Disparition de Mort Drucker, le grand dessinateur de MAD Magazine

10 avril 2020 4 commentaires
  • Avec Harvey Kurtzman, Al Feldstein, Jack Davis, Bill Elder, Sergio Aragonès, Don Martin et quelques autres, Mort Drucker faisait partie de l’ADN de la revue satirique MAD Magazine, un phénomène de société qui déconstruisait les codes de la culture traditionnelle américaine jusqu’à devenir la figure de proue de la contreculture dans le monde. Son influence a été majeure et profonde.
Disparition de Mort Drucker, le grand dessinateur de MAD Magazine
Un des premiers comics de Mort Drucker. L’influence de Will Eisner est visible.
© DC Comics

Que les jeunes gens arrêtent de s’exciter : Michel Drucker n’est pas mort. Celui qui vient de disparaître à l’âge de 91 ans s’appelait Mortimer « Mort » Drucker. Il était né le 29 mars 1929 dans une famille juive aisée du comté de Brooklyn à New York. Il entre dans le métier en 1947 sur la recommandation de Will Eisner, un ami de ses parents, comme assistant de Bert Withman le dessinateur du Daily Strip Debbie Dean. Il rejoint bientôt l’équipe de DC Comics où il œuvre sur des comics de romance ou des westerns aux côtés des grandes signatures émergentes d’alors comme Gil Kane. Son dessin reste très influencé par ses mentors, Will Eisner en tête. Il devient dessinateur Free Lance pour différents éditeurs dont Atlas, l’ancêtre de Marvel.

Le tournant de sa carrière intervient en 1956 lorsqu’il entre dans l’équipe de MAD Magazine au moment où Harvey Kurtzman se fâche avec William Gaines pour fonder son propre magazine et se voit remplacé par Al Feldstein. Jusque-là, c’est le génial Jack Davis qui animait le journal avec ses délicieuses parodies. Mais il a suivi Kurtzman dans son équipée. Mort Drucker mettra ses pas dans les siens, se taillant une jolie réputation qui ne sera même pas assombrie par le retour de Jack Davis dans l’équipe au début des années 1960. Comme son modèle, il multiplie les collaborations hors de ce journal pour réaliser de nombreuses illustrations pour les magazines, des couvertures et des affiches de cinéma. Un grand nombre de ses illustrations, caricatures des stars de la TV, de la politique ou d’Hollywood sont devenues des icônes de la Pop Culture américaine.

Une planche caractéristique de Mort Drucker pour MAD. Outre la qualité des caricatures, comme chez Eisner, le jeu d’acteur est primordial.
© MAD Magazine

Une notoriété sans égale

C’est Al Feldstein, constatant ses qualités de caricaturiste, qui le poussa à faire des parodies de films et de shows TV. Sa régularité, autant que sa qualité, l’associent au succès de MAD qui deviendra bientôt un phénomène de société avec un tirage qui atteint parfois les deux millions d’exemplaires mensuels. Sa manière inspira une multitude de dessinateurs de la France (notamment dans Pilote) à l’Allemagne, de l’Angleterre à l’Espagne, jusqu’en Turquie.

Sa notoriété était considérable comme en témoigne cette réponse que fit Michaël J. Fox dans le show TV de Johnny Carson lorsque celui-ci lui demanda : « - Quand avez-vous vraiment réalisé que vous étiez arrivé dans le Show Business  ? ». « - Quand Mort Drucker me dessina dans MAD Magazine » lui répondit l’acteur.

Ses parodies des icones de la Pop Culture américaine pour les couvertures de MAD sont inscrites dans la mémoire collective.

Une autre anecdote célèbre est cette mise en demeure faite à MAD par les avocats de George Lucas qui attaquèrent le magazine à la suite d’une parodie de Star Wars dessinée par Mort Drucker. Pas de chance pour les hommes de loi, juste un jour avant leur requête, le réalisateur lui-même avait écrit au journal pour le complimenter pour leur parodie, décernant au passage un « Oscar » à Mort Drucker qu’il comparait à « un George Bernard Shaw ou à un Léonard de Vinci de la BD satirique. » L’Éditeur n’eut qu’à envoyer une copie de la lettre avec ces mots : « - Il semble que votre patron, lui, a plutôt bien aimé… » Il n’y eut évidemment pas de suite…

Sa célèbre parodie de Star Wars
© MAD Magazine

Cela faisait quelques années que Mort Drucker avait raccroché les crayons. Il a eu la tristesse de voir MAD Magazine s’arrêter avant lui.

Une autre parodie de l’Homme chauve-souris.
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(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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