Du vieux et du neuf : le pari de Lynn Johnston

  • De 1979 à 2008, Lynn Johnston a publié le strip {For Better or For Worse} mettant en vedette la famille Patterson. La série, diffusée par l’agence Universal Press Syndicate, est parue dans plus de 2000 journaux de 23 différents pays. En 2008, après 29 ans, Johnston a mis fin à son feuilleton… sans pour autant déposer son crayon.

En effet, de 2008 à 2010, cette dernière s’est amusée à réaliser de nouveaux strips et à les insérer au sein de la trame narrative déjà existante. Une sorte de préquelle qui paraissait dans la presse en alternance avec les rediffusions. L’anthologie Something Old, Something New, qui vient de paraître aux éditions Andrews McMeel Pusblishing (l’éditeur associé au syndicate), est une compilation de ces strips, anciens et nouveaux.

En 2007, alors que Johnston s’apprêtait à boucler sa série, son syndicate propose de rediffuser ses anciens strips dans les journaux. Mais l’auteure juge alors son travail de débutante avec sévérité : les strips des années 1979-1981 lui semblent insuffisamment développés et son humour manque parfois de finesse ou de subtilité. Il serait gênant de les publier tels quels. Pourquoi ne pas prolonger les intrigues en y insérant, de temps à autre, de nouveaux gags ? L’auteure décide alors de créer ces « pre-runs » ou « pré-diffusions », qui seront publiés dans la presse, en alternance avec les strips plus anciens. Une première dans l’histoire du strip anglo-américain ! C’est ainsi que Something Old, Something New est une version « augmentée » et commentée des trois premiers recueils de la série : I’ve got the One-More-Washload Blues…, Is this « One of Those Days », Daddy ? et It Must Be Nice to Be Little.

À cette époque, FBOFW d’abord et avant tout une série humoristique familiale de style « gag-a-day » (elle deviendra par la suite un feuilleton aux ramifications complexes). Le strip met alors en vedette Elly Patterson, femme au foyer, mère de deux enfants, Michael, quatre ans et Elizabeth, deux ans. Son mari John est dentiste. Ceux-ci habitent dans une petite municipalité canadienne. Au fil des strips, Michael commence l’école, la famille adopte le chien Farley (nommé ainsi d’après l’auteur canadien Farley Mowat), et Elly, insatisfaite de sa vie au foyer, décide de terminer ses études universitaires en s’inscrivant à des cours du soir.

Du vieux et du neuf : le pari de Lynn Johnston
Deux générations de dessinatrices canadiennes : Lynn Johston et Myriam Roy
Photo © Le Bédénaute

Au sein de l’anthologie, l’auteure a choisi de publier les strips selon un ordre narratif aussi cohérent que possible. C’est ainsi que le neuf et le vieux se côtoient ; seul un astérisque placé dans la marge prévient le lecteur que le strip a été réalisé en 2008-2010 et non en 1979-1981. Ce choix, sans doute le plus intéressant (compte tenu de la logique interne du recueil), s’est révélé être un véritable puzzle pour l’auteure. Aussi la version définitive de l’ouvrage n’est pas exempte d’erreurs : certains gags se répètent et quelques anachronismes se glissent parfois dans la trame narrative (ex : Michael s’inquiète du sort son chien Farley alors que celui-ci n’a pas encore été officiellement introduit dans la série). Enfin, certains gags sont, de l’avis de l’auteure, ratés. Ces erreurs, Johnston les assume parfaitement. Ainsi, plutôt que chercher à dissimuler ses défauts, Johnston choisit de nous livrer un portrait complet (et honnête) de son œuvre.

Outre les nombreux commentaires de l’auteure, les anecdotes personnelles et les photos familiales que celle-ci insère dans l’anthologie (Johnston s’étant inspirée de sa propre famille pour créer la saga des Patterson), le véritable intérêt de Something Old, Something New est sa manière de nous faire sentir la marque du temps. Graphiquement, d’abord, le style de Johnston a beaucoup évolué en trente ans de métier. En ce sens, les astérisques qui dénotent les nouveaux strips sont quasiment inutiles ; un œil avisé repère facilement les nouvelles illustrations. De même, comme Johnston le fait remarquer, chercher à imiter son style de jeunesse s’est avéré un véritable défi, même pour une dessinatrice chevronnée.

