’étais petit, je ne jouais pas aux « cow-boys », mais plutôt aux « indiens » !
Par après, André a animé une revue autour de Yakari. Il est donc indissociable de ce personnage. Nous inventons les histoires ensemble. On se voit beaucoup moins qu’avant car il habite à présent à Nîmes. Mais il ne se passe pas un jour sans que l’on se téléphone où que l’on s’échange des fax... André n’est pas un scénariste parmi d’autres ! C’est LE scénariste de Yakari.

Job, comment décririez vous votre dessinateur ?

Job : Claude Derib a toujours le même enthousiasme et la même passion à dessiner. C’est un dessinateur animalier merveilleux !

Vous n’avez jamais été tenté de faire d’autres BD ensemble ?

Job : Non. Je ne suis pas scénariste. Je suis avant tout journaliste et ai travaillé pendant quarante ans pour la presse. Le hasard m’a permis de rencontrer Claude et d’écrire des histoires...

Derib et Job au milieu de leur public ... les enfants !

Le mot de la fin ?

Job : J’ai une passion profonde pour le naturaliste américain Thoreau, qui connaissait si bien l’environnement dans lequel il vivait qu’il disait : «  Je peux m’endormir le 30 juin, dormir des semaines, et au moment où vous me réveillerez, je vous dirai la date du jour. C’est en observant la nature, en la voyant se métamorphoser, en contemplant les arbres, que je saurai cela... ». C’était un non-violent !
J’espère que notre série reflète un peu cet état d’esprit...

(par Nicolas Anspach)

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Le site officiel de Yakari

Diffusion :

- France 3 : du 6 au 28 février 2006 : lundi-mardi-jeudi et vendredi à 8h30.
- RTBF (Deuj) : du 14 mars au 18 avril 2006 dans l’émission "Bla Bla" à 17h.

L’ensemble des titres de la bande dessinée Yakari est édité par le Lombard. Le 31e album, « Yakari et les Appaloosas », a d’ailleurs décroché le prix jeunesse 7/8 ans au 33e festival d’Angoulême.

Les images du dessin animé sont (c) Storimages - Belvision - 2 minutes & RTBF.

La Photo est (c) Nicolas Anspach

[152 épisodes de 13 minutes. Les 26 premiers épisodes sont des adaptations des albums. Les 26 autres oont des scénarios originaux conçus avec l’accord des auteurs.

[2En 1964, précisément.

 
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