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Du Plomb dans la tête - T.3 : Du Bordel dans l’aquarium - par Matz et Wilson - Casterman

  • Il y a du bordel dans l'aquarium entre les petits et les gros poissons. La barrière entre le bien et le mal n'a jamais été aussi mince et les armes vont parler.

En grand ordonateur, le scénariste Matz dirige avec maestria son armada de personnages excellemment caractérisés. Le flic Carlisle et le truand Jimmy font alliance afin de venger leurs équipiers liquidés lors de l’épisode précédent. Ils vont s’unir et apprendre à mieux se connaître, tenteront de cerner les motivations de l’allié momentané et, par osmose, le caractère de l’un influera sur celui de l’autre et inversément. Le talent de Matz éclate ici lors de longues conversations entre ses deux principaux protagonistes, cette tentative d’approche de deux hommes blessés, de deux individus en perte de repères qui, pour se reconstruire, devront remettre en perspective les fondements de leurs croyances. Le scénariste ne les juge pas, il assiste à leurs efforts et ne propose donc pas de point de vue subjectif mais un simple focus sur leur itinéraire. Pas de condamnation, pas de tentative de rédemption, juste des actes présentés dans leur froideur et leur cruauté propre. Certains y verront une apologie de la justice personnelle, d’autres le constat implacable de la difficulté de faire le bon choix.

Cet épisode clôt la première histoire de Jimmy et Carlisle et apporte les réponses aux questions posées dans les albums passés. Force est de constater que la résolution de l’enquête est un peu tiède ; peu de surprises, on reste dans le polar classique avec ses hommes politiques corrompus et avides de pouvoir. L’intérêt de cet opus réside donc dans la formidable mise en scène des divers intervenants et la faculté de Matz à insuffler une âme à des personnages de papier. En digne héritier de Tarantino, il excelle dans les nombreuses scènes de dialogue.

Le graphisme de Colin Wilson semble lui moins abouti que dans les albums précédents, il donne l’impression d’avoir été créé dans l’urgence et, de ce fait, le physique des divers personnages y perd en force et lisibilité. Malgré ce petit bémol, Wilson nous régale à nouveau par l’agencement des cases sur des planches très maîtrisées.

Matz et Wilson ont réussi un des grands polars de la bande dessinée. Espérons qu’ils nous reviendront prochainement avec de nouveaux albums de la même qualité !

(par Erik Kempinaire)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

 
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