Des auteurs de BD dénoncent 388 « #DéputésdelaHonte »

29 novembre 2020 26 commentaires
  • TROMBINOSCOPE. Une trentaine d’auteurs de bande dessinée a réalisé les portraits des 388 députés LREM, MODEM, UDI, AGIR ENSEMBLE, LR et RN (majorité, droite et extrême-droite) ayant voté pour la loi dite de « Sécurité Globale ».
Des auteurs de BD dénoncent 388 « #DéputésdelaHonte »
Aurore Bergé par Cyril Pedrosa

Cette loi, dont le projet a été adopté par l’Assemblée nationale le 24 novembre dernier, prévoit la mise en place d’outils de surveillance (caméras piétons, drones…) et une protection accentuée des forces de l’ordre (pénalisation de la diffusion « malveillante » des visages et de l’identité des policiers, usage contre eux de mortiers d’artifice, etc.). Elle renforce notamment les polices municipales et autorise l’appel, dans certains cas, à des sociétés de sécurité privées. Rappelons qu’elle doit encore repasser devant le Sénat en 2021 avant d’être promulguée.

Benjamin Griveaux par Quentin Faucompré

Dans le contexte de la chape de plomb qui tombe sur notre société en raison de la crise sanitaire, d’un ciblage des policiers par les terroristes islamistes, d’une présence récurrente des « black blocs » dans les manifestations et d’une violence accrue contre les policiers, mais aussi récemment d’une intervention brutale contre des réfugiés Place de la République à Paris et du passage à tabac par quatre policiers d’un citoyen, les tensions sont fortes autour de la loi dite de « Sécurité Globale ».

Si l’ensemble de cette loi est mise en cause, c’est en particulier l’article 24 réduisant la liberté d’expression - il vise à rendre obligatoire le floutage des visages des policiers dans les vidéos diffusées dans les médias - qui est le plus contesté et qui a fait réagir une trentaine d’auteurs de bande dessinée, parmi lesquels des Grands Prix d’Angoulême (Lewis Trondheim et Charles Berberian), à l’unisson des manifestations qui ces jours-ci exigent le retrait dudit article.

Christian Jacob par Terreur Graphique
Christophe Castaner par Charles Berberian
Marine Le Pen par Terreur Graphique

« Alors que le gouvernement se veut le défenseur de la liberté d’expression, il restreint avec cette loi les libertés et l’expression journalistique et citoyenne. Nous, auteurices de bande dessinée, avons décidé de rendre visibles celles et ceux qui ont voté cette loi dans l’urgence, alors que le pays est en plein confinement. Nous publions le portrait de ces 388 #DéputésdelaHonte. Nous représentons celles et ceux qui nous représentent. […] Vous pouvez imprimer, coller, diffuser ces portraits, manifester avec, en faire des tirages, des stickers, vous pouvez vous les réapproprier tant que cela est pour dire #StopLoiSécuritéGlobale ».

Guillaume Larrivé par Aurel

Ainsi s’expriment les dessinatrices et dessinateurs à l’initiative du projet, sur le site Internet dédié, lui-même accompagné d’un « drive » offrant l’accès à tous les portraits dessinés des députés ayant voté la loi. Leur objectif est de rappeler le rôle des députés dans le processus d’élaboration de la loi. Sans leur vote, la loi voulue par le Gouvernement et défendue par le ministre de l’Intérieur resterait lettre morte : c’est le fonctionnement normal de la Ve République. Afficher leurs visages et leurs noms n’a rien d’illégal - toutes les informations sont disponibles sur le site de l’Assemblée nationale - et n’est pas assorti de commentaires diffamants ou violents. Il s’agit de se réapproprier les principes de la démocratie représentative, en soulignant que les députés, par définition représentants de la Nation, votent au nom de tous les citoyens, y compris ceux qui ne les ont pas élus.

