"Eggman" ou le Paradoxe de Parrondo

10 février 2021 0
  • Diffusées quotidiennement sur les réseaux sociaux durant l’année 2020, les planches de "I Am the Eggman" – plus de 300 – sont aujourd’hui rassemblées par L’Association en un gros volume format à l’italienne. José Parrondo, grâce à un véritable travail d’ascèse et de synthèse, met son talent au service d’une fantaisie de haut vol et nous pond ce qui a tout l’air d’un futur classique. Suivez-moi donc de l’autre côté du miroir à la découverte du pays d’ "Eggman", et n’oubliez pas que si on ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs, les chroniques sans coquilles quant à elles se font rares.

"Eggman" ou le Paradoxe de Parrondo

I am the egg man
They are the egg men
I am the walrus
Goo goo g’joob

I am the Walrus,
Lennon / Mc Cartney
(Magical Mystery Tour - The Beatles, 1967)

I Am the Eggman - Par José Parrondo - L'Association 2021

Dans I Am the Eggman, José Parrondo, met en scène les péripéties d’un drôle de petit bonhomme en forme d’œuf évoluant dans un univers absurde et des plus minimalistes ; les personnages secondaires s’y font rares, les décors se limitent à une ligne d’horizon, les intrigues sont ténues et les mots quasi inexistants. Pourtant dans ces successions d’ épisodes en quatre cases d’un noir et blanc implacable, Parrondo titille l’imaginaire du lecteur en lui offrant un étrange espace de jeu, celui de la Bande Dessinée.

En effet, le 9e Art joue avec des signes, leurs perceptions et la manière dont le lecteur les décode. Une légère variation dans un trait et tout change d’une case à l’autre ; un cercle se transforme en trou, l’ombre devient la lumière, une bulle un poids mort, etc... En jouant avec ces codes, en révélant finalement ses tours de passe-passe, Parrondo met à nu les rouages de son médium préféré.

Tout l’art parrondesque consiste alors à briser l’illusion pour mieux sauver la magie.

I Am the Eggman - Par José Parrondo - L'Association 2021

Étrangement addictive, cette bande dessinée me hante depuis plus d’un an (comme dit plus haut, José l’a commencé durant le premier confinement et a posté une page sur Facebook tous les jours) et donc, histoire de me désenvoûter, je me suis tourné vers l’auteur liégeois pour en savoir un peu plus sur son petit bonhomme court sur patte et aux yeux tout ronds.

Comment vous est venu Eggman ?

C’est la question la plus difficile, mais je vais répondre par une situation que j’ai vécue il y a quelques années. J’essayais d’écrire un conte pour Le Rouergue. Je ne voulais qu’écrire, pas dessiner. L’idée était d’écrire une histoire avec un bûcheron cherchant une forêt. J’ai travaillé pendant deux ou trois mois sur mon texte, avançant, reculant, tricotant, détricotant… Pour, à la fin, laisser tomber cette envie d’écriture. Et j’ai fait une longue histoire dessinée et muette, toujours avec mon bûcheron cherchant sa forêt. Tout ça s’est donc bien terminé ! Et ce projet est devenu un livre paru au Rouergue, appelé : Où ? 

En fait, il n’y a pas d’échec ; juste des essais qui mènent là où on ne s’y attend pas. Pour Eggman, c’est un peu la même chose. J’ai de nouveau fait une tentative d’écriture : l’année passée j’ai essayé d’écrire des textes avec un personnage vivant dans une armoire... Et j’ai fini dans des strips muets ! Le muet est donc apparu, à deux reprises, comme la prolongation d’une ambition littéraire. 

  I Am the Eggman - Par José Parrondo - L'Association 2021

On devine une contrainte très forte dans Eggman : un gaufrier de quelques cases, très peu de personnages, pas de paroles ni d’arrières-plans et un rythme quotidien de publication sur les réseaux sociaux …

Toutes ces contraintes ont poussé le projet. Et on peut dire aussi : le projet a poussé parmi les contraintes. Sans contraintes, pas de moteur de création.

Pour moi Eggman s’inscrit dans une tradition du strip à l’humour étrange qui va de Krazy Kat à Placid et Muzo, en passant par M Le Magicien de Mattioli.

Merci pour ces rapprochements flatteurs. Krazy Kat est un grand classique. Mais je ne l’ai pas vraiment lu, juste un peu. Par contre, j’ai été biberonné au Placid et Muzo dès l’âge de 9 ans. Je dévorais tous les Poches : Placid et Muzo Poche, Pif Poche, Pifou Poche

J’ai redécouvert les Peanuts sur le tard et la mécanique du strip y est appliquée avec une maestria impressionnante. Il y a les thèmes récurrents chez les Peanuts, les chutes amenant une suite, les histoires construites à partir d’une succession de strips, etc. J’ai beaucoup appris chez les Peanuts.

