Desolation Jones - T1 : "Made in England" - par Warren Ellis et J.H. Williams III - Panini Comics

7 mai 2007 0 commentaire
  • Un polar punk aussi efficace qu’expéditif, porté par la talentueuse plume de Warren Ellis (Planetary) et le graphisme du très inspiré J.H.Williams III (Promethea) qui nous plongent dès les premières planches dans un univers glauque et inquiétant.

Ancien agent du MI6 devenu gênant par son alcoolisme, Michael Jones est le premier cobaye à avoir survécu au Desolation Test. Expérience des plus passionnantes, consistant à empêcher le « patient », à l’aide de stimulants, de dormir une année durant et de sombrer dans l’inconscience afin de le torturer physiquement et mentalement en toute tranquilité.

Complètement ravagé, Jones est alors assigné à résidence à Los Angeles au sein d’une communauté d’anciens agents secrets déclassés comme lui. Rendu insomniaque, aussi craintif du soleil qu’un vampire et totalement vidé de tout sentiment humain, il travaille comme détective privé au service unique de sa nouvelle communauté. Les auteurs ne tardent pas à nous annoncer clairement la couleur avec la première enquête de notre héros. Un vieux pervers le charge de retrouver sa collection de films pornos fraîchement volée parmi lesquels compte une série tournée dans un bunker en 1944 par... (non finalement, gardons le suspense.)

Desolation Jones - T1 : "Made in England" - par Warren Ellis et J.H. Williams III - Panini Comics

On est donc prévenus, il n’y aura pas de jeunes et jolies princesses à sauver ou de super-vilains à combattre. On va plutôt nous offrir une ballade dans un monde crade, glauque et où l’espoir est souvent absent. Warren Ellis se fait plaisir avec une galerie de personnages insolites et cette enquête intelligente qui tient le lecteur en haleine et le pousse à se questionner au gré des nouvelles pistes.
Nous y croisons entre autres, un ancien agent de la CIA qui, suite à une opération n’a plus besoin de se nourrir que quatre fois par an (hélas de la viande crue uniquement) ou cette femme de la même agence qui, pour devenir l’appât ultime par surproduction de phéromones sexuelles, accepta de tenter une opération provoquant malencontreusement l’effet inverse, autrement dit un sentiment de peur, de dégoût ou de malaise en sa présence.

Le graphisme exceptionnel de J.H. Williams III dépeint un Los Angeles miteux peuplé d’ombres et de personnalités lessivées. Le récit module une palette sombre et pastel propre aux polars avant de démarquer radicalement les scènes d’actions noir, blanc et rouge par un découpage inspiré et brutal.

L’ensemble est saisissant, violent et sans appel. On en redemande déjà.

(par Mathieu Drouot)

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