© Lynn Johnston et Andrews McMeel Publishing

D’un point de vue narratif, certains strips, de par leurs thématiques, trahissent également leur âge. En tant que femme au foyer, Elly occupe un rôle parfois ingrat auquel se refuseraient nombre de femmes aujourd’hui. De même, la question de la fessée peut difficilement, en 2011, être considérée comme un sujet d’humour. Certains gags, d’ailleurs, n’ont pas reparu dans les journaux, même s’ils ont été inclus dans l’anthologie. Enfin, la présence de vêtements ou d’objets des années 1980 sont autant d’indices qui nous plongent dans une autre époque : Johnston a même jugé bon de redessiner un ancien strip contenant une dactylo, un objet qui, à ses yeux avait une connotation trop ancienne.

Bref, Something Old, Something New aura été une aventure unique dans le monde du strip et, surtout, une expérience jouissive : « Je crois que j’ai réussi à améliorer le tout. Ce qui est sûr, c’est que j’ai eu du plaisir. Essayer de dessiner comme je le faisais à cette époque était un défi plaisant. J’ai beaucoup aimé jouer avec les enfants, le chien et les adultes en mode « slapstick ». Les intrigues plus sérieuses et plus complexes qui sont venues quelques années plus tard ont rendu mon travail un peu moins drôle et moins fluide. J’ai pu à nouveau faire de la comédie domestique, de l’humour peau de banane, utiliser des onomatopées comiques [1] . » Il semble donc que Lynn Johnston, que l’on surnomme « la grande dame de la BD canadienne », ait réussi son pari.

Lynn Johnston à Gatineau, en 2009.
Photo © Le Bédénaute

L’anthologie Something Old, Something New fait 404 pages. Celle-ci est disponible au Canada et aux États-Unis, et devrait également être distribuée en Europe en version originale anglaise. Quelques albums de la série For Better or For Worse ont été traduits en français et publiés en France chez Vents d’Ouest, sous le titre Family Life. For Better or For Worse est souvent désigné comme étant « le strip canadien ayant connu le grand succès de tous les temps ». Grâce à celui-ci, Johnston a remporté, en 1985, le prestigieux Reuben Award, remis annuellement par la National Cartoonist Society, aux États-Unis.

(par Marianne St-Jacques)

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Lire notre interview avec Lynn Johnston

Lire notre article « Au cœur du strip »

Le site officiel de For Better or For Worse (en anglais seulement)

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[1« Well, I think I succeeded in making things better. I certainly had fun. Trying to draw the way I did back then was a challenge I enjoyed. It was fun to play with kids and the dog and slapstick adults. The serious story lines of the later years had made my work less fluid and less funny, and now I was drawing pratfalls, writing goofy sound effects, and doing domestic comedy again. » Traduction libre.



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Source : Datalib
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7 Messages :
  • Du vieux et du neuf : le pari de Lynn Johnston
    16 avril 2011 22:10, par Alex

    Je me demande toujours pourquoi le strip à disparu en France, à la vue de toutes ces réussites internationales de grande qualité.

    C’est bien entendu lié à la presse quotidienne mais : les journaux vont-ils si mal qu’ils ne peuvent s’offrir l’oeuvre d’un dessinateur de strips- économiquement (calcul par surface) un strip est moitié moins cher que le travail d’un copywriter.

    Le strip fidélise le lecteur, c’est avec la météo, un incontournable de lecture -bien loin devant la bourse. J’aime beaucoup cette phrase de "je sais plus qui" :" Never take a strip with a pet, you’ll never get rid of it"

    Est-ce que la société francaise est si polarisée ? Du coup on n’ose pas et on se dit que Charlie et le Canard couvre déjà le terrain ? Cette démission -principalement de la presse populaire et la presse conservatrice- est assez surprenante. J’aimerais bien y trouver une explication logique, quand on sait que la bd peut aussi servir un propos idéologique, social, média-critique... J’en passe.

    Pourquoi ce "non" massif ? Je n’ai jamais dit Non, qui a dit Non aux strips ?

    Répondre à ce message

    • Répondu par Fred Boot le 17 avril 2011 à  01:18 :

      Les blogs dessinés sont inondés de strips cependant. Peut-être qu’en France le genre s’est "déplacé" vers un autre support.

      Répondre à ce message

    • Répondu par la plume occulte le 17 avril 2011 à  13:29 :

      Le strip est dans les gènes anglo-saxon.

