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Du papier faisons table rase - par Jonquet et Chauzy - Casterman

Par David TAUGIS le 26 septembre 2006                      Lien  
Fable, farce, conte ubuesque... Cette nouvelle collaboration de Chauzy et Jonquet est un peu tout cela à la fois. Les deux compères, qui ne se quittent plus, semblent s'être bien amusés. Et le lecteur ? Peut-être pas autant...

Ca pourrait se passer aujourd’hui, ou hier, ou dans un avenir proche. Une administration au nom ridicule, L’office central de contrôle et de vérification (OCCV), pousse les citoyens au bord de la crise de nerfs à force de files d’attentes interminables et de procédures tatillonnes au possible. Jusqu’au jour ou un brave monsieur, désespéré de n’avoir point obtenu son certificat, prend sa bonne en otage. La police ne se montrant pas plus psychologue que les fonctionnaires épinglés plus haut, la confrontation se termine en massacre. Le ministère dépêche alors la sculpturale Domitille pour réformer l’OCCV, avec en tête le mot magique : informatisation. Chez les fonctionnaires scotchés à leurs privilèges et leur routine, la pilule est dure à avaler...

Jonquet avait signé, il y a plus de vingt ans, un roman noir intitulé Du passé faisons table rase, au titre extrait de l’Internationale. Une attaque à boulets rouges contre le communisme miné par certaines habitudes staliniennes. Ici, le jeu de mot est un peu plus subtil, mais la charge n’est pas plus légère. Cette administration cauchemardesque évoque à la fois certaines dictatures communistes et les mondes sclérosés à la Brazil.

Chauzy force le trait, épousant parfaitement les développements délirants de l’intrigue (une histoire d’amour, l’importance du menu de la cantine pour le moral des agents...). Ses personnages sont moins peaufinés qu’à l’habitude, comme par exemple dans la série Clara.

Mais à force d’en faire des tonnes, les auteurs ne convaincront que les plus farouches anti-fonctionnaires, anti-syndicatlistes (la CGT, repabtisée CGO, appréciera) parmi les lecteurs.

Un peu d’originalité dans la cible aurait donné à l’album un peu d’air. N’oublions pas que bien des grandes entreprises connaissent parfois des situations identiques.
Par ailleurs, l’apparence sexy en diable de la directrice révolutionnaire tombe comme un cheveu dans la soupe. Un personnage qu’on voit dès les premières pages surfer sur le net sans soutien gorge, seule dans son appartement. Indispensable à l’histoire, sans aucun doute...

Evidemment, cette modernisation impossible se termine en fiasco, avec au passage une furie libidineuse qui s’empare de bon nombre de personnages.
Un album un peu lourd, un peu réac, et assez salace. Il trouvera éventuellement son public le plus enthousiaste chez les ados sarcastiques.
Du papier faisons table rase - par Jonquet et Chauzy - Casterman

(par David TAUGIS)

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5 Messages :
  • Peut-on sérieusement accusé Thierry Jonquet et Jean-Christophe Chauzy d’être "réac" ? Il suffit de lire, au hasard, un roman du premier et une bande dessinée de l’autre pour balayer cette accusation qui elle est bel est bien réactionnaire au sens étymologique du terme. Il est vrai qu’il existe un certain nombre de sujets en France que l’on ne peut évoquer sans subir la censure maligne des journaleux plus maoïste que véritablement critique. "Réac", "Fachos" sont les sentences habituelles depuis un certain printemps de la fin des années soixante pour tous ceux qui ose critiquer les piliers de la gauche ou rire du soit disant "progrès social". "Il est interdit d’interdire", alors choisissons l’insulte comme mode d’ostracisme.

    Les nababs de l’ACBD encensent régulièrement des albums aussi ternes que racoleurs et dont l’originalité m’échappe. Mais c’est surtout l’impossibilité de débattre qui finit par m’agacer. Critiquer Durandur ou "Fraise et Chocolat" d’Aurélia Aurita (prologué par Sfar) cela aussi c’est "réac".

    Seulement voilà, Chabouté, Sfar, Luz et bien d’autres sont proches de grands médias de gauche et cela ne choque personne que certaines chroniques BD ne tiennent compte que de cet aspect.

    Il semble que tout le monde en ait gros sur la patate des abus de la fonction publique et des républiques bananières que sont certains syndicats. Les démarches d’un chômeur pour obtenir ses droits sont souvent ubuesques et cela est bel est bien du fait de l’administration française plus efficace dans la collaboration que dans la reconnaissance de la dignité des citoyens. Souvenons nous aussi qu’il est encore impossible d’exercer le métier d’imprimeur sans avoir la carte du syndicat CGT du livre ou sans verser une dîme à qui de droit. Marc Blondel n’a jamais payé ses contraventions, mais puisqu’il défend la veuve et l’orphelin alors motus !

    Les abus des grandes entreprises, eux sont connus pas besoins d’en rajouter une couche sauf pour dénoncer des abus concrets.

    L’album des deux compère a le mérite justement de rire d’un sujet tabou tout en dénonçant certains canons de la bande dessinée comme la bimbo aux gros seins que toutes les grandes maisons d’éditions demande à leurs auteurs pour qu’un album ait le droit d’être rayonné.

    Il est évident enfin que cette fable s’inscrit directement dans la lignée de "Béton Armé" ou "Parano". Pas question ici de faire l’apologie du libéralisme mais plutôt de mettre en exergue les effets de masse et les abus d’une société dévorante pour l’individu.

    Alors ami critique de BD ayez un peu d’humour ! Halte aux "réactions" épidermiques ! Un peu de sens critique que diable !

