Disparition de René Hausman, chantre de la faune et des petits êtres de la nature

29 avril 2016 1 commentaire
  • Nous apprenons avec tristesse la disparition de l'illustrateur et auteur de bande dessinée belge René Hausman décédé hier à l'âge de 80 ans. Faisant sa carrière en dehors des grands courants de la bande dessinée de son époque, il a développé un style singulier et immédiatement reconnaissable mettant ses qualités de peintre au service du 9e art.
Disparition de René Hausman, chantre de la faune et des petits êtres de la nature
Le Grand Bestiaire, aux éditions Dupuis.

Avec son physique de Falstaff, ses pommettes rouges mises en avant par un sourire et des yeux malicieux, Hausman avait un accent un peu traînant caractéristique de sa ville natale, Verviers, une ville de l’Est de la Belgique dont les habitants sont reconnus de longue date pour leur franchise et leur authenticité. Naguère, lorsque Maurice Chevalier et Edith Piaf étrennaient leurs concerts en Belgique, ils commençaient par cette petite ville située au bord de l’Ardenne bleue, un bon accueil à cet endroit leur garantissant le succès dans le reste du pays.

Cette authenticité, ce goût du terroir, de "l’ancienne Belgique", on les retrouvait dans la personnalité et dans l’œuvre de René Hausman. Son parcours est celui d’un artisan de l’ancien temps. Son talent a été repéré par son professeur de français, Maurice Maréchal qui le présente au grand auteur de la ville, Raymond Macherot. Celui-ci fera entrer le jeune Hausman au Journal de Spirou. Il faut dire que son professeur de français n’était pas seulement un bon maître soucieux de l’avenir de ses élèves (une attention laissé à Pôle Emploi de nos jours, hélas) : il était aussi auteur de BD après ses heures, les lecteurs du Journal Tintin le connaissent comme le dessinateur de Prudence Petitpas.

René Hausman en 2007
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)
Couple de mandrils, une illustration pour la rubrique "Nature" de Spirou en 1965.

C’est donc fort de ces deux parrains qu’Hausman fait entrée dans le monde de la bande dessinée belge, alors à son zénith. Protégé par Charles Dupuis qui adorait son travail fortement ancré dans les traditions populaires régionales, hausman fit son trou dans la maison de Marcinelle qui créa presqu’exclusivement pour lui des collections qui résument ses œuvres : "Merveilles de la vie", "Terre entière"... dans lesquelles il s’avère être l’un des maîtres de l’illustration animalière. Ses Fables de la Fontaine, son Roman de Renart, son Bestiaire insolite ou sa série sur La Comédie animale sont encore dans toutes les mémoires. Parallèlement, il ne cesse d’illustrer la rubrique "nature" de Spirou qu’il animera des années durant : le Bestiaire (1959) ou les premières chroniques du Grand Fabulaire du Petit Peuple signées Pierre Dubois.

Une planche récente de Saki et Zunie, une série qui le vit débuter dans Spirou en 1958.
Layïna, avec Pierre Dubois dans la collection Aire Libre (Dupuis)

Son graphisme s’inscrit dans une longue lignée de peintres-illustrateurs qui vont de l’Anglais Arthur Rackham au Hollandais Anton Pieck, en passant par le Belge Jacques Laudy, qui lui fabriquait ses cornemuses, car ces deux peintres-illustrateurs se connaissaient bien.

Leur manière était d’ailleurs peu adaptée à la bande dessinée de leur époque bien que la plus célèbre et la première des bandes dessinées d’Hausman parues dans Spirou, Saki & Zunie (1958), est une petite merveille singulière dont le style ne doit rien à personne.

Il faut dire aussi que, si les illustrations, en couleurs directes montraient toute la puissance graphique et la palette de couleurs de l’artiste, ces premières bande dessinées étaient publiées au trait, en bichromie, comme la plupart des auteurs de BD de Spirou à cette époque. Avec ses personnages préhistoriques, la série Saki et Zunie développait un style atypique, peu conforme au style "Spirou" de l’époque.

Trop en rupture avec le reste du journal, mais véritable geste éditorial comme le rédacteur-en-chef de l’époque, Yvan Delporte et son directeur artistique Maurice Rosy pouvaient en consentir avec l’approbation de Charles Dupuis, sa place au référendum ne lui permet pas une publication de ses BD en albums. Néanmoins, Hausman continuera toujours à être publié par Dupuis et notamment à recueillir l’estime de ses confrères, Gotlib l’invitant dans Fluide Glacial en 1976 et Franquin et Delporte dans Le Trombone illustré en 1977.

Contribution d’Hausman à "L’Arbre des deux printemps", en hommage à Will.
Chlorophylle, avec Jean-Luc Cornette, au Lombard

La collection Aire Libre chez Dupuis va lui rendre une justice tardive grâce à l’elficologue Pierre Dubois, son compagnon de route du Fabulaire du Petit Peuple, prémisse de la célèbre Encyclopédie des Lutins (Hoëbeke), qui écrit pour lui les deux volumes de Laïyna (1985 et 1988), Yann prend le relais avec deux contes merveilleux Les Trois Cheveux blancs (1993) et Le Prince des écureuils (1998).Il assure seul le scénario Les Chasseurs de l’aube (2003) et de Le Camp-Volant (2007) avant de passer à la collection Signé au Lombard sur un scénario de Rodrigue, Le Chat qui courait sur les toits (2010), tandis qu’il retrouve Pierre Dubois avec Le Capitaine Trèfle (2016).

Il avait signé un dernier coup d’éclat en donnant sa version de Chlorophylle sur un scénario de Jean-Luc Cornette, Chlorophylle et le monstre des trois sources (2016), histoire de rendre un élégant hommage à Raymond Macherot, celui-là même qui l’avait fait entrer dans le petit monde du 9e Art.

Il travaillait en ce moment pour un nouvel Aire Libre, La Mémoire des pierres, avec Robert Reuchamps et un nouvel "Elféméride" avec Pierre Dubois. Grand artiste, il a profondément influencé le monde des dessinateurs animaliers, parmi lesquels Frank Pé que l’on peut considérer comme l’un de ses disciples.

Croquis pour les projets en cours de René Hausman.
Droits réservés

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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