Disparition de Claire Bretécher, première grande autrice de la BD française

11 février 2020 8 commentaires
  • C’était une figure incontournable de la BD des années 1970-80, première grande « autrice » de BD, un mot et un statut qu’elle a grandement contribués à établir contre vents et marées, restant pendant longtemps le seul Grand Prix du Festival d’Angoulême. Elle a surtout engendré, avec Les Frustrés et l’ado Agrippine, une galerie de personnages qui incarnent à merveille un caractère littéraire jusque-là inédit : le bobo parisien. Elle vient de nous quitter à l’âge de 79 ans.
Disparition de Claire Bretécher, première grande autrice de la BD française
Dans les années 1970, elle a été la première grande figure féminine de la bande dessinée..

Une génération de jeunes artistes contemporains, de Catherine Meurisse à Riad Sattouf en passant par Jul, lui doivent un tribut incommensurable : son trait vif, son regard pénétrant, son élégance, son détachement, cet understatement que l’on ne croyait réservé qu’aux Anglo-saxons, tous ces éléments constitutifs de son talent ont marqué une génération. Il faut dire qu’elle a été longtemps aussi la plus ravissante, la plus talentueuse, la plus anti-star mais aussi la plus médiatisée des dessinatrices françaises.

Elle avait fait ses débuts, on s’en rappelle peu, dans Tintin en 1965 avec quelques pages de gags puis dans Spirou en 1967 avec Les Gnangnan. On y trouvait déjà son dessin-signature si caractéristique. Elle avait aussi bien l’admiration de René Goscinny qui l’avait engagée dans Pilote en 1965, que de Franquin qui enviait son dessin spontané et clair et avait fait appel à elle pour Le Trombone illustré en 1978.

Claire Bretécher. Les Gnangnan (1967) Ed. Glénat
Claire Bretécher. Les Angoisses de Cellulite. Ed. Dargaud.

L’autre grand admirateur de Bretécher se nommait Roland Barthes qui consacra la grande dessinatrice "la plus grande sociologue de l’année 1975". Sa création majeure, Les Frustrés, rythmait chaque semaine le fameux magazine politique Le Nouvel Observateur de son humour caustique, miroir d’une génération post-soixante-huitarde quelque peu culpabilisée par son embourgeoisement. «  Elle était l’ADN du journal » devait nous confier son proche ami, directeur de l"hebdomadaire, Jean Daniel qui l’y avait engagée à la suite de Copi et de Reiser qui, de leur trait jeté, synthétique, foudroyant, ont décomplexé le dessin d’humour français et ont su, comme elle, décrypter les évolutions de leur temps : la faillite des idéologies dominantes, la libération sexuelle, le féminisme, la parentalité, l’écologie naissante... Sa qualité de femme, la première à atteindre un tel statut dans le domaine de la bande dessinée, ajoutait encore de l’originalité et de la pertinence à sa démarche.

Les Frustrés. Un phénomène autant éditorial que sociologique. Intégrale chez Dargaud.
Claire Bretécher et Jean Daniel en 2015.
© Claire Bretécher

L’un de ses apports majeurs est la création en 1972, avec Marcel Gotlib et Nikita Mandryka, de L’Écho des Savanes qui marquait la naissance de la bande dessinée pour adultes en France. Dans la foulée, elle auto-publie ses créations. Son passage au Nouvel Obs la consacre comme une vigie des mœurs de son époque, décrivant les nouveaux contours, avec Les Frustrés, de la relation hommes-femmes ou, avec Agrippine, la relation parents-enfants. Des situations féroces et tendres caractéristiques d’une génération de jeunes gens « bourgeois-bohèmes », les fameux « bobos » dont elle fit le plus saisissant des portraits. En France, Claire Bretécher aura été LA grande dessinatrice du XXe siècle.

Claire Bretécher fait la couverture du N°1 de L’Echo des Savanes.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Photos : D. Pasamonik (L’Agence BD)

 
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8 Messages :
  • "la plus grande sociologue de l’année 1975"

    Roland Barthes a dit "1976".

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    • Répondu par emmanuelle k. le 12 février à  17:28 :

      Bonsoir,

      Pourriez-vous SVP abandonner autrice qui grince et griffe alors qu’auteure existe et - comme pour poète ou peintre - fait que le groupe référent est mixte et donc plus vaste que simplement genré ? Merci.
      Je suis effrayée de voir qu’autrice gagne du terrain. C’est si laid.

      emmanuelle k.

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      • Répondu par Rimsky le 12 février à  21:01 :

        Le mot autrice existe depuis le moyen-âge (cherchez Hildegard de Bingen), au XVIIe siècle l’Académie française en interdit l’usage. Il est juste qu’il revienne aujourd’hui, même si cela irrite vos oreilles délicates.

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      • Répondu par Frédéric HOJLO le 12 février à  21:10 :

        Bonjour,

        Il existe plein de bonnes raisons d’utiliser le terme « autrice ». Certaines sont exposées ici. Mais chaque rédacteur choisira.

        Cordialement,

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        • Répondu par kyle william le 13 février à  16:42 :

          Autrice, tiré du latin tardif, n’est pas correct en français moderne car les adjectifs substantivés se construisent sur la base d’un verbe et d’un substantif. Ainsi, le verbe agir donne le substantif action et les adjectifs substantivés acteur et actrice. Concernant auteur et autrice, le verbe augir n’existe plus et le substantif auction n’existe qu’en anglais. Par conséquent, le mot auteure, autorisé sous Jospin en 1997, aurait dû s’imposer. Il est utilisé dans le Monde et dans Libération. Autrice pourtant est à la mode dans la BD depuis 2 ans. Comme toujours, seul l’usage décidera.

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          • Répondu le 14 février à  06:51 :

            Et les mots latins auctor et auctrix qui ont donné auteur et autrice n’ont pas exactement le même sens. Oui, auteure aurai été plus adapté mais comme à l’oreille, ça ne s’entend pas, autrice a été préféré.

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  • La première grande Autrice de la bd française. Je rigole... Et je glisse une larme à toutes ces femmes dessinatrices française qui faisaient de la bd de qualité depuis 1929 et qui on eut un succès fou. Elles avaient un réel talent de dessins et scénaristes remarquables. Les dernières survivantes de cette époque et les suivantes doivent être très triste de cet article... qui nient leur travail remarquable. Claire Bretecher était dans la classe maternelle face aux réelles talents de ces femmes auteurs de bd honteusement oubliés. Allez, je vous laisse avec cette femme qui a su gérer médiatiquement sa carrière...

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    • Répondu le 13 février à  10:08 :

      Et vous êtes incapable de citer un seul nom de ces formidables autrices de BD ? Qu’ont-elles dessiné ?

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