Dessous - Par Leela Corman (Trad. Jean-Paul Jennequin) - Editions çà et là

13 septembre 2012 1 commentaire
  • Une saga familiale, deux destins de femme, mais aussi une tranche d'histoire des États-Unis. Pour un premier album, une vraie révélation.

Dans le New-York de la fin du XIXe siècle, les immigrés sont légion. Les Juifs venus d’Europe de l’Est, en particulier. Beaucoup travaillent dans la confection, avec des conditions de travail difficiles.

C’est là que grandissent Esther et Fanya. La première est fascinée par l’art, la danse, le théâtre, l’autre se plonge avec délice dans les livres. À mesure qu’elles grandissent, leurs chemins s’éloignent. Mais chacune va trouver, en traversant des épreuves difficiles, une vraie forme de liberté, telle une avant-garde à l’émancipation des femmes et au rayonnement des Juifs dans la société américaine, notamment dans le milieu culturel.

Contrairement à certains critiques américains, il me semble que l’univers de Leela Corman doit plus à la littérature qu’aux grands noms comme Eisner ou Spiegelman. Son dessin quant à lui évoque immédiatement David B., et nul doute que l’auteure a beaucoup lu les artistes européens.

Avec un sens du drame constamment maîtrisé, Corman fait vivre son récit à grand renfort de gris et blanc, les aplats de noirs s’intégrant avec brio.

Dessous se distingue également par la qualité de ses dialogues. La traduction de Jean-Paul Jennequin illustre bien les progrès d’Esther, l’actrice, qui passe d’un langage populaire aux subtilités de la rhétorique mondaine. Et les générations antérieures distillent à chaque phrase des mots en yiddish aux sonorités éclatantes. Tous ces termes ne sont pas systématiquement expliqués, mais on devine aisément leur sens par le contexte.

Au-delà d’une trame romanesque déroulée magnifiquement jusqu’à une splendide planche finale aussi parfaite dans le texte que dans le dessin, Leela Corman dresse un portrait de deux rebelles qui prend une portée universelle, tout en éclairant une période passionnante de l’histoire sociale américaine.

Dessous - Par Leela Corman (Trad. Jean-Paul Jennequin) - Editions çà et là
© Editions çà et là - Leela Corman 2012

(par David TAUGIS)

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1 Message :
  • "Son dessin quant à lui évoque immédiatement David B" !?... Comme vous y allez ! De la touche très stylisée et de l’approche parfaite dans l’application du trait et des courbes pour ce qui est du dessin de David B, je ne vois ici que dessin bancal et mal maîtrisé, expressions déformantes des personnages sans en fortifier le caractère, encombrement des cases par des éléments faussant la perspective. Et même si une approche pourrait se prévaloir d’expressivité pour en justifier la déformation, la cohérence du dessin dans l’organisation spatiale de la planche serait d’un tout autre traitement. Monsieur Taugis, ne mélangeons pas tout de grâce. Nous sommes ici davantage dans une tentative besogneuse d’inspiration Spiegelman et Astrapi pour illustrer un récit. Néanmoins je présume que le scénario par contre est d’une autre maîtrise, mais le dessin, excusez du peu... ou alors allez plus loin : "Elle sublime une approche intuitive dans l’expression de ses personnages bien au delà du meilleur de Spiegelman, et bouleverse littéralement le rapport à l’image dans un accord ultra sensible du dosage des gris entre noirs et blancs, et ce dans le prolongement des meilleurs du genre". Mais peut-être n’avez-vous pas illustré votre éloge de la bonne planche ?...

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