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Disparition d’Alain Resnais, compagnon de route du 9e Art

  • Un grand réalisateur est mort. Mais sait-on sa passion pour la bande dessinée dont il fut un des premiers acteurs de sa reconnaissance culturelle en France ? Rapide aperçu en forme d'hommage.

On apprend le décès samedi soir d’Alain Resnais à l’âge de 91 ans. Son nom est attaché à quelques-uns des plus grands films du cinéma français : Nuit et brouillard (1955), Hiroshima mon amour (1959), mais aussi La Guerre est finie, Providence, Smoking, No smoking, Les Herbes folles, On connaît la chanson, récemment Aimer, boire et chanter. Il avait obtenu deux César et un Oscar (pour le Prix du meilleur court-métrage en 1950 pour Van Gogh).

Cela se sait peu en dehors du cercle des initiés : c’était un grand amoureux de la bande dessinée. Olivier Delcroix, journaliste en charge de la bande dessinée et du cinéma au Figaro, avait recueilli ses confidences à ce sujet en 2009, alors qu’il avait choisi Blutch pour illustrer l’affiche de son film, Les Herbes folles.

Disparition d'Alain Resnais, compagnon de route du 9e ArtDu dessinateur de Mitchum, il disait : "Blutch, je l’apprécie depuis longtemps. C’est un grand dessinateur Il a vu le film. Je ne lui ai pas dit de créer une affiche précise. Nous en avons discuté lors de cette après-midi. Blutch m’a montré ses dessins sur un grand cahier. En sortant, j’étais enivré. J’avais vu près de 500 dessins à la suite. Comme ça. Et je me suis dit : "Au fond, j’ai eu l’impression d’avoir passé l’après-midi avec Matisse". C’est la succession de ces 500 dessins fait avec ce fameux coup de pinceau chinois... C’était magique."

Cette affection pour la bande dessinée, il l’entretenait depuis longtemps. Membre du CELEG, un club de bande dessinée constitué en le 29 mars 1962, présidé par Francis Lacassin, il en fut le co-vice-président avec la sociologue Evelyne Sullerot, siégeant dans ce club dont firent partie des célébrités comme l’historien Pierre Couperie, l’actrice Delphine Seyrig, les réalisateurs Federico Fellini et Alejandro Jodorowsky, les scénaristes de BD Jacques Lob ou Lee Falk, avec les soutiens de René Goscinny, de Hergé, de l’éditeur Paul Winkler et bien d’autres. Ce club joua un rôle déterminant dans la reconnaissance culturelle de la bande dessinée en France.

Resnais réalisa en 1989 un film, I Want to go Home, produit par Martin Karmitz, dont le scénario et les dialogues avaient été écrit rien moins que par le grand cartoonist américain Jules Feiffer et dont le héros était un auteur de bande dessinée américain un peu déclassé venant assister en France à une exposition de bande dessinée, prétexte à rejoindre sa fille Elsie étudiante à Paris. Le film est un hommage appuyé à de grands artistes de BD américains comme George Herriman, Al Capp, Will Eisner, ou Art Spiegelman où l’on voit Gérard Depardieu en Popeye (il avait les biscottos mais pas encore le tour de taille d’Obélix...).

Gérard Depardieu en Popeye dans "I Want to go Home" d’Alain Resnais (1989)

Alain Resnais est resté jusqu’au bout sidéré par l’art de la bande dessinée. "J’ai fait découvrir The Spirit de Will Eisner à Eric Gautier, mon directeur de la photographie, confie-t-il à Olivier Delcroix à propos des Herbes folles en 2009. Il avait lu les comics de cet artiste sans savoir qu’il était aussi célèbre. Nous avons ainsi mis au point une utilisation des couleurs non réalistes. Vous savez, en bande dessinée, je ne suis pas un expert. Mais j’ai mes favoris ! Ce n’est pas forcément le dessin qui m’intéresse le plus généralement dans les BD. Ce qui m’intéresse, c’est la combinaison du dialogue et du dessin. Il faut être très calé pour manipuler ça ! Mais la lecture demande aussi un travail du cerveau : il y a deux types de messages qu’on reçoit en même temps et c’est du travail ! Même le problème de la page du dimanche ("The sunday page") que l’on reçoit en couleurs, il faut penser que le lecteur en ouvrant son journal, et son supplément de comics, va regarder l’ensemble de la page d’abord. Dans sa globalité. Puis, ce n’est qu’après qu’il commence sa lecture par la case du haut. Tout cela, Il faut en tenir compte".

Merci pour cette leçon, monsieur Resnais.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

En médaillon : Alain Resnais par Floc’h © Floc’h

 
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5 Messages :
  • "Alain" Depardieu (in légende photo) ;) :) "Alan Dipardiou"

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  • I want to go home n’est pas un bon film. En revanche Resnais avait collaboré avec Bilal qui avait réalisé de beaux glass-painting pour La vie est un roman, et l’affiche de Mon oncle d’Amérique.

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    • Répondu le 4 mars 2014 à  03:29 :

      Si mes souvenirs sont sont bons, c’est Floc’h qui avait dessiné les affiches de Smoking et No smoking.

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  • Disparition d’Alain Resnais, compagnon de route du 9e Art
    5 mars 2014 09:49, par Jacques Langlois

    Resnais fut l’un des premiers à réfléchir à la meilleure façon de transposer Tintin à l’écran. Son projet : tourner "L’Ile Noire" entièrement en studio avec des acteurs portant le masque de leur personnage.
    A l’époque (fin des années 50, début 60) l’idée parut baroque.
    Mais finalement, c’est à une solution technique assez comparable, avec certes des moyens sans commune mesure, que Spielberg et Jackson ont recouru.

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    • Répondu par Philippe Capart le 7 mars 2014 à  12:44 :

      Il semblerait que ce soit aussi Alain Resnais qui soit indirectement à la base de "La Guerre des Etoiles". Il avait prit une option sur les droits de Flash Gordon, avec Francis Lacassin au scénario, coiffant George Lucas au poteau. Celui-ci aurait dû opté pour une refonte à la manière de...

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