Dick Turpin - Par Lele Vianello - Mosquito

12 août 2020 0 commentaire
  • Les bandits des grands chemins ont toujours plu aux auteurs littéraires. Et ici, avec Dick Turpin, la bande dessinée s’accapare un personnage ayant réellement existé. Un album souriant, entraînant, léger…

Au contraire de bien des (anti-)héros de papier pu de cinéma, de Zorro à la Tulipe Noire, Dick Turpin a véritablement sévi, au dix-huitième siècle en Grande-Bretagne. Son existence fut courte, puisqu’il fut pendu haut et court à l’âge de 34 ans. Et si son nom a traversé les siècles, c’est d’abord parce qu’un écrivain, un siècle plus tard, en fit un de ses personnages.

Mais c’est aussi parce que l’imaginaire collectif a toujours eu besoin de se rattacher à des symboles de la révolte, du non-attachement aux règles et aux lois qui, sans cesse, cherchent à gérer l’être humain tout en lui retirant ses libertés, ses plaisirs, et en lui imposant l’injustice de la pauvreté.

Dick Turpin - Par Lele Vianello - Mosquito

C’est dire que ce style d’anti-héros possède, depuis que l’art au sens large du terme s’en est emparé, des codes bien précis : un bandit aimé par le peuple se doit d’être courageux, souriant, libre et libertin, et, surtout, comme Mandrin, volant et humiliant les riches et les notables. Ces codes sont ceux de cet album, évidemment.

Pourrait-on dès lors parler de « réchauffé », de « déjà-vu » ? En partie, probablement… Mais ce qui prime totalement, dans ce livre, c’est le dessin, la mise en scène graphique des trois histoires simples qui s’y trouvent, simples, mais que l’auteur, Lele Vianello, rend vivantes, animées, avec du mouvement, avec ce qu’il faut de péripéties pour rendre la lecture agréable, avec un sens de l’observation, avec une approche passionnante des visages aussi.

Le dessin… Il rappelle, et c’est une évidence dès la première planche, le graphisme d’un des génies du neuvième art, Hugo Pratt. N’allez pas croire, cependant, qu’il s’agit là de plagiat, de manque d’originalité, que tu contraire ! Vianello a été un proche collaborateur de Pratt, travaillant avec lui sur différents albums. Et c’est cette amitié qui transparaît dans le trait de Vianello… La maîtrise du Noir et Blanc qui est la sienne doit, c’est certain, beaucoup à cette amitié, à ce travail en commun, sur Jesuit Joe, entre autres.

Mais Vianello, ce n’est pas Pratt, tant pis, et tant mieux… Tant pis, parce qu’il n’a pas la puissance d’évocation du créateur de Corto Maltese, il n’a pas non plus son sens du découpage qui permet au lecteur de suivre d’un seul regard une narration, même si celle-ci se fait sans un seul mot.

Tant mieux, parce le dessin de Pratt, reconnaissons-le, souffrait parfois de son génie en faisant preuve d’une trop grande rapidité dans le tracé, alors que, chez Vianello, on peut vraiment parler de précision, d’un bout à l’autre de son album. Et j’ai particulièrement apprécié le sourire omniprésent de Dick Turpin, qui rythme un récit qui, par ailleurs, peut parfois sembler quelque peu confus.

Ne boudons pas le plaisir qu’on peut prendre à lire un album qui se révèle d’abord et avant tout délassant, surtout quand ce délassement populaire se fait avec une puissance de dessin remarquable ! Avec une présence féminine, de bout en bout, qui ne manque vraiment pas de charme… Et qui donne envie de (re-)lire Le Fanfaron, du même auteur, et ses autres albums, pour découvrir une palette artistique qui ne manque vraiment pas d’intérêt !

(par Jacques Schraûwen)

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Dick Turpin - par Lele Vianello - Mosquito - 109 pages – Janvier 2020

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