Desberg donne une suite au « Livre de la Jungle »

12 mars 2004 2 commentaires
  • Un mythe ne meurt jamais. En lecteur averti de Kipling, Desberg était tombé sur cette phrase à la fin des « Jungle Books », énoncée par la meute des Loups, alors que Mowgli rejoint le monde des hommes : « Où va-t-on aller maintenant ? Suivre de nouvelles pistes... »

« J’ai imaginé Mowgli à 25 ou 30 ans, témoigne Desberg, confronté à la vie d’adulte et forcé de retourner dans la forêt de son enfance. J’ai voulu reprendre et compléter le texte symbolique de Kipling. » Le dernier Livre de la Jungle est ce pastiche canonique, pour utiliser une terminologie holmésienne, qui reprend avec respect les postulats de l’auteur original pour tenter de développer de nouvelles perspectives. Ce procédé est vieux comme le monde : que ce soit dans la littérature (On se souvient des suites données aux Misérables ou à Autant en emporte le vent), comme dans la BD (Blake & Mortimer pour n’en citer qu’un). La suite n’est pas toujours brillante.

Ce n’est pas le cas ici car Johan De Moor, ami d’enfance de Desberg, dans un registre réaliste qu’on lui connaît peu, assurant l’encrage et les couleurs, s’est associé à Henri Reculé qui s’est réservé pour sa part le storyboard et les crayonnés. La beauté des dessins, qui n’est pas sans évoquer un Craig Russel lui aussi adaptateur d’un Jungle Book remarqué, arrive à compenser une évidente impression de déjà vu tant la force des images du film de Disney revient avec insistance.

Seuls les flash-backs du vieux Mowgli pistant les traces de son enfance « animale » viennent donner un peu de souffle à ce premier volume qui en annonce six autres (dans la collection Polyptique au Lombard).

On voit la "nouvelle piste" qui s’ouvre au scénariste : la nostalgie d’une nature libre et sauvage qui se réduit en peau de chagrin pour arriver, en l’espace de quelques générations, à disparaître.

Les regrets annoncés de ce Mowgli vieillissant nous rappellent toute la modernité de Kipling. Il nous disait déjà que l’écologie est avant tout une affaire de morale.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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