Dylan Dog : Le Point de vue des zombies - par Cavenago & Sclavi - Mosquito

23 octobre 2020 0 commentaire
  • Avec plus de 360 albums en Italie et un film sorti il y a quelques années, Dylan Dog est une série qui certes accroche moins le public francophone, mais qui mérite pourtant largement le détour !

C’est en 1986 que Tiziano Sclavi a donné vie à Dylan Dog, un personnage étonnant… Un détective privé spécialisé dans les enquêtes supranormales, un flic étrange aidé par un assistant au visage bien connu, Groucho, plus moraliste mais tout aussi mordant que son sosie cinématographique. Cet écrivain prolixe et éclectique a voulu, dès le départ, user des codes habituels du polar, mais en les mélangeant avec ceux de la bande dessinée d’horreur.

Et dès ses débuts, ce personnage eut un succès retentissant. À raison d’un fumetti par mois, il a conquis en deux temps trois mouvements un public fatigué sans doute des routines d’une bande dessinée italienne populaire signée Bonelli. Pour tenir ce rythme, il a bien évidemment fallu que ce héros de papier passe de main de dessinateur en main de dessinateur tout au long d’une existence loin d’être terminée d’ailleurs !

Dylan Dog : Le Point de vue des zombies - par Cavenago & Sclavi - Mosquito

Force est de reconnaître que ce succès immense dans la Botte italienne n’a pas du tout été celui des traductions en français. Et pourtant, un héros comme Dylan Dog a permis à bien des dessinateurs de s’amuser et d’amuser leurs lecteurs en même temps, allant jusqu’à attirer l’attention d’Umberto Eco.

Oui, de s’amuser ! Avec un sens de la mise en scène très proche du cinéma, tout en abordant, en filigrane, des thèmes aussi fondamentaux que l’amitié, la folie, la poésie, le rêve et le cauchemar. Ce qui fait de l’horreur, omniprésente, une sorte de miroir de tout ce qui compose notre vie au quotidien, bref l’humanité.

Et dans cet épisode dessiné par Gigi Cavenago que les éditions Mosquito mettent aujourd’hui en évidence, l’interrogation soulevée touche le présent, l’avenir, et tout ce qui sépare, dans le temps et la réflexion, ces deux pôles de l’existence et de ses quotidiens.

Tout commence par une phrase qui indique, immédiatement, que l’ambiance du livre va osciller entre le vécu et ses infinis possibles : Londres, le lendemain ! De fait, Dylan Dog entre sans raison apparente dans une vieille bouquinerie, et il y achète un livre dont les pages sont blanches, d’abord, avant de se couvrir de mots, de récits… Des récits qui racontent l’histoire de zombies, des zombies qui vivent auprès de nous et qui, petit à petit, insidieusement, prennent le pouvoir de la politique comme de la vie économique.

Il y a dans la construction graphique de ce livre (par chapitres), un hommage évident à la BD américaine des revues Eerie ou Creepy, chères entre autres à Stephen King . L’utilisation d’ambiances pop art colorées ajoute encore à ce côté quelque peu désuet mais porteur, en même temps, de la possibilité de faire sourire autant que réfléchir.

Le thème du temps sans cesse inversible n’est certes pas neuf, et fut utilisé par des grands auteurs comme Seignolle ou Prévot. Mais, ici, il devient comme un cercle, symbole souvent utilisé dans cet album d’ailleurs. Le cercle, celui de la vie, celui aussi du mouvement perpétuel de l’horreur quotidienne.

Cela dit, l’aspect littéraire est bien présent dans ce livre. Jugez-en avec ces quelques phrases épinglées : "Même les morts peuvent mourir", "La révolution est l’unique but de la vie", "L’horreur absolue : le monde est normal" !

Ce qui caractérise le héros Dylan Dog, plus que son investissement dans le monde de l’ailleurs, c’est sa volonté de faire le choix des libertés, de toutes les libertés, contre par exemple le totalitarisme policier qui va jusqu’à intervenir (violemment) dans la santé des citoyens. Non, ce n’est pas une extrapolation de ma part, cette réflexion se trouve bel et bien dans cet album, illustrée par un récit qui parle de l’interdiction du tabac et des pouvoirs absolus de la police en la matière ! Comme le disait un politicien que je me refuse de nommer : « Il faut parfois faire le bonheur des gens contre eux !... »

Mais ce qui fait la qualité de ce livre, d’abord et avant tout, c’est le plaisir qu’on peut prendre à le lire. Et là, pas de doute, le plaisir est vraiment au rendez-vous, et les éditions Mosquito continuent à faire une œuvre importante, celle de nous faire découvrir la bande dessinée italienne dans toutes ses réalités !

(par Jacques Schraûwen)

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Le point de vue des zombies - par Gigi Cavenago et Tiziano Sclavi - Mosquito - 68 pages – août 2020

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