Dupuy & Berberian, Grands Prix d’Angoulême 2008

27 janvier 2008 13 commentaires
  • 2009 héritera d’une présidence bicéphale. Ce sont les dessinateurs Philippe Dupuy et Charles Berberian qui succèdent aujourd’hui à la Présidence de l’Académie des Grands Prix d’Angoulême. La génération de la Ligne Claire accède à la plus haute place du podium.
Dupuy & Berberian, Grands Prix d'Angoulême 2008
Monsieur Jean, la série de référence de Dupuy & Berberian, pionniers du récit intimiste dans les années 1980
éditions Dupuis

Ils font partie de ces rares duos indissociables comme Bouvard & Pécuchet, Laurel & Hardy ou Roux & Combaluzier… Normal, ils sont l’un et l’autre dessinateurs et scénaristes et ils travaillent ensemble depuis des années.

Né le 15 décembre 1960 à Sainte-Adresse (France), Philippe Dupuy avait fait l’École nationale supérieure des Arts décoratifs. Sa rencontre avec Charles Berberian date de 1983. Ils ne se lâcheront plus, imposant leur trait dans près de 25 albums de bande dessinée et dans le monde de la publicité sous la signature commune de Dupuy-Berberian.

Frère du cinéaste Alain Berberian, Charles Berberian, quant à lui, est né le 28 mai 1959 à Bagdad (Irak). Après une jeunesse libanaise et des études à l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris où il rencontre François Avril, il entame sa collaboration avec Philippe Dupuy à partir de 1983.

Dupuy & Berberian, une présidence bicéphale (Autoportrait). Une première dans l’Académie des Grands Prix
(C) Dupuy-Berberian
Leur dernier album : "Un peu avant la fortune", sur un scénario de J-C. Denis.
Editions Dupuy, pardon, Dupuis.

Leur style est caractéristique d’une certaine vague de la bande dessinée de la fin des années 1970 et du début des années 1980 : la Ligne Claire, dont les figures sont Joost Swarte, Ever Meulen, Serge Clerc, Yves Chaland, Ted Benoit, Floc’h, ou François Avril. Ce dessin simple, joueur avec le design, s’inspire des grands noms de l’École belge, comme Hergé, Tillieux et Franquin. C’est ce qui explique pourquoi notre duo publie son premier ouvrage, Petit peintre dans la collection Atomium de l’éditeur belge Magic-Strip où ils côtoient Yves Chaland, Serge Clerc, Daniel Torrès, François Avril…

Autre source d’influence, les grands illustrateurs de l’École de Paris des années 1930, parmi lesquels Gus Bofa, Chas Laborde, Jean Émile Laboureur, voire Beuville, et des grands affichistes comme Savignac. Ce dessin clair, limpide, direct leur vaut, à l’exemple de leur mentor Yves Chaland, de figurer parmi les artistes les plus appréciés par la publicité, ce qui leur vaut d’être signalés dans le livre d’Alain Lachartre, Objectif Pub (Editions Magic-Strip/Robert Laffont) dès 1984. Leurs illustrations pour le marchand de vin Nicolas sont connues de tous.

L’art caractéristique dans "Monsieur Jean" de Dupuy et Berberian. Une ligne claire moderne.
(c) Dupuis.

Ils reçoivent le Prix du meilleur album à Angoulême en 1999 pour Monsieur Jean, une série intimiste qui contribue à l’émergence de l’autofiction et du récit autobiographique qui fera fureur dans les années 1990 (une histoire de cette série a été adaptée pour le cinéma sous le titre «  Ce soir, je dors chez toi » par Olivier Baroux en 2007). Elle avait été publiée aux Humanoïdes Associés, tandis que leur autre série Journal d’Henriette était née dans Fluide Glacial. Ils contribuent ainsi aux deux labels les plus en pointes du moment.
Dupuy et Berberian constituent un bon exemple de ces auteurs de la génération des années 1980 qui ont fait la jonction avec la nouvelle donne contemporaine puisqu’ils publient à L’Association Le Journal d’un album et quelques carnets de dessins chez Cornélius.

Ils ont récemment publié chez Dupuis un ouvrage avec Jean-Claude Denis, « Un peu avant la fortune », qui illustre bien la veine sociétale dont nos auteurs sont coutumiers. Prochainement, ils doivent publier Bienvenue à Boboland chez Fluide Glacial dont on avait vu quelques pages dans Télérama et dans Libération. Ils projettent de publier chez Futuropolis un récit de science-fiction.

