Du Tim Sale à revendre !

8 janvier 2009 0 commentaire
  • Akileos propose en français un superbe ouvrage illustré rétrospectif sur Tim Sale. Dessinateur américain remarquable, à la notoriété décuplée par sa collaboration à la série TV {Heroes}, son travail ne se cantonne pas qu’à l’univers des super-héros…

Tim Sale : Black and White de Richard Starkings et John « JG » Roshell, avec Tim Sale, se fonde sur des entretiens réalisés entre 2002 et 2008. Ce livre se présente comme une rétrospective, couvrant les années 1976 à 2008 de la carrière de ce dernier, fameux pour son partenariat durable avec Jeph Loeb (Joseph Loeb III, né en 1958). Le binôme qu’il forme avec ce scénariste, venu du cinéma, s’est fait connaître par un premier coup d’éclat quand ils ont ressuscité les Challengers of the Unknown (1991), issus d’une création des années 1950 de Jack Kirby qui préfigurait les Quatre Fantastiques, en exploitant une thématique orientée vers l’étrange proche des X Files. Tandis que, depuis 2006, toujours avec son complice préféré, co-producteur et scénariste de la série TV Heroes, Tim Sale s’est rendu célèbre bien au-delà du cadre de la bande dessinée, pour avoir illustré son script et avoir prêté son talent graphique au personnage d’Isaac Mendez.

Du Tim Sale à revendre !
Dessin pour la série TV "Heroes"
(c) NBC / Tim Sale

« Marvel zombie » et grand dessinateur en noir et blanc

Né en 1956, à Ithaca (New York), Tim Sale a longtemps vécu à Seattle (Washington), puis il s’est s’installé en Californie du Sud.
De son propre aveu, il est depuis son jeune temps un « Marvel zombie ». Mais il a dû patienter avant de pouvoir s’attaquer aux exploits de Spider-Man, Daredevil ou Hulk, avec lesquels il a grandi.
Fan de Jack Kirby ou du Jim Steranko de Nick Fury, Agent of S.H.I.E.L.D., il a appris les bases de son métier lors d’un stage à New York dans l’atelier de John Buscema, avec également John Romita Jr et Marie Severin comme professeurs. Avant de se frotter enfin aux héros de Marvel de son adolescence, il a cependant peaufiné son trait en se réappropriant les icônes de DC Comics, Batman et Superman. Il avait commencé à les apprécier aussi, relativement tôt, grâce aux sublimes dessins de l’homme-chauve-souris par Neal Adams. Tim Sale s’étant attaché à marcher sur ses traces, à sa manière. Notamment dans son traitement d’une très sexy Catwoman, fashion victim pour laquelle il a puisé son inspiration en partie chez l’illustrateur de mode et affichiste franco-italien René Gruau (Renato Zavagli dit, 1909-2004)…

Tim Sale se distingue par ses splendides dessins en noir et blanc, souvent encrés par lui-même. Daltonien, il laisse le soin à d’autres, dont Dave Stewart, de les mettre en couleurs par informatique. Sachant que sa « page idéale n’a que trois cases », afin que puisse s’exprimer au mieux toute sa maestria, sa prédilection pour le noir et blanc se nourrit d’une vénération pour le génial Alex Toth, même s’il ne partage pas entièrement son obsession pour la simplification, ne pouvant s’empêcher de rajouter parfois des détails, tout comme il apprécie un certain sens de l’exagération dans la représentation anatomique. Mais là ne s’arrêtent pas les précisions qui émaillent l’ouvrage publié par Akileos, redoublant notre intérêt pour un Tim Sale aux engouements divers, qui ne se résument pas au monde des héros en collant.

Couverture pour "Absolute Batman" par Tim Sale
(C) DC Comics

Fantasy, illustration de littérature de jeunesse et polar noir

En dehors de sa période plus prestigieuse dédiée aux super-héros, Tim Sale a connu de plus modestes débuts, de 20 à 30 ans, comme illustrateur de Fantasy. Dans les années 1980, il s’efforce avec difficulté de sortir du lot, en s’inscrivant dans cette veine. Il s’enthousiasme pour le Conan de Robert E. Howard, spécialement au travers des couvertures peintes par Frank Frazetta, et se révèle très influencé par Barry Windsor-Smith ou Cerebus de Dave Sim. Sans compter que leur enseignant d’anglais de père lisait à haute voix au petit Tim et à sa sœur cadette Maggie la trilogie du Seigneur des Anneaux de J. R. R. Tolkien (1892-1973) ou la série sur Oz de L. Frank Baum (1856-1919)…

Ajoutons à cela que l’auteur de ses jours a rédigé une douzaine d’ouvrages de critique littéraire, y compris un sur les classiques des livres pour enfants anglo-saxons, et qu’un séjour en Angleterre vers 12-13 ans a renforcé l’attrait du jeune Tim Sale pour Beatrix Potter (1866-1943) ou Ernest H. Shepard (1879-1976). D’où la tentation persistante éprouvée de suivre les traces de cet illustrateur du Vent dans les saules de Kenneth Grahame (1859-1932) ou de Winnie l’ourson de A. A. Milne (1882-1956) et de se distinguer un jour à son tour dans ce domaine. Ces références rafraîchissantes étant mélangées dans l’œuvre de Tim Sale à celles, plus réalistes, d’illustres devanciers compatriotes comme Noel Convers Wyeth (1882-1945) ou Norman Rockwell (1894-1978). Sa prédilection pour la Fantasy animalière lui faisant, par ailleurs, apprécier Blacksad (Dargaud, 2000) des Espagnols Juan Diaz Canales et Juanjo Guarnido, bande dessinée qui rejoint une autre de ses passions.

Car, lecteur de polars, Tim Sale s’est lancé dans le projet d’une série de romans graphiques nommée The Killing Floor. Certains seront non seulement dessinés mais écrits par ses soins, dans le style du film noir. Pour essayer en cela de démentir le jugement de John Buscema, qui lui aurait prédit jadis qu’il ne saurait pas raconter des histoires. En attendant, l’ouvrage rétrospectif édité par Akileos offre l’occasion d’en apprendre davantage sur un dessinateur américain actuel incontournable et il donne son art à admirer avec une profusion d’illustrations roborative.

"Daredevil" version Tim Sale
(c) Marvel Comics

(par Florian Rubis)

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Tim Sale : Black and White – Par Richard Starkings et John « JG » Roshell, avec Tim Sale –Akileos – 272 pages, 35 euros

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