Didier Claes (vice-président de la BRAFA) : "Il faut briser cette idée reçue que l’art n’est pas accessible"

29 janvier 2020 1 commentaire
  • Comme en chaque début d'année, la BRAFA Art Fair de Bruxelles, une des plus prestigieuses foires d'art au monde prend ses quartiers sur le site de Tour & Taxis. À l'occasion de l’anniversaire de la BRAFA qui fête cette année ses 65 ans d'existence, son vice-président Didier Claes nous a accordé un entretien au cours duquel il nous explique qu'en dépit de son image luxueuse et élitiste, la BRAFA s'adresse à tous les publics, y compris les jeunes.
Didier Claes (vice-président de la BRAFA) : "Il faut briser cette idée reçue que l'art n'est pas accessible"
Didier Claes, vice-président de la BRAFA
Photo © Christian Missia Dio

Didier Claes, pourriez-vous expliquer ce qu’est la BRAFA ?

Didier Claes : La BRAFA, c’est un événement annuel qui rassemble 133 exposants et qui existe depuis 65 ans. C’est une bonne vieille dame qui rajeunit de jour en jour, contrairement à ce que l’on peut imaginer. À la base, la BRAFA s’appelait la Foire de Bruxelles et rassemblait une petite dizaine de marchands. Au gré des années, cette foire est devenue internationale. Lorsque je qualifie la BRAFA d’une vieille dame qui rajeunit, je veux dire par là que la variété des exposants a beaucoup augmenté. Nous sommes passés d’une foire d’antiquaires d’une dizaine de galeries à une foire qui réunit des galeries spécialistes en art moderne, en art classique africain qui est ma spécialité, en archéologie, en bande dessinée et évidement en tableaux anciens qui restent l’ADN de la foire.

On a souvent l’impression que des événements tels que la BRAFA sont uniquement destinés à un public élitiste. Pourtant, nous assistons depuis quelques années à une ouverture des galeries d’art vers le grand public. Par exemple, vous êtes de plus en plus présents sur les réseaux sociaux.

C’est vrai que d’entrée de jeu, l’art peu paraître quelque chose de difficile d’accès. Mais c’est justement pour briser cette idée reçue que la BRAFA et de manière générale, les galeristes des différentes disciplines présents à notre événement communiquent sur les réseaux sociaux afin de toucher toutes sortes de publics et surtout, de tout âge ! Et ceci est une vraie question, car nous l’abordons régulièrement au cours du comité de la BRAFA. Nous avons le souci de donner un coup de jeune à notre événement et surtout de pouvoir se dire que l’art doit pouvoir intéresser des personnes de tout type, de tout bord et de tout âge. C’est la raison pour laquelle nous investissons les réseaux sociaux qui sont de magnifiques outils de communication. Les jeunes sont les collectionneurs de demain et il est important de les initier.

Cette objectif d’ouverture est-il atteint ? Arrivez-vous à attirer un public plus divers et plus jeune durant la semaine de la BRAFA ?

Sans aucun doute. Depuis environ trois ans, nous avons mis le focus sur cet objectif et celui-ci s’est matérialisé déjà au niveau du nombre de visiteurs qui est en augmentation d’année en année. La foire est à chaque édition un succès absolu. Nous sommes en milieu de foire et nous n’avons pas encore les chiffres définitifs mais je peux vous dire qu’au moment où nous nous parlons, nous avons accueilli plus de monde qu’au même moment lors de l’édition 2019. Par ailleurs, il y a aussi de plus en plus d’écoles qui nous visitent. Notre public s’est vraiment rajeuni !

L’une des nouveautés de cette année est l’exposition de quelques pans du Mur de Berlin. Pourquoi ce choix ?

Ce choix est un peu le fruit du hasard. Un des membres du comité a été confronté à cette proposition. Vous savez que notre foire est une association sans but lucratif, ce qui fait que nous avons aussi un but social dans notre projet. Nous ne sommes pas là que pour faire du business, nous avons donc jugé judicieux de proposer ces œuvres au public. Concrètement, nous avons acquis ces pièces sur les fonds de la foire et les bénéfices de leurs ventes sont destinées à des œuvres caritatives.

Segments of the Berlin Wall
Photo © Fabrice Debatty

Depuis bientôt dix ans, la BD est présente à la BRAFA. Pourtant cette année, la galerie Huberty & Breyne est la seule représentante du 9e art. La galerie Champaka a cessé sa participation à votre événement il y a quelques temps et la Belgian Fine Comic Strip Gallery n’est pas présente cette année. Comment expliquez-vous ce recul de la BD ?

Je n’ai pas la même analyse que vous. Déjà, je constate qu’au niveau de la vente d’originaux de BD il y a une progression terrible dans la reconnaissance de cet art ces dix dernières années. Cette reconnaissance, nous l’analysons de manière globale au niveau des foires, des collectionneurs et même du grand public. Pour en revenir à la présence de la BD à la BRAFA, je dois préciser que cette année est un peu exceptionnelle suite à l’actualité. Il y a d’autres foires en préparation très bientôt et celles-ci sont beaucoup plus axées sur la BD. Je pense que c’est un choix stratégique de leur part de ne pas être présent à la BRAFA en 2020. Mais nous espérons les compter à nouveau parmi nous dès l’année prochaine.

En Belgique, on compte peu d’événements pour l’art de l’envergure de la BRAFA. Comment l’expliquez-vous ?

D’abord parce que la BRAFA est leader. Il est difficile d’imaginer qu’il y ait de la place pour deux foires de ce type en Belgique. Il existe d’autres salons dans l’art contemporain telles que Art Brussels, qui est une foire d’une très grande réputation. Mais organiser une autre foire semblable à la BRAFA en Belgique ? Je ne vois pas la place, ne fut-ce qu’au niveau du timing. Il y a d’autres événements en Europe tels que le TEFAF dans un mois à Maastricht, qui sera suivi d’Art Paris en avril, et n’oublions pas Londres avec Frieze Art Fair. Et même au niveau mondial, vous avez le Frieze Los Angeles 2020 dans deux semaines et la biennale de Dakar Dak’Art 2020 au mois de mai. Donc, c’est très compliqué d’organiser deux événements annuels de grande ampleur en Belgique. C’est pour cela qu’il faut soutenir la BRAFA car c’est le seul événement d’envergure internationale sur l’art qui a lieu à Bruxelles et qui fait rayonner notre chère capitale européenne.

Photo © Christian Missia Dio

Voir en ligne : BRAFA 2020

(par Christian MISSIA DIO)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

 
Participez à la discussion
1 Message :