Fred, membre de l’Académie des Grands Prix, Charles Berberian, José Munoz et Philippe Dupuy, sur le balcon de la rue Hergé, ce midi.
Photo : Nicolas Anspach

Venus sur le balcon en compagnie de José Munoz pour recevoir les ovations de la foule (tous leurs éditeurs étaient là : Dupuis, Fluide Glacial, Futuropolis…), Charles Berberian entama avec José Munoz un duo musical improvisé. Les deux hommes ont sifflé l’air argentin intitulé « Le petit oiseau dans la Pampa ». Un passage de relais on ne peut plus sympathique.

Un hommage à Savignac par Dupuy et Berberian
Dupuy et Berberian

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Photo en médaillon (c) Nicolas Anspach

 
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13 Messages :
  • c’est chouette, dupuy et berberian, mais bon angougou, c’est une consécration, pas de lambil, , pica etc, toujours d ela bd bobo, c’est dommage.
    les mecs qui lisent du dupyuy, sfar , trondheim etc
    ont lu un jour du laudec, du cauvin, pourquoi on les snobbe chaque année, ils ont de la merde dans les yeux.
    mais j’aime bien monsieur jean, mais bon...

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    • Répondu par Tilou le 30 janvier 2008 à  10:39 :

      Moi qui vait à la librairie chaque semaine acheter une ou deux BD depuis plus de quinze ans, le palmarès m’est très utile pour m’orienter parmi le grand nombre d’albums qui sortent chaque année.
      Tous ce qui est primé au festival, je sais que ce n’est pas la peine que je m’y intéresse.

      Je sais que c’est triste, mais c’est comme ça.
      Elire un Wolinski Grand Prix alors qu’un Cosey ne l’est pas, on marche quand même un peu sur la tête, non ?

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      • Répondu par Michel Dartay le 30 janvier 2008 à  23:14 :

        Bon, le jury a du avoir le remords d’avoir oublié
        le grand rédac-chef de Charlie-MENSUEL : il a quand même fait découvrir Munoz, Crepax, Varenne et Barbier (et beaucoup d’autres....). Et livré à Pichard le scénario sympa de Paulette. Et la plupart des BD traduites avaient du goût...

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  • Prix amplement mérité pour Dupuy et Berbérian. Deux rectificatifs. Charles Berberian a fait l’école Olivier de Serres et pas les Beaux-arts. Et leur dessin ample, rond et délié n’est pas assimilable à la ligne claire dont Floch ou Ted benoit sont les héritiers.

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    • Répondu par JPA le 30 janvier 2008 à  15:40 :

      Ben non, Berbérian a fait et Olivier de Serres et il est parti en même temps que moi aux Beaux Arts, na. Et on a pas fini les deux écoles...

      Charles avait trop de talent déjà pour accepter de se faire c... dans ces deux écoles.

      En réalité aucune des deux écoles n’offrait suffisamment d’intérêt pour des passionnés de BD. Seul Philippe a continué aux Arts Décos où l’enseignement était plus excitant.

      JP A

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  • Dupuy & Berberian, Grands Prix d’Angoulême 2008
    28 janvier 2008 09:13, par moustique

    J’ étais ravi de voir cette année MUNOZ à la barre du festival.
    Je suis toujours un peu triste
    que COSEY passe a coté de ce prix
    Je trouve qu’ il a joué un rôle pas négligeable dans la maturation de cette bande dessinée d’ auteur que l’ on connait aujourd’hui ...
    Cosey auteur trop discret pour le grand prix d’ angouleme ?

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    • Répondu par Alan le 31 janvier 2008 à  15:51 :

      Mais oui !! Depuis le temps que j’attend Cosey ! Il est inventif, fourni des histoires sacrément bien construites, pleine d’émotion...
      Mais je crois qu’on ne peut qu’être déçu par un grand prix. Veyron, que j’adorre, consacré au moment de son navet (Trois d’entre elles), Zep, beaucoup, beaucoup trop tôt !!! Pourquoi pas Boulet ? Enfin, moi je suis déçu par D&B depuis le #4 de M. Jean. C’est des publicitaires maintenant non ?
      Cosey ! définitivement. Ou Rabaté.

      Mais j’ai une question : qui a voté pour le grand-prix (à part Munoz et Fred) ????