Eric Ciotti par Loïc Sécheresse
François de Rugy par Terreur Graphique

Les manifestants de ce week-end n’ont pas manqué d’utiliser ces portraits, tandis que certains députés ont été choqués, quelques portraits se rapprochant de la caricature. D’autres se les sont appropriés pour les mettre sur leur page Facebook. Chacun assume à sa façon…

Les portraits dessinés et utilisés par les manifestants le 28 novembre à Paris © Guillaume Blanchaud 2020
Les portraits dessinés et utilisés par les manifestants le 28 novembre à Paris © Guillaume Blanchaud 2020
Les portraits dessinés et utilisés par les manifestants le 28 novembre à Paris © Guillaume Blanchaud 2020

Ce n’est pas la première fois que des auteurs de bande dessinée s’associent pour exprimer leur rejet de la politique gouvernementale. En janvier 2020, certains avaient contribué à la création d’un fanzine, LBD 2020, distribué gratuitement à Angoulême. D’autres ont réalisé des œuvres - textes ou dessins - dans la même tonalité et diffusés dans la revue de L’Association, Mon Lapin Quotidien et dans l’éphémère et numérique Mon Pangolin d’Avril. Une partie d’entre eux se retrouvent dans l’opération « #DéputésdelaHonte », dont voici la liste des autrices et auteurs :

Nicole Augereau
Aurel
Charles Berberian
Gwen de Bonneval
Franck Bourgeron
Thomas Brochard-Castex
Thomas Cadène
Lucie Castel
Estine Coquerelle
Robin Cousin
Cy.
Mathilde Domecq
Florence Dupre la Tour
Quentin Faucompré
Grégory Jarry
Sébastien Kerascoët
Killoffer
Lenon
Marion Montaigne
Maumont
Morvandiau
Otto T.
Amélie Patin
Cyril Pedrosa
Saplaün, Annaïg
Loïc Sécheresse
Thibaut Soulcié
Terreur Graphique
Lewis Trondheim
Yoann Vornière

Dessin © Charles Berberian

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

(par Frédéric HOJLO)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

 
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26 Messages :
  • Toujours la même gauche caviar de la bayday qui s’insurge et dit aux autres d’agir, le monde de la bd n’est pas bien grand pour essayer de voir plus large et fédérer d’autres auteurs que le cercle de copinage habituel.

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    • Répondu le 30 novembre 2020 à  11:21 :

      Insurrection molle, de salon, pendant que le reste de la profession crève de faim.

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      • Répondu le 30 novembre 2020 à  13:56 :

        Le propos c’est une loi securitaire passée par des députés godillots, pas la défense des droits des auteurs de bd.
        C’est déja bien qu’il y est des auteurs qui s’engagent.
        Jamais content quoi que l’on fasse.

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        • Répondu le 30 novembre 2020 à  16:20 :

          La pauvreté et une censure sociale, une gangrène, le pire des fléaux pour une démocratie. La combattre, même dans sa corporation, c’est déjà s’insurger. Certains auteurs de BD ont les moyens de leur idéaux, les autres n’ont pas les moyens de bouffer.

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          • Répondu le 1er décembre 2020 à  08:28 :

            Les moyens de leur idéaux ?
            Si vous attendez d’avoir de l’argent pour revendiquer quelque chose il y a comme un probleme. Etre pauvre n’empêche pas d’avoir des revendications et des idées à exprimées, de plus avec tous les outils informatiques d’’aujourd’hui il y a de quoi faire pour communiquer. Comment dit-on déjà... ha oui ! Il est temps de vous sortir les doigts du ....

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      • Répondu par Kyle William le 30 novembre 2020 à  14:21 :

        Détrompez-vous, on peut crever de faim et avoir aussi un point de vue sur les relations entre les citoyens et la police.

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    • Répondu le 30 novembre 2020 à  11:37 :

      C’est vrai à droite, ils dessinent des keufs et des croix gammées.

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      • Répondu le 30 novembre 2020 à  17:45 :

        Pendant qu’à gauche, ils mangent avec le président à Angoulême et jouent les rebelles en montant leurs dossiers pour avoir les aides de l’Etat et les budgets du CNL.

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    • Répondu par Toledano le 30 novembre 2020 à  20:32 :

      « Toujours la même gauche caviar de la bayday »

      Vous ne devez vraiment pas connaitre les auteurs de ces portraits... vraiment pas.

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      • Répondu le 1er décembre 2020 à  06:54 :

        Oh que si, justement...

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        • Répondu le 1er décembre 2020 à  10:29 :

          Et vous pensez vraiment qu’ils ont les moyens de s’acheter du caviar ?

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  • On reste dans le flou artistique si on ne cite pas exactement cet article 24.
    Le voilà :

    "Article 24

    I. – Le paragraphe 3 du chapitre IV de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse est complété par un article 35 quinquies ainsi rédigé :

    « Art. 35 quinquies. – Est puni d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende le fait de diffuser, par quelque moyen que ce soit et quel qu’en soit le support, dans le but qu’il soit porté atteinte à son intégrité physique ou psychique, l’image du visage ou tout autre élément d’identification d’un fonctionnaire de la police nationale ou d’un militaire de la gendarmerie nationale lorsqu’il agit dans le cadre d’une opération de police. »

    II. – L’article 35 quinquies de la loi du 28 juillet 1881 sur la liberté de la presse ne font pas obstacle à la communication, aux autorités administratives et judiciaires compétentes, dans le cadre des procédures qu’elles diligentent, d’images et éléments d’identification d’un fonctionnaire de la police nationale ou d’un militaire de la gendarmerie nationale."

