Didier Conrad : « Difficile d’échapper à Astérix en France »

13 avril 2019 0 commentaire
  • Il était présent à la conférence de presse du 10 avril grâce aux nouvelles technologies. En effet, le dessinateur actuel d’Astérix réside au Texas à plus de 8000 km de Paris. En coup de vent et par webcam interposée, nous avons profité de ce moment pour lui poser quelques questions sur son travail pour le petit Gaulois avec le scénariste Jean-Yves Ferri.

Il y a quelques mois dans une interview au Parisien, Albert Uderzo a donné une interview où il déclare qu’après Astérix, vous aurez du mal à revenir au style de Franquin Qu’en pensez-vous ?

Je n’ai pas lu cet interview, mais c’est possible. Je pourrais retravailler mon propre style, celui de Franquin, je ne sais pas, même si c’est le premier style que j’ai appris (Avant Astérix [Didier Conrad a dessiné deux albums des Marsu Kids, NDLR.]. Je ne sais pas si comme la bicyclette, cela ne s’oublierait pas. À voir...

Après « Astérix chez les Pictes » que vous aviez du reprendre en urgence, avez-vous réussi à trouver complètement vos marques avec les Gaulois ?

Je dois toujours progresser. Le problème n’est pas tant graphique, il réside sur la façon de penser. Uderzo a un son propre style, il dessine pour faire rire les lecteurs ce qui n’a jamais été vraiment ma priorité. J’aime le gros nez mais pas essentiellement pour faire rire.

Toujours dans son interview au Parisien et concernant « la Fille de Vercingétorix » , il confie vous avoir fait reprendre l’ouvrage depuis le début alors que vous en étiez à la moitié…

Je ne sais pas pourquoi il a dit ça. Si nous avions dû recommencer la moitié de l’album, nous ne serions pas arrivés à le sortir dans les délais prévus. Par exemple, si Jean-Yves commence travaille sur le prochain épisode, il en commencera l’écriture en janvier et je m’attaquerai au dessin en mars-avril.

Didier Conrad : « Difficile d'échapper à Astérix en France »
La première case de "la Fille de Vercingétorix" du scénario schématisé par Jean-Yves Ferri au dessin de Didier Conrad
Astérix® - Obélix® - Idéfix® / © 2019 Les Éditions Albert René

Aujourd’hui, travaillez-vous pour Astérix à 100% ?

Absolument. Il ne me serait pas possible de réaliser une autre bande dessinée en parallèle. Je pourrais éventuellement dessiner un demi-album d’une autre série entre chaque Astérix, mais c’est un travail très prenant. Chaque étape doit être revisitée, tous les crayonnés doivent être dessinés avant l’encrage d’abord parce qu’il faut que les albums soient traduits plus tôt [selon son éditeur, chaque nouvel épisode d’Astérix est publié simultanément en vingt langues différente. NDLR]. Il s’agit de traductions complexes, les adaptateurs doivent trouver des jeux de mots dans leur propre langue, cela prend donc beaucoup de temps.

Résider aux USA pour dessiner Astérix, quels en sont les avantages et les inconvénients ?

Il n’y a presque que des avantages. En France, il est difficile d’échapper à Astérix, alors que les États-Unis sont un des rares pays avec le Japon où il n’existe pratiquement pas. Ici, dès que je pose mon crayon, je peux me recharger et penser à autre chose. L’autre avantage, c’est le décalage horaire. Quand Jean-Yves me demande quelque-chose, je travaille quand il dort et inversement, on gagne beaucoup de temps ainsi.

Êtes-vous libre de dessiner des détails différents du scénario de Jean-Yves Ferri ?

Je suis sensé interpréter son scénario. Je suis libre de choisir mon cadrage par exemple. Maintenant, il est bien sûr autorisé à me faire changer ce qui ne lui conviendrait pas. Entre lui et moi, c’est un jeu de ping-pong. Je peux également rajouter des idées visuelles, notamment le comportement d‘Idéfix qui me permet d’ajouter des gags visuels au script de Jean-Yves. Albert Uderzo en faisait de même quand il travaillait avec René Goscinny.

Lors de la conférence, vous avez déclaré avoir encore la moitié de l’album à encrer. Quand se terminera votre travail sur « La Fille de Vercingétorix » ?

Tout doit être terminé exactement le 6 juin. Je terminerai l’encrage fin mai, il me restera juste à superviser les dernières mises en couleurs.

(par Laurent Melikian)

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Photo © Anna Rosati

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