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  • Dupuy & Berberian, Grands Prix d’Angoulême 2008
    28 janvier 2008 12:20, par Jeanjean

    Je suis bien d’accord, Laudec, pica, le roi Cauvin...
    "Ils ont de la merde dans les yeux".
    Ce n’est pas faux. Mais bon sang ! C’est de la bd commerciale.. Eh rappelez-moi ce qu’est la bd commerciale. C’est une bd que la majorité des amateurs de bd adore et achète. Des auteurs discrets, des scénaristes talentueux qui travaillent et qui aiment le public en leur offrant le meilleur. Ah ! Les tuniques bleues, Ric Hochet, Buck Danny, de très bonnes bd parmi tant d’autres...
    Mais, il est de bon ton de cracher sur cette bd et sur nous lecteur qui l’achetons car nous n’achetons pas ces "merdums" speudo intellectels mal dessiné au scénario inexistant, en version noir et blanc et vendu plus cher qu’un album couleur..
    Sinon, après ce coup de gueule, j’aime bien Dupuy et Berberian. Ils ont du talent mais méritaient-il ce prix ?

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  • Angoulème,plus que jamais,récompense une "certaine BD"...A l’image de Cannes qui récompense un "certain cinéma".
    Cela ne m’empeche pas d’aimer Dupuy et Berberian,mais je regrette aussi le certain dédain envers une BD plus classique,plus "grand public" qui peut,elle aussi,être de qualité.

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  • Dupuy & Berberian, Grands Prix d’Angoulême 2008
    28 janvier 2008 18:26, par jd45

    Je suis plutôt satisfait de la ... consécration de Dupuy/Berberian. Leur travail, même si certains le trouvent quelque peu orienté "bobo", reste accessible au grand public. Dommage d’ailleurs que leur oeuvre ne soit pas davantage promotionnée.
    Année après année, je déplore (visiblement je ne suis pas le seul) le manque de reconnaissance à la BD franco-belge, au "gros nez", au comique, à l’aventure. Des oeuvres sans prétention autre que de distraire, faire rêver, amuser et que tout le monde a lu à un moment de sa vie (gamin, ado ou même adulte). Cauvin trop productif pour être de qualité ? Fournier, Kox, Tibet, Roba ... et tant d’autres continueront-ils à être oubliés ?

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    • Répondu par ghost le 29 janvier 2008 à  17:26 :

      Cauvin, Fournier, Kox, Tibet, Roba ne méritent pas le grand prix d’Angoulème. C’est peut être populaire, mais au niveau de la qualité c’est vraiment bof, c’est gentil et mignon, mais c’est de la BD de papa qui n’a pas évolué depuis les années 50.
      Sinon il serait temps que les jurés récompensent un scénariste, pourquoi pas Christin ou Van Hamme, mais le nom auquel je pense est celui de Jean-Pierre Dionnet (le Goscinny rock et underground) qui a révolutionné le monde de la BD (de la télé, du cinéma...). Dionnet grand prix d’Angoulème, ça aurait de la gueule et j’imagine que le père Dionnet boosterait le festival, les expositions et sa couverture médiatique.

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  • Dupuy & Berberian, Grands Prix d’Angoulême 2008
    29 janvier 2008 23:53, par François Pincemi

    Ils sont ensemble depuis bientôt 24 ans, sont-ils pacsés ? Ou travaillent-ils seulement ensemble si l’on oublie l’année sabbatique 2006 où chacun travailla de son coté (Dupuy sur Hanté, Berberian sur la musique) ?

    Quoi qu’il en soit, ils ont lancé la BD intimiste pour bobos, qu’ils en soient remerciés !

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    • Répondu par BD75Paris le 30 janvier 2008 à  14:04 :

      Non, je ne pense pas. Ils sont tous deux mariés et pères de famille depuis longtemps. Le style de Dupuy ou de Berberian en solo n’est pas celui du tandem Dupuy-Berberian. Chacun porte un regard correcteur sur le travail de l’autre, et le résultat final est le travail d’une véritable symbiose. Ce tandem-là n’a pas grand chose à voir avec celui de Schuiten et Renard (l’élève et le prof, vers 1980), ou celui des Dupond-Dupont (deux collègues sans lien familial).

      Par ailleurs, on peut très bien être bobo sans lire Tétu ou militer à la gay-pride !°)

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