« Dieux et mortels », le récit fondateur de la version "canonique" de Wonder Woman

4 mai 2017 0 commentaire
  • Certaines œuvres constituent des événements qui ont marqué leur époque mais rares sont celles qui peuvent se targuer de porter le qualificatif d’ « historiques ». C’est pourtant le cas de cette séquence de « Wonder Woman » de la fin des années 1980 qui révolutionna la perception du personnage de la princesse amazone.

Il y a peu de temps, nous avons pu découvrir les débuts de la série de Greg Rucka qui mettaient l’accent sur la dimension d’ambassadrice de Wonder Woman. Une caractérisation qui trouve son origine dans cette version, dite de George Pérez, qui a posé les bases de la définition « moderne » de la princesse amazone, toujours d’actualité.

1986. Suite au maxi-événement Crisis on Infinite Earths l’univers de DC Comics est remis à zéro et, comme pour tous les grands personnages de l’éditeur américain, une nouvelle version de Wonder Woman doit être mise en chantier. La tache incombe au scénariste Greg Potter mais ce dernier tâtonne...

Le dessinateur George Pérez est à ce moment-là l’une des superstars de DC Comics. La série The New Teen Titans qu’il a lancé avec le scénariste Marv Wolfman au début des années 1980 a été l’un des plus gros succès de l’éditeur dans cette décennie et c’est assez naturellement à eux que fut confiée la réalisation de Crisis on Infinite Earths, là aussi avec à la clé une grande réussite.

Ayant en tête depuis longtemps un projet d’histoire pour Wonder Woman, George Pérez se propose de rejoindre le projet. En fin de compte Greg Potter ne signera que les deux premiers épisodes, George Pérez prenant totalement en main la série à partir de l’épisode trois, avec cependant l’aide de Len Wein aux dialogues.

« Dieux et mortels », le récit fondateur de la version "canonique" de Wonder Woman
La naissance extraordinaire de Diana
© DC Comics / Urban Comics

Ce premier tome très épais [1] de Wonder Woman - Dieux et mortels propose les deux premiers arcs narratifs de la série avec des histoires au statut aujourd’hui culte, des récits de référence qui ont révolutionné l’image de la princesse amazone, au contenu fortement mythologique et féministe.

Si associer Wonder Woman à un propos féministe peut sembler une évidence aujourd’hui, cela n’a pas forcément toujours été le cas dans les années 1960 et 1970, où la caractérisation de la super-héroïne a navigué entre à peu près tout et n’importe quoi, surfant par moment sur les modes, comme lorsqu’elle fut ré-imaginée en version Emma Peel de Chapeau melon et bottes de cuir !

Car au-delà de l’idée de « femme indépendante », c’est bien la dimension « engagée » qui frappe le lecteur dans ce premier tome, qu’il faut de plus remettre dans le contexte de l’époque, à la fin des années 1980 pour en mesurer le caractère audacieux et original.

Mais surtout, ce qui frappe par-dessus tout, c’est le parti-pris qui va au bout de ses idées, parfois étonnantes, et on se dit qu’aujourd’hui les éditeurs ne s’autoriseraient pas forcément d’y aller « aussi à fond » de nos jours car, par moments, le récit se montre très « rentre-dedans », et c’est tant mieux et très bien à la fois.

La rencontre de Diana avec Julia Kapatelis
© DC Comics / Urban Comics

Alors de quoi s’agit-il ? Le premier épisode s’ouvre sur les origines mythologiques des Amazones, une race de femmes créée par les grandes déesses grecques : Athéna, Aphrodite, Déméter ou Artémis, dont les âmes sont celles de femmes humaines victimes de la violence des hommes.

S’ensuit un épisode fondateur où les Amazones sont tragiquement trahies par Hercule et réduites en esclavage, avant de s’exiler sur une île coupée du monde, la fameuse île du Paradis où, devenues immortelles, elles vivront des siècles en autarcie avant la naissance et l’avènement de leur princesse, Diana, et du choc de la rencontre avec le monde extérieur.

Le premier arc narratif part d’un postulat classique : Diana quitte l’île avec Steve Trevor (qui a ici la quarantaine), afin de sauver le monde d’une future guerre totale orchestrée dans l’ombre par Arès, le dieu de la guerre.

Cependant, l’aventure et l’action, bien que présentes, se trouvent rapidement reléguées au second plan, le récit accordant la priorité à la relation entre Diana et Julia Kapatelis, une universitaire qui la guide dans la découverte du monde des « hommes », avec une mission d’ambassadrice qui se met rapidement en place… Avec toutes les difficultés que cela implique.

Wonder Woman, nouvelle icône médiatique de Boston !
© DC Comics / Urban Comics

Le second arc narratif prend la forme d’une épreuve imposée par les Dieux à Diana. Très axé mythologie et action, c’est l’autre versant du travail de George Pérez qui vise à replonger Wonder Woman dans les mythes et légendes grecs, avec en prime un final extrêmement surprenant… et féministe.

De façon générale, on s’étonne de l’audace de certains passages, en particulier ceux autour du viol, abordé à plusieurs reprises, et qui fait de cette re-création de Wonder Woman une œuvre puissante et riche, abordant la place de la femme dans la société et en installant Wonder Woman comme championne d’une mythologie grecque revisitée.

Impossible d’oublier le trait de George Pérez, ici au sommet de son art, à la fois extrêmement détaillé et clair et très à l’aise dans les scènes de combat, y compris dans les décors et dans la représentation des monstres « classiques ».

Une réussite totale ou s’en rapprochant, avec peut-être un petit bémol en ce qui concerne l’intrusion d’un événement éditorial, celui des « Traqueurs » (Millennium pour être précis), qui s’invite à l’époque dans toutes les séries en cours, dont celle de Wonder Woman, et qui parasite un peu le récit.

Une broutille cependant face au caractère incontournable et simplement formidable de ce récit fondateur que l’on découvre pour la première fois en France et qui reste aujourd’hui encore étonnement moderne et passionnant !

Wonder Woman contre l’Hydre de Lerne !
© DC Comics / Urban Comics

(par Guillaume Boutet)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Commander cet album:
BDfugue FNAC Amazon

Wonder Woman Dieux et Mortels T. 1. Scénario : George Pérez, Greg Potter & Len Wein. Dessin : George Pérez. Traduction Edmond Tourriol, Jean-Marc Lainé & Jérôme Wicky. Urban Comics, collection "DC Essentiels". Sortie le 17 mars 2017. 384 pages. 35,00 euros.

Commander cet album chez Amazon ou à la FNAC

Wonder Woman albums The New 52 sur ActuaBD :
- Lire la chronique du tome 1,
- Lire la chronique du tome 4,
- Lire la chronique du tome 5,
- Lire la chronique du tome 6,

Greg Rucka Présente Wonder Woman sur ActuaBD :
- Lire la chronique du tome 1.

Wonder Woman, Déesse de la Guerre sur ActuaBD :
- Lire la chronique du tome 1,
- Lire la chronique du tome 2,
- Lire la chronique du tome 3.

Autres albums Wonder Woman sur ActuaBd :
- Lire la chronique de l’Anthologie.

[1Les épisodes contenus dans Wonder Woman Dieux et Mortels T1 sont :
- Wonder Woman #1-14 (novembre 1986 à novembre 1987).

  Un commentaire ?