Dimitri Kennes : « Je suis parti car Dupuis risquait de perdre son identité »

9 mars 2006 0 commentaire
  • Suite à la publication de [notre article->3431] annonçant la démission de {{Dimitri Kennes}} au poste de Directeur Général des Éditions Dupuis, ce dernier commente aujourd'hui cette information. Le départ du jeune éditeur est effectivement dû à des opinions divergentes avec le groupe Média-Participations en ce qui concerne l'indépendance de Dupuis dans ses politiques marketing, commerciale et financière...

« J’ai toujours cru que les Éditions Dupuis avaient tout à gagner d’avoir intégré le groupe Média-Participations, propriétaire des Éditions Dargaud et Lombard, nous dit Dimitri Kennes. Ce rachat permettait de développer des synergies avec les autres sociétés du groupe, d’être plus fort lors de négociations avec les imprimeurs et les réseaux de distribution, de réaliser des économies dans les frais de stockage, etc. ... Tout en permettant de sauvegarder l’identité propre des Éditions Dupuis, grâce à des départements séparés ».

Mais, au fil des mois, les départements finances, marketing, droits dérivés et commercial de Dupuis ont, semble-t-il, perdu beaucoup de liberté au profit d’une stratégie commune aux sociétés du groupe. « Ce qui est tout à fait normal dans une certaine mesure, admet Dimitri Kennes. Si on crée un club de vente par correspondance commun au niveau du groupe, il est logique que Dupuis y soit représenté, sans être le décideur. Mais pour les clubs existants, le Comité de Direction de Dupuis doit rester le seul décideur des stratégies à adopter. Il en va de même pour les droits dérivés : quand on traite avec des personnes qui souhaitent acheter des licences de "Kid Paddle", par exemple, qui d’autre que le gestionnaire de l’œuvre peut traiter avec eux ? Nous maîtrisons l’œuvre de Midam parce que nous le connaissons et discutons régulièrement avec lui ... En traitant globalement la revente de licence au niveau du groupe, nous risquons de perdre en qualité. »

Dimitri Kennes : « Je suis parti car Dupuis risquait de perdre son identité »
Jacques Jonet et Dany
Photo (c) E. Charneux / Le Lombard

Le jeune directeur s’en est inquiété plus d’une fois auprès du Conseil d’Administration du groupe Média-Participations. « Je leur ai envoyé une dernière lettre argumentée ce lundi 6 mars pour leur demander de me donner plus de liberté dans les domaines que je vous ai spécifiés, tout en leur disant que j’étais prêt à démissionner si je n’obtenais pas gain de cause ! ». Vincent Montagne, Jacques Jonet et Claude de Saint-Vincent, les principaux dirigeants du groupe n’ont donc pas suivi ces recommandations.

Hier midi, Dimitri Kennes a donc réuni le personnel des Éditions Dupuis et a commencé son speech en paraphrasant Serge Gainsbourg : « Je suis venu vous dire que je m’en vais ... ». Il leur a expliqué les raisons de son départ. « Cette démission est le fruit d’une longue réflexion, nous confie-t-il. Soit je continuais à avoir un beau salaire en mentant au personnel de Dupuis et aux auteurs. Soit, je m’en allais. Je suis un homme entier et j’ai donc choisi la seconde solution. Je ne demandais finalement rien de plus qu’à assumer pleinement la fonction qui m’était confiée et donc de diriger pleinement les départements Commercial, Marketing, Droits Dérivés et Éditorial de Dupuis, tout en rendant des comptes aux actionnaires. N’est pas ce pas là la fonction d’un Directeur Général ? »

Dimitri KennesIl y a dans sa voix un peu de tristesse. « J’ai fait presque toute ma carrière professionnelle chez Dupuis. Beaucoup d’employés de cette maison et d’auteurs sont devenus des amis. Je garde l’espoir que mon départ va provoquer un électrochoc au sein de dirigeants de Média-Participations. Dupuis est une société différente de Dargaud, du Lombard ou de Kana. Ce n’est pas du tout péjoratif. Dupuis n’est ni une meilleure, ni une moins bonne maison d’édition que celles-là. Seulement, nous avons notre identité propre ... ».

Dimitri Kennes conclut en nous disant : « Claude de Saint-Vincent [1] m’a invité à nous rencontrer dans dix ans afin de parler des événements qui se seront passés au sein de Dupuis. J’ai l’intention de tenir cet engagement et d’en discuter à ce moment-là avec lui. Peut-être suis-je un peu trop fougueux, mais j’ai le sentiment d’être dans le bon. Dupuis doit garder son identité et une marge de manœuvre propre et ce, pas seulement au niveau éditorial. Ceci dit, j’espère avoir tort. Je reste profondément attaché à Dupuis et j’espère que Média-Participations prendra les meilleures dispositions pour assurer la pérennité de l’entreprise et le bien-être du personnel et des auteurs. ».

Reste à savoir si cette nouvelle donne constitue une vraie recherche de synergie entre les différentes parties du groupe, ou plus simplement la recherche d’un profit à court terme.

Claude de Saint Vincent assurera l’intérim

Dans un communiqué publié cet après-midi, Claude de Saint Vincent dit regretter la décision de Dimitri Kennes, d’autant plus que ce départ est « une perte pour l’entreprise ». Le Directeur Adjoint de Média-Participations ne s’épanche pas sur les raisons de ce départ, mais confie qu’il assurera la direction opérationnelle de Dupuis jusqu’à la nomination du nouveau Directeur Général. « Cette décision ne remet pas en cause les projets de développement des Éditions Dupuis tant en matière éditoriale qu’audiovisuelle ou commerciale, ajoute-t-il. La manifestation la plus récente en a été la relance et la nouvelle formule de Spirou heBDo en janvier dernier ».

Il semblerait que le nouveau Directeur Général devrait être recruté, soit au sein de la maison Dupuis, soit en dehors du Groupe. Il aura fort à faire pour restaurer la confiance au sein de son personnel et de ses auteurs.

(par Nicolas Anspach)

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En médaillon : Dimitri Kennes - Photo (c) N. Anspach
L’autre photo de Dimitri Kennes est (c) DR.

[1le directeur général adjoint de Média-Participations

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