Disparition de Kees Kouzemaker, le 1er libraire spécialisé en BD d’Europe

29 avril 2010 3 commentaires
  • Nous apprenons avec tristesse la disparition du libraire hollandais Kees Kousemaker ce mardi 27 avril 2010, à l’âge de 68 ans. Il était le fondateur de la plus ancienne libraire spécialisée d’Europe, Lambiek, à Amsterdam et un pionnier de la culture BD sur le Net.
Disparition de Kees Kouzemaker, le 1er libraire spécialisé en BD d'Europe
Lors de son jubilee des 40 ans de la librairie, ses amis lui avaient offert cet album parodiant les aventures de Bob & Bobette qui ont inspiré le nom de sa librairie.
Par Margreet de Heer

C’était un personnage truculent, haut en couleurs à la connaissance encyclopédique et à la bonne humeur communicative. Il avait créé dans le cœur du vieux Amsterdam, kerkstraat, une boutique-galerie mythique : Lambiek. Là, on pouvait croiser aussi bien Will Eisner que Hergé, André Franquin, Carl Barks, Willy Vandersteen, Kamagurka, Willem ou Joost Swarte. C’était le rendez-vous incontournable de la bande dessinée hollandaise.

Il a été de toutes les batailles, comme ces premiers fanzines à l’esprit provo comme Tante Leny Presenteert où officiaient les jeunes Turcs de la nouvelle bande dessinée hollandaise : Joost Swarte, Marc Smeets, Aart Clerkx, Evert Geradts, Peter Pontiac influencés à la fois par l’Underground américain mais aussi Ever Meulen ou Mariscal qui louchaient vers la Ligne Claire et le Style Atome, ou encore les derniers développements de la bande dessinée internationale, notamment française.

Expert et historien de la bande dessinée, Kousemaker contribua à de nombreuses publications et ouvrages collectifs sur la bande dessinée, en France et à l’étranger et notamment, depuis 11 ans, la Comiclopedia, une véritable encyclopédie de la bande dessinée forte de milliers d’articles (en néerlandais, en anglais mais aussi en français [1]) qui constituent une incontournable référence.

Plusieurs auteurs lui ont rendu hommage dans leurs BD. Ici, Windig & De Jong
Dessin de Joost Swarte en hommage au Chevalier Kouzemaker
(c) Joost Swarte

Il avait été honoré par plusieurs distinctions en Hollande et à l’étranger et notamment un Will Eisner’s retailers award pour sa contribution exceptionnelle au monde de la bande dessinée.

La reine de Hollande l’avait élevé à la dignité de Chevalier de l’ordre d’Orange-Nassau.

J’avais personnellement coédité avec lui dans le cadre des éditions Magic Strip la version yiddish de A Contract With God de Will Eisner en 1984.Un échec commercial patent et un de ces projets fous auxquels cet homme d’exception aimait à s’attacher. Adieu l’ami.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Photo en médaillon : Kees Kousemaker. DR (c) Lambiek.

 
Participez à la discussion
3 Messages :
  • Cher Didier

    Kees était mon ami depuis près de 25 ans, je vous suis reconnaissant d’avoir écrit cet article. Peu d’amateurs de BD en France ont entendu parler de lui. C’est en fait une figure emblèmatique de la BD sous toutes ses formes.

    Sa librairie ouverte en 1968, n’est pas seulement la première librairie de ce type en Europe, vous parlez des gens que l’on pouvait croiser dans sa galerie dans les années 70 ou début 80, mais ce serait oublier que Kees a été le premier à exposer Chris Ware en 1995 (ce dernier lui rend un vibrant hommage dans le livre édité par Lambiek en 2008 pour les "40 jaar Lambiek").A la lecture du texte de Chris on comprend que l’invitation de Kees a été déterminante pour la suite de la carrière du chef de file de la nouvelle BD aux USA. A cette époque les artistes rencontrés avaient pour noms : Jim Woodring, Daniel Cloves, Charles Burns ou encore Mark Beyer. Et ce bien avant que la France ne les découvre.
    Il fallait aussi une certaine audace pour exposer Ceseepe, Philippe Bertrand, Pierre Clément, Pascal Doury et Bruno Richard ou encore faire venir à Amsterdam un jeune français du circuit alternatif comme Thierry Guitard.

    Je ne parlerai pas des grands noms tels que : Robert Crumb, Lorenzo Mattotti voire Liberatore, Schuiten ou Franquin.

    J’en oublie bien sûr, ils me pardonneront.

    Ce n’est pas une page qui est tournée , c’est un livre qui vient de se fermer.

    Une époque est révolue où des artistes confidentiels trouvaient chez Lambiek un tremplin formidable, une sorte de passeport pour l’Europe.

    Kees travaillait au "feeling" et comme vous le dîtes si bien a été un novateur extraordinaire. Son Website a été son chef-d’oeuvre. Il est impossible de taper aujourd’hui sur son clavier le nom d’un auteur de BD ou d’un illustrateur obscur des années 30, philippin, belge ou guatémaltèque sans tomber inéxorablement sur le site de Lambiek. La référence absolue : plus de 20 000 auteurs.

    Merci pour tout Kees

    Merci à vous Didier

    et toute notre pensée va ce jour à la merveilleuse famille de Kees sans qui il n’aurait jamais pu réaliser son rêve.

    Une pensée également pour Klass, son ami et fidèle collaborateur qui oeuvre beaucoup pour la librairie.

    Répondre à ce message

  • Bon vent, l’ami...

    Tot straks,

    Pic

    Répondre à ce message

  • Quelle tristesse d’apprendre le décès de M. Kousemaker. En tant que chercheure, je consulte régulièrement la Comiclopedia Lambiek, qui traite même des auteurs les plus obscurs. L’immense travail derrière ce site, dont l’ampleur n’égale que l’érudition, est particulièrement apprécié. Merci M. Kousemaker.

    Condoléances à la famille et aux amis.

    Répondre à ce message