      Chez nous-puisqu’il est rattaché à la BD-il souffre d’un déficit d’image.Parce que chez nous la BD souffre toujours d’un déficit d’image malgré ce que l’on s’évertue à croire et dire.Toutes les postures,effets d’annonces et d’intentions,plastronnades,et autres racolages en direction des publics qui font l’opinion n’y auront rien vraiment changé.Dans le grand imaginaire collectif,la BD reste une petite et gentille amusette, pour attardés immatures et incultes.Il ne faut pas se faire d’illusion.

      En France,les journaux quels qu’ils soient,sont encore trop déterminés par la doxa germanopratine.On aurait du mal à le leur reprocher puisque chez nous tout les relais d’opinions -ou presque-et donneurs de prix sont aussi "intoxiqués".Tout un contexte culturo-éduco-social mène à ça.

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      • Répondu par Sergio Salma le 17 avril 2011 à  22:47 :

        J’aime bien la question de la "disparition" du strip car l’appellation même de la bande dessinée réside dans le fait qu’il s’est agit au départ d’une bande de la page remplie autrement que par du texte. En Belgique aussi, on pouvait se poser la question . Depuis des dizaines d’années, les quotidiens ou les grands hebdos d’information ont toujours publié des strips en provenance des Etats-Unis. Sans avoir fait de recherches chronologiques j’imagine qu’il s’agit là de plusieurs vestiges. 1) les importations massives de tout ce qui venait de là-bas après la deuxième guerre. 2) les prix bas pratiqués par les agences 3) l’âge moyen des lecteurs de pas mal de ces journaux , tout a convergé pour qu’on se dirige vers une utilisation de cet espace "historique" par du matériel américain, multi-diffusé et plutôt pépère dans l’esprit. La page , le quart ou le cinquième de page dans un de ces supports avaient un coût, il aurait été difficile sans doute de payer une création pure. D’autant que l’aspect technique et logistique était aussi un souci vite réglé quand on achetait 500 ou 1000 strips déjà prêts à l’emploi. Il y a eu Bara en Belgique(et sans doute ailleurs) qui fut de la création ; je n’en suis d’ailleurs pas sûr. Le phénomène de la bande dessinée a vite muté en France-Belgique puisqu’il y a eu assez tôt des revues qui ont publié toutes sortes d’auteurs( sensibilités politiques mais aussi humeurs générales, publics ciblés etc...) La bande dessinée n’avait donc plus besoin de cet espace-là pour se répandre, la demande étant ailleurs et le terrain bien occupé. Les auteurs de bandes dessinées francophones ont développé ( avec Hergé et Casterman en pionniers) le format de l’album, deuxième vie pour un récit,ça n’a l’air de rien mais quelle révolution ! Pour le reste du monde à quelques exceptions près , c’est le contraire qui s’est passé.

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        • Répondu par Alex le 18 avril 2011 à  01:24 :

          D’accord avec votre analyse -et celle des 2 précédents intervenants.

          On reste privé toutefois dans la longueur et dans l’expérience de lecture du dévellopement -ou du gag- quotidien. Cela aucun recueuil ne peut l’offrir. Ni aucun album. C’est du quotidien dont je parle, quand un artiste évolue en symbyose avec son public.

          Prenons la bd underground américaine : Bill Griffith n’a jamais été aussi pointu que lorsque "Zippy" est devenu un strip distribué. Plus de focus. Il y a une fidélisation nécessaire du lectorat à effectuer. La version album d’un récit qui tend à s’étendre en cycles et sagas ne me semble pas être le choix idéal.

          Ou alors allons vers le comic-book. Ou le manga. La bd franco-belge me paraît être dans une impasse : coûts de fabrication trop élevés, dessinateurs sous-payés- mais demande croissante. Les scénaristes sont talentueux comme jamais et les dessinateurs rivalisent de talent. Mais cela ne décolle jamais- ni publiquement ni économiquement. Le problème est structurel.

          Contrairement à mes précédentes interventions je dois admettre que je vois de + en + le passage au numérique comme une planche de salut pour une bd ancrée sur le quotidien, vivante et diversifiée. Un contre-point bienvenu face à l’uniformisation du récit.

          Car cette partie tout au moins le monde de la bd francophone a bien du mal à l’assumer sous ses formes actuelles.