Peanuts, aussi connu en version française sous les noms de Snoopy, Snoopy et les Peanuts, Snoopy et le petit monde des Peanuts ou Charlie Brown, est un comic strip (bande dessinée) écrit et dessiné quotidiennement, sans interruption et sans assistance, par l'Américain Charles M. Schulz (1922 - 2000) d'octobre 1950 jusqu'à sa mort, en février 2000.

On parle souvent de votre dessin en employant une expression que je déteste "faussement naïf", alors que je te rangerais plutôt du côté des « minimalistes » comme Jochen Gerner, Fabio Viscogliosi ou Nicolas Malher (pour ne citer qu’eux)...

Ha ha, je déteste cette expression aussi ! J’aimerais beaucoup être naïf, mais je suis juste une machine de travail. SI je ne travaille pas sur un projet, je suis perdu. Je me sens assez proche de Jochen, Fabio et Mahler, ils ont tous une approche très particulière, s’il manquait l’un d’entre eux, il faudrait l’inventer ! Je n’ai pas choisi ma façon de dessiner. Je n’ai pas fait d’études de dessin et j’ai dû inventer un univers simple, qui s’est développé peu à peu. J’y vais très doucement : j’ai décidé de faire mon premier cube en perspective à 45 ans (et ça m’a ouvert un univers !) Dans dix ou vingt ans, vais-je connaître les plongée/contre-plongée ? Cette façon de faire me permet d’exploiter jusqu’à l’usure des moyens réduits. Je pars de peu et j’use le peu.

I Am the Eggman - Par José Parrondo - L'Association 2021

Avec Eggman, vous montrez et démontez, au propre comme au figuré, l’envers du décor du 9e Art...

L’envers d’un décor ou le théâtre apparaissent finalement peu dans Eggman. Il y a beaucoup d’autres situations. Le plus souvent, la situation est une ligne (le sol). Si sur cette ligne je mets un arbre et que je place Eggman en face, j’attends de voir ce qui se passe. C’est un mécanisme : on confronte, on associe Eggman à quelque chose et une histoire en découle. Le plus difficile, je pense, n’est pas d’inventer l’histoire mais de mettre Eggman face au bon élément qui va servir de déclencheur. Les mécanismes et les codes de la BD sont des éléments de jeu. Ce qui est intéressant c’est que ces mécanismes sont invisibles, on ne dessine pas un mécanisme. Et les codes sont assez discrets, voire invisibles. C’est du peu ou du rien visuel. C’est excitant de faire du visuel à partir de l’invisible.

I AM THE EGGMAN, José Parrondo - L'Association 2021

Êtes-vous d’accord avec moi : nous ne pouvons pas parler de Eggman sans évoquer les Beatles et la chanson The Walrus ?

« I am the eggman, I am the walrus … The walrus was Paul  » (« Je suis l’homme œuf, je suis le morse… Le morse était Paul »). C’est John qui le dit.

Mais ça c’est dans la chanson « Glass Onion ». Il dit aussi « I was the Walrus but now I’m John » (« J’étais le Morse mais maintenant je suis John ») dans « God » un des titres de son premier album solo, John Lennon/Plastic Ono Band.

Ah oui, c’est vrai ! un vrai rejet de « beatleité »… Alors pourquoi ce titre, pourquoi ce personnage pour ma BD ? Ce n’est pas un lien caché avec les Beatles, c’est un lien direct, un cordon ombilical presque. Il y a des liens cachés dans mes autres livres mais parfois ces liens sont tellement cachés que je ne m’en souviens même plus. En 1979, à 14 ans, je suis tombé dans la Beatlemania de deuxième génération. Et je n’en suis apparemment plus sorti. Ce groupe c’est tout de même la création et l’inventivité avant la technique.

C’est un groupe qui a su cultiver ses défauts pour en faire des qualités. John, Paul, George & Ringo ont ajouté leurs défauts - transformés en qualités - à leurs qualités premières. Je ne sais pas si je suis clair. Bon, revenons à 1979 : j’achète tous leurs disques avec mon argent de poche, je reçois une guitare et leur songbook, je m’esquinte les doigts à faire des accords, je veux être un Beatle, je joue dans des groupes, je ne suis pas un Beatle. Dix ans passent, 1989, je me mets à dessiner en appliquant leurs préceptes à mon dessin, avec un avantage : je ne peux pas me séparer (même si je connais aussi des disputes internes). On parle toujours du cinquième Beatle, mais je pense que ce cinquième Beatle, c’est chacun de leurs fans. Il y a donc une quasi infinité de cinquièmes.

Impossible de parler de cette chanson sans faire un tour chez Lewis Carroll...

Oui !

La chanson parle d’un morse bien sûr, mais aussi de l’homme-œuf : Humpty-Dumpty !

Purée, tout tient ensemble !