    Et la question que je me pose : le point II de l’article 24 fait-il obstacle à la liberté d’expression des journalistes ?

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    • Répondu par Yann102 le 30 novembre 2020 à  14:00 :

      C’est ça qui est subtil : l’art 24 ne rend pas directement illégal la diffusion de photos de policiers donc en cas de procès, le juge acquittera le journaliste ou le preneur d’images MAIS auparavant le policier se sera senti autorisé à décider qui a le droit de prendre des images car cet art 24 punit d’emprisonnement ceux qui le font dans un but précis. A ce stade, qui juge de l’illégalité ? Le policier. En attendant les procès, quantité de policiers vont mettre en garde à vue quantité de preneurs d’images qui de fait seront privés de manifs car libérés après. Ca s’appelle de la répression par la censure, et ça se passerait à Cuba ou au Vénézuella, tout le monde en France condamnerait...

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      • Répondu par Gabriel le 30 novembre 2020 à  18:14 :

        Ça me paraît très clair, tant que les images ne sont pas diffusées en public il n’y a pas poursuite possible, les images doivent donc être adressé aux instances administratives ou juridiques. La presse n’a plus a diffuser évidemment le visage, l identité ou l immatriculation d un policier ou gendarme. C’est une loi surtout procéduriaire qui vise à protéger la vie de ces
        fonctionnaires, on verra comment elle est appliquée, il est évidemment hors de question qu un de ces fonctionnaires juge de la légalitée de l’utilisation de ces images et interpelle un quelconque preneur d image.

        Cette loi doit être strictement respecté par ces fonctionnaires, tout abus devra être sévèrement puni au nom de nos libertés si l État veut prouver son bien fondé.

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      • Répondu le 30 novembre 2020 à  18:59 :

        Actuellement, la police n’empêche pas les journalistes de filmer ou de photographier et ce projet de loi n’autorise pas plus les policiers à empêcher de filmer et de photographier.
        Les actuelles images non floutées devrait encore plus inciter les policiers à empêcher les photographes et les caméramans de travailler, non ?

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        • Répondu par Lol le 1er décembre 2020 à  15:29 :

          « Actuellement, la police n’empêche pas les journalistes de filmer ou de photographier »
          Non, elle les tabasse, les envoie à l’hôpital ou les met en garde à vue 12 heures avant de les relâcher sans suite. Suivez l’actu un peu.

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  • Je n’aime pas ce procédé "name and shame". C’est du même niveau dégueulasse que d’écrire juif sur une boutique à Berlin en 1933. Pas d’insulte, seulement une info pour que les gens sachent.

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    • Répondu le 2 décembre 2020 à  09:05 :

      Direct le point Godwin. Ce sont des infos publiques et ce sont nos représentants. Ces décisions qu’ils prennent le sont en notre nom normalement.

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    • Répondu le 2 décembre 2020 à  10:21 :

      N’importe quoi, ce n’est pas une action antisémite. Il s’agit d’élus qui votent des lois et dont les conséquences peuvent être graves. Comparez ce qui est comparable.

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      • Répondu le 2 décembre 2020 à  11:59 :

        C’est le principe du name and shame. Un truc de militants sur les réseaux sociaux du niveau je dis ça je dis rien mais bon, je n’en pense pas moins. Pourquoi ne pas avoir dessiné tous les députés en disant qui a voté pour et qui a voté contre ? Pour stigmatiser pour foutre la honte.
        Cette loi, vous l’avez lue en entier ?
        Ce qui m’inquiète le plus, ce n’est même pas l’article 24. Maintenant, ça été voté démocratiquement et le Sénat peut réécrire cet article et doit voter. On verra ce qu’il en sort. Mais c’est pas ces portraits dessinés à l’arrache par une liste d’auteurs pseudos-révolutionnaires qui va y changer grand chose.
        Si encore c’était des caricatures ou que la légende était drôle. Mais même pas. Seulement du genre je montre un tel du doigt pour lui foutre la honte. Du même niveau débile que de coudre une étoile et de dire juif. Comme si c’était une honte que de l’être. Peu importe le point Godwin si c’est le seul moyen de faire comprendre pourquoi un tel acte dans son principe est odieux.