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          • Répondu par Sergio Salma le 18 avril 2011 à  09:40 :

            Je ne comprends pas bien votre scepticisme, Alex. Si effectivement le blog permet à des centaines d’auteurs de vivre leur art à chaud, je me pose la question de la pertinence parfois. Comme dans les quotidiens au niveau informatif, on tombe souvent dans le vite-fait, le vite-exprimé. A part quelques artistes qui ont ça dans le sang, on est quand même généralement dans le journal intime plaisant mais sans trop de portée puisque le propos n’est pas d’être en phase avec le public. Et puis surtout, les auteurs chez eux, en roue libre, ça conduit souvent à de la complaisance, il manque le regard d’un...éditeur. Ou du moins d’un point de vue correcteur, de balises... De plus, cette connexion avec des publications existe bel et bien. Vous refusez , Alex, de voir qu’il subsiste des périodiques où la bande dessinée est le vecteur principal. Il n’y a évidemment pas de quotidien mais quelques hebdos et surtout des mensuels BD ou en partie BD qui permettent à des auteurs de s’épanouir, de progresser , de faire leurs armes ou d’affirmer leur excellence. Presque avec la même pertinence qu’un journal comme Pilote melting-pot de légende. Une prépublication permettant de plus un prix de planche tout à fait correct.

            La différence aux Etats-Unis c’est que ce lien qui lie les auteurs de bd (en strips) est historique puisque depuis les premières publications dès la fin du XIXè siècle, début XXè c’est là et uniquement là dans les grands quotidiens et dans toute la presse "régionale" que les auteurs ont existé. En France à la même époque, l’espace réservé à cette bande l’a d’abord été à des auteurs satiriques ou à des récits illustrés (la bande littéralement dessinée n’était en fait qu’un récit illustré avec les textes en bas de l’image ). Car en même temps naissaient des revues uniquement réservés à la jeunesse, c’est là déjà que le "divorce " a eu lieu entre presse et bande dessinée. C’est exactement au même moment que se développait une littérature jeunesse( bien plus ancienne historiquement). Je n’ai pas les précisions techniques mais c’est aux USA que ce sont développé les syndicates qui ont dès le départ( phénomène dû à l’étendue du pays )distribué le même strip dans des centaines des supports parfois et poussant la même pratique vers l’international.

            Il a fallu attendre les années 60 environ pour que des auteurs publient en dessinant ce qu’ils voyaient par leur fenêtre. Sans oublier toutefois que des centaines d’autres plaçaient dans des histoires a priori de pure distraction leur vision du monde sans avoir besoin d’un lien quotidien avec leurs lecteurs. De nombreux pays ( je pense à l’Argentine, la Suède...) ont soutenu le binôme presse-bande dessinée( avec de la création ou avec des strips US) sans du tout se préoccuper du souci majeur en France-Belgique càd le livre, l’album et la reconnaissance particulière qui l’accompagne. Le comic-book aux USA et l’équivalent au Japon dès les années 40 ou 50 ont formé l’entre-deux, ni album ni presse ( on n’y parlait pas de l’actu de front).
            Chaque pays ayant sa définition de la bande dessinée et son mode de fonctionnement économique et son approche intellectuelle ( l’Italie par exemple est le pays qui a créé le premier support BD pour la jeunesse et aussi le premier salon de bande dessinée).

            En conclusion, vous semblez avoir une vision noire( du présent et de l’avenir) alors qu’en même temps , se publient des ouvrages incroyablement inventifs . Vous semblez considérer les difficultés économiques comme révélatrices d’un dysfonctionnement( les auteurs sont moins payés, le marché est encombré, les nouvelles technologies bousculent tout...) ; vous oubliez combien votre Age d’or était une période ultra-difficile pour tous les auteurs (tous genres confondus, presse, Artima &co, grands hebdos classiques...). Il fallait abattre beaucoup de planches pour vivre de ce métier. Nous nous retrouvons peut-être, avec un environnement différent, dans cette situation. Les années 80 ou 90 ont permis à une génération de n’avoir pas trop de difficultés à publier( là encore c’est relatif) puisque les magazines étaient nombreux et le marché de l’album en expansion. Ce sont peut-être ces années 80 et 90 qui ont été une anomalie.

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            • Répondu par Alex le 20 avril 2011 à  21:24 :

              Cher Mr Salma,

              Mon pessimisme doit être de nature. J’apprécie vos interventions qui donnent matière à réfléchir. Et c’est ce que je vais faire : vous avez de très bons arguments.

              Répondre à ce message

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