    Pierre-Yves Marteau Saladin

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    • Répondu par David Taugis le 27 septembre 2006 à  23:10 :

      Je ne sais pas si nous avons lu le même album. Tant mieux si vous l’avez trouvé drôle. En revanche, soyez précis lorsque vous argumentez. Je n’accuse personne d’"être réac", je dis que cet album est un peu réac. En effet, attaquer de façon assez primaire la fonction publique et les syndicats, c’est facile même si ça ne rapporte rien. D’autres le font depuis 50 ans et ça n’a rien de courageux ni de nouveau.
      Quant au monopole de la CGT du livre, il n’a rien de confidentiel.
      Je préférais nettement le travail de Chauzy en solo ou avec Matz. Pour ce qui est de l’association avec Jonquet l’album "la vigie" m’apparaît réussi, contrairement à celui-là.
      Et non, je ne crois pas qu’on retrouve l’univers de Chauzy dont j’ai lu la plupart des albums. Il manque un facteur important : une bienveillance pour les personnages, un aspect humain.
      Enfin en ce qui me concerne, je n’appartiens à aucune association de critiques.

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      • Répondu par Didier Pasamonik le 28 septembre 2006 à  00:02 :

        Oui, et puis, pour parler, comme vous le faites, des "Nababs de l’ACBD", c’est vraiment faire la preuve d’une ignorance crasse des réalités de la critique de bande dessinée en France.

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        • Répondu par LO le 28 septembre 2006 à  16:09 :

          Salut Pierre-Yves, t’étais-tu levé du mauvais pied ce matin là ?
          Figure toi que moi-aussi, j’ai trouvé la caricature de Chauzy et Jonquet trop grasse. Dommage car j’aprécie généralement ces deux auteurs auteurs. Qu’à l’occasion les choses collent mal pour quelques uns, ça peut arriver, souvenons nous de Tardi et Pennac par exemple. De là à qualifier l’album de réac, je suis moins d’accord ou alors réac à double sens, puisqu’il dénonce justement la réaction des mamouths du syndicalisme. C’est un thème cher à Jonquet (cf, jours tranquilles à Belleville) et à mon avis, c’est même une bonne chose de l’aborder dans notre douce et sensible France.
          Par ailleurs étant membre de l’ACBD, je ne sais pas si je dois me réjouir de cette qualité de "nabab". Tiens, j’en parlerais à mon banquier !
          Sache aussi que j’ai du mal à me reconnaître et à reconnaître d’autres membres de notre association dans un manque d’esprit critique envers les auteurs étiquettés à gauche. Parmi ces auteurs que tu cites, certains ont déjà été épinglés par moi-même ou par d’autres de l’ACBD.
          Détail, je ne savais pas que Chabouté publie dans un quelqconque journal engagé. Peut-être peux-tu nous éclairer sur la question ?
          Allez Pierre-Yves à la revoyure et à la fraîche si possible !
          Laurent Mélikian

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          • Répondu le 11 octobre 2006 à  18:34 :

            Je viens enfin de lire ce fameux Du Papier faisons table rase qui a déclenché quelques polémiques.
            Objectivement j’ai été assez étonné de constater que l’on pouvait trouver le moindre intérêt à cet album. Je m’explique.
            La critique satirique de toute institution et de tout comportement est bienvenue, là n’est pas le problème. Mais pour faire mouche, la critique ne doit pas être superficielle voire fantaisiste. Le fait d’avoir attendu à un guichet de Poste derrière une ligne et d’avoir vu la tête d’un syndicaliste moustachu à la télévision n’est pas suffisant pour mener une satire perspicace. Ici, Jonquet et Chauzy font preuve d’une incompréhension complète du fonctionnement d’une partie de la société française. Des syndicats d’abord, si loin d’être rouges et revendicatifs. En fait ces derniers cogèrent fréquemment avec les hauts cadres de l’administration la majorité des situations. Si Chérèque était un nouveau Mao et Thibault le Che, les choses seraient bien différentes sur le front de la lutte des classes en France. Par ailleurs la réthorique ouvriériste et marxiste a été abandonnée depuis bien longtemps dans tous les syndicats au profit de la simple « défense des salariés ».
            Au niveau du fonctionnement de l’administration, les clichés relèvent surtout du Courteline : les fameux « ronds de cuir », ici non seulement incompétents et fainénants mais aussi acariâtres. J’aimerai bien savoir quel est l’humeur des ouvrières de de la chaîne de Peugeot à Sochaux Montbéliard : cela ne doit pas être au beau fixe et tout temps de pause, licite ou non, y est bon à prendre.
            Pour dire que le comportement des gens au travail, ne tombe pas du ciel et ne renvoie pas à des tares héréditaires, mais simplement au contenu des rapports humains qui s’établissent au sein du personnel, avec la hiérarchie, aux attentes en terme de rémunération, de promotion et de changement de carrière. Toute chose sur lesquelles les sociologues du travail diront que la pression va chaque jour croissante sur les fonctionnaires : surveillance accrue, pression en terme de rendement, déplacement de poste de travail en guise de punition, éclatement du statut avec mise en concurrence à l’égard du privé... Et je ne parle pas du blocage effectif du salaire et de la baisse du pouvoir d’achat.
            Quant aux managers de choc comme la Domitille présentée ici, ils prennent plus souvent la forme d’un Thierry Breton qui dégraissa à profusion à France Télécom pour valoriser les actions du groupe avant d’aller sévir ou vous savez...
            Mais exposer tout ceci aurait sans doute fait taxer l’auteur de gaucho-maoïste et aurait sans doute été beaucoup plus difficile à mettre en forme que cette satire sotte et superficielle.
            Baptiste

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