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        • Répondu par Bloch le 2 décembre 2020 à  15:31 :

          La façon dont vous comparez les deux événements revient à minimiser le sort des juifs durant les années 1930 et 1940. Le principal problème du port de l’étoile jaune n’est pas le fait que cela est humiliant, c’est que dans un contexte d’antisémitisme et de pogroms cela revient à porter une cible pour être assassiné ou déporté.
          Dans le contexte qui est le notre, ces députés risquent de se faire chahuter sur twitter (enfin, leurs attachés parlementaires) et éventuellement de perdre des voix pour un prochain mandat.

          De fait, plutôt que de laisser les élus tirer leur propre bilan il serait plus transparent de rendre plus facilement accessibles les votes et amendements proposés durant leurs mandats. Voter les lois est leur fonction principale, après tout.

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          • Répondu par lorentzo.B le 4 décembre 2020 à  12:10 :

            Une question : je ne retrouve pas mon message posté il y a peu, est-ce normal ? Je précise que je ne fais pas dans l’insulte, la grossièreté etc.. Je ne donne que mon avis avec un minimum d’argumentation. Et comme je deviens parano en cette "époque opaque"..

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            • Répondu par Rédaction d’ActuaBD le 4 décembre 2020 à  14:02 :

              Bonjour,
              Vous avez raison : nous modérons les interventions. Nous écartons certes d’entrée les posts insultants et plus généralement sous le coup de la loi, mais aussi ceux qui sont par trop éloignés de l’objet de ce site qui est la bande dessinée. Cela évite que les débats dérivent en pugilats politiques. Merci pour votre intérêt pour notre site.
              ActuaBD

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              • Répondu par Lorentzo. B le 6 décembre 2020 à  01:05 :

                Bonjour,
                Je n’ai pas très bien compris votre réponse dans la mesure où les messages que je viens de lire, comme celui du 4/12 où il est question de 5ème et 6ème République, sont plus politiques que mon commentaire effacé (d’autant que les dessins affichés lors de la manifestation ont bien une position politique contre cette loi qui fait débat). Je suis étonné et un poil déçu, mais ce n’est pas grave, échanger sur un forum n’est pas mon truc. C’était une simple réaction d’un citoyen passionné de BD et déçu de certains auteurs à Angoulême .

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                • Répondu par Rédaction ActuaBD.com le 6 décembre 2020 à  08:48 :

                  Bonjour,
                  Oui, au début du fil, nous laissons passer quelques messages qui expriment les positions des parties ou qui donnent des éclairages plus précis que ceux de l’article. Pour éclairer le lecteur. Cela fait, nous évitons que le sujet dérive hors de la ligne éditoriale que nous nous sommes fixée : à savoir cette action émanant d’auteurs de bande dessinée. C’est évidemment arbitraire, mais c’est ainsi que nous modérons. Avec nos excuses, bien à vous.

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          • Répondu le 4 décembre 2020 à  16:30 :

            Je ne minimise rien du tout. Stigmatiser, c’est pas de l’humour et encore moins de l’humour juif.
            En France, on en est à la cinquième république. On s’est rendu compte que les précédentes marchaient démocratiquement moins bien. Certains voudraient une sixième pour une démocratie plus participative et plus directe. Je me méfie des dérives démagogiques de ces formes de démocraties. Cette sixième ressemblerait un peu au délire parlementaire de la quatrième. Quel intérêt ?
            La cinquième correspond à l’esprit français mieux que les précédentes. si on trouve une meilleure constitution, tant mieux, mais pour l’instant, je n’en connais pas.
            Cet article 24 va être ré-écrit par le sénat. Ce qui me semble nécessaire parce qu’il manque de précision et peut être mal interprété.
            Encore une fois, je désapprouve le name & shame. En revanche, je suis tout pour la caricature. Je n’aime pas le name & shame parce que c’est une manière de stigmatiser, de mettre un bonnet d’âne sur une tête : "Il a voté non, je dis ça, je dis rien mais c’est mal parce que je pense le contraire de lui et ceux qui ne pensent pas comme moi méritent aussi un bonnet d’âne". C’est méchant, sans humour et aux antipodes de la caricature. La caricature, elle, ne se prend pas 100% au sérieux. Elle ouvre le débat alors que le name & shame ne cherche qu’à le verrouiller.

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