Du 9e art en Runeterra 1/2

6 mai 2020 3 commentaires
  • "League of Legends", le jeu vidéo en ligne le plus joué au monde a entrepris ces dernières années un développement riche et complexe dotant ses champions d’histoires connexes. Parmi ces initiatives, citons la mise à disposition d’une carte interactive de Runeterra ou encore les multiples refontes de personnages "in-game". Mais les équipes de Riot Games ont aussi débuté la construction d’un univers gigantesque touchant à plusieurs médiums d’expression, parmi lesquels... la bande dessinée.

Sur le site Univers de League of Legends, ouvert à l’occasion du lancement de cette entreprise de restructuration de son lore [Background d’un univers de fiction qui ne constitue pas l’intrigue principale. NDLR], de courtes bandes dessinées numériques destinées au web et non à l’impression sont régulièrement publiées.

Le plus souvent, ces bandes dessinées mettent en scène des passages d’histoires des champions du jeu, se glissant dans les interstices aménagés dans le texte pour donner de l’épaisseur au personnage des champions et éclairer certaines de leurs zones d’ombre. En quelque sorte une poursuite du jeu sous forme de BD qui dépasse le simple produit dérivé, interrogeant dans le même temps, le statut actuel de la bande dessinée numérique.

Du 9e art en Runeterra 1/2

Miss Fortune - La roue tourne

La pirate aux deux pistolets, originaire de Bilgewater, a tué (ou plutôt fait exploser) Gangplank, célèbre pirate qui régnait en maître sur la ville. Après s’être fait déposséder de ses troupes et de ses armes par les trois hommes à la tête de la ville, la pirate va user de ses charmes pour redevenir seul maître à bord.

Si les questionnements psychologiques, d’ordre moraux et éthiques, sont intéressants (impossible démarcation vis-à-vis de l’ennemi juré Gangplank), le pseudo empowerment féminin esquissé paraît plus que douteux. Reste une histoire de piraterie appréciable et ce, même sans connaissance de l’univers.

On saluera cependant l’adaptation de ce comics à sa plateforme de diffusion. Le format de publication numérique classique est abandonné au profit d’une construction des pages pensée pour le web. Le résultat, agréable à parcourir, se démarque par sa fluidité.

© Riot Games

Nami – Au cœur des abysses

Nami plonge vers les profondeurs de l’océan à la suite de son congénère aquamancien dans le but de ramener la lumière à son peuple : la perle des abysses. Mais les profondeurs, sombres et impénétrables, vont mettre la jeune héroïne à l’épreuve. Une quête initiatique intéressante, venant documenter le lore de League of Legends d’élégante manière.

Pour cette bande dessinée, les équipes de Riot Games poursuivent leurs expérimentations de format en adoptant un système de scroll down continu type webtoon coréen. Plutôt cohérent pour une descente aux abysses…

© Riot Games

Ziggs et Jinx – C’est de la bombe !

Le sulfureux duo parcourt les rues de la cité industrielle de Piltover. Débute une nuit de chaos sur la ville. Jusqu’où le yordle ira-t-il pour assouvir ses pulsions ? Jusqu’à quel degré de folie et d’inconscience Jinx, dont le design et l’attitude ne sont pas sans rappeler l’iconique Tank Girl de Jamie Hewlett, parviendra-t-elle à entraîner Ziggs ? Cette courte histoire est également l’occasion de faire plus ample connaissance avec l’inventeur fou Heimerdinger et les rues de la cité de Zaun.

Un retour au format comics classique. Les enchaînements de pages sont toutefois mieux orchestrés que sur la série de planches consacrée à Darius, le combattant noxien. Une BD "hexplosive" réunissant deux des personnages les plus délurés de tout Runeterra !

© Riot Games

Bien que les run "Ryze – Terres brûlées" et, dans une moindre mesure, "Darius – Sang de Noxus" soient également intéressants, ils reprennent tout deux le format classique de publication numérique du comics. Le triptyque imaginé autour du personnage de Varus : La Lumière du cœur / As we fall / Vengeance présente quant à lui plus d’intérêt en poursuivant l’exploration de la plateforme de publication.

Pensé en trois actes, le récit se compose en réalité de deux bandes dessinées, les actes I et III, et d’un clip musical d’animation constituant l’acte II. En intégrant l’animation à leur publication numérique, en plus des formats précédemment évoqués, Riot Games prend à bras-le-corps la transition numérique du comics, un domaine ou tout reste à faire. Un exemple bien senti de transmédiation.

Vous l’aurez compris à la lecture de ces résumés, au-delà du développement de l’univers, ces bandes dessinées sont l’occasion pour les artistes d’expérimenter différents formats de publication web, les poussant à repenser la structuration de leur expression.

Du comics classique sous forme de page simple, au webtoon, en passant par un format hybride des splash pages pensées pour le web, la section comics de League of Legends, en pleine phase d’expérimentation, adapte la forme à l’histoire et non l’inverse.

Le secteur de la bande dessinée numérique peinant à prendre son envol, serait-il possible que son salut provienne de cet autre média -le jeu vidéo- plus familier du web ? La quesiton se pose en ces temps de mutation.

(par Thomas FIGUERES)

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3 Messages :
  • Beaucoup de personne autour de moi jouent à de nombreux jeux-vidéo et même en réseau, mais lisent très peu, voir pas du tout de bédé. Les jeux sur XIII ou Largo Winch n’ont pas poussé le public à lire ou à télécharger plus de bédé sur leurs écrans.

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    • Répondu par Thomas FIGUERES le 6 mai à  07:24 :

      Il existe une différence notable entre les jeux vidéo XIII et Largo Winch qui sont des produits dérivés de la bande dessinée et celles présentées dans l’article ci-dessus. Dans le cas de League of Legends, c’est un jeu vidéo en ligne sans mode histoire et qui construit son univers en dehors du jeu. Comme je l’explique : carte interactive, histoire de champions, court-métrages d’animation et BD.

      Si beaucoup de joueurs se fichent éperdument de cette histoire et relancent de nouvelles parties sans trop se poser de questions, ceux faisant la démarche de s’intéresser au lore de League of Legends trouveront des produits dérivés de leur jeu vidéo favoris. Le public visé n’est donc pas l’entièreté de la communauté de League of Legends ou les "gamers-lecteurs", mais bien une frange de fans intéressés par l’univers de Runeterra, susceptibles de consommer ces BD.

      À noter également que les bandes dessinées présentées dans cet article sont accessible gratuitement en ligne, et que les 3 séries de comics développées en partenariat avec Marvel et bénéficiant d’une édition physique seront traitées dans la seconde partie de cet article.

      Merci de nous lire et bonne journée !

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      • Répondu le 6 mai à  07:41 :

        Le salut de la BD numérique en consommation plus massive comme pour le livre, ne viendra pas du jeux-vidéo. Depuis le début du net, dans le conscient collectif, c’est l’accès à une certaine gratuité qui prime. Les sites pirates qui permettent la lecture gratuite d’albums complets (mangas, comics, etc...) bouleversent cette mutation tant espérée. Bonne journée également !

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