Dans le livre de Carrol , Humpty-Dumpty dit à Alice "Quand j’utilise un mot, il signifie exactement ce que j’ai décidé qu’il signifie, ni plus, ni moins."Pour moi ce que dit Humpty Dumpty vaut pour Eggman. Quand vous dessinez un cercle dans une case, c’est un cercle, la case suivante c’est un trou... Mais vous décidez ce qu’il est au moment où vous le faites. Pas de triche, pas de mensonges, ce qui est dessiné est ce qui est …

Un œuf ne rebondit pas sinon il se casse ! Autrement dit, si je parle trop d’Eggman, il risque de m’échapper…En réfléchissant, je me dis que Lewis Carrol et Humpty Dumpty ce sont vos choix, votre interprétation, mais pas forcément les miens. Pour le non-sens, j’ai deux références absolues : Edward Lear et ses "limericks" ;et Ramon Gomez de la Serna et ses "greguerias".

Through The Looking Glass, Lewis Carroll

Pouvez-vous nous expliquer ce que sont les "limericks" et les "greguerias" ?

Les limericks sont de courts textes que j’ai connus à travers Edward Lear, qui est un écrivain anglais du XIXe siècle que j’apprécie beaucoup. C’est entre la poésie et la prose, selon moi. Edward Lear était aussi un excellent dessinateur, il agrémentait ses limericks de très beaux dessins à la plume.

Un Limerick d'Edward Lear

Il y avait un vieil homme avec une barbe,
Qui a dit : "C’est exactement ce que je craignais ! -
Deux hiboux et une poule, quatre alouettes et un troglodyte,
Ont tous construit leurs nids dans ma barbe.

Les greguerias de Ramon Gomez de la Serna sont des textes encore plus courts, de petites sentences très bien écrites, qui semblent surgir de son esprit sans effort. Bien entendu, cette apparente facilité est le fruit d’un labeur. Ramon Gomez de le Serna définit ses greguerias de cette façon : " humour + métaphore ---> gregueria " Et ce qui est amusant, c’est que Ramon dessinait aussi. Certaines de ses greguerias sont garnies de petits dessins très attachants. Deux dessinateurs, comme Lewis Carroll !

Une Gregueria de Ramon Gomez de la Serra

"La chose la plus difficile pour un cavalier est de conserver l’image de son cheval reflétée dans l’eau."

Je vois une sorte de clin d’œil à ces pratiques littéraires dans les petites peintures agrémentées d’une phrase qui ponctuent les aventures d’Eggman.

Si l’on veut, oui.

I Am the Eggman - Par José Parrondo - L'Association 2021

Dans certaines de ces peintures, reviennent souvent des réflexions sur l’échec ou la médiocrité ou le ratage, et comme vous êtes de Liège, je me demandais si vous connaissiez l’œuvre de Jacques Lizène, le petit maître liégeois de la médiocrité ?

Oui, je connais Lizène,. Je n’ai jamais parlé avec lui mais on a eu des amis liégeois communs. J’apprécie son travail c’est avec lui que mon ami Phil a fait son dernier concert, son avant-dernier C’était avec moi. Phil, le dessinateur de BD décédé en 2013 avec lequel j’avais fait un groupe, les Solides Gaillards. Je croise parfois Lizène dans la rue ou lors de vernissages, c’est petit, Liège. Tout ce petit monde gravitant autour du Cirque Divers tenu par Michel Antaki, autre figure importante dans l’art liégeois (et du monde de la nuit.

Antaki tenait une galerie d’art, un café et un club de jazz-boîte de nuit... J’ai croisé Chet Baker au Cirque Divers vers 1995. Il venait à Liège pour se fournir en substances illicites chez un saxophoniste-pharmacien,.

Jacques Lizène - Contraindre le corps à s'inscrire dans le cadre de la photo, 1971, photographies N.B, tirages argentiques, 76 x 89 cm.

Qu’est ce vous intéresse dans les échecs de ce pauvre Eggman ?

Si tout lui réussissait, ce serait moins drôle. Et surtout, je n’aurais rien à en tirer.

Que pensez-vous de conclure notre entretien sur Eggman par : « - I am he as you are be as you are me and we are all together » (« Je suis lui comme tu es lui comme tu es moi et nous sommes tous ensemble ») ?

J’aime bien l’idée de mettre les premiers mots du morceau The Walrus en tant que mot de la fin. Du pur Lennon, ces mots ! Et quel débit !

The Beatles, Photo promotionnelle pour le Magical Mystery Tour

Comme l’auteur le dit lui même, à trop parler d’Eggman, il risque de lui échapper.
Quant à moi, il me tient encore à cœur de le saisir mais sans le casser, du moins comprendre ce qui m’obsède toujours chez lui. Au cours de mes recherches sur José, je suis tombé par hasard sur un article consacré à la théorie des jeux et dont le sujet était : Le Paradoxe de Parrondo.

La coïncidence était trop belle : ce célèbre paradoxe de la théorie des jeux est bien souvent décrit comme « une stratégie qui gagne avec des jeux perdants  » et comme José parle d’échec dans cet entretien et que le ratage est souvent mentionné dans les petites toiles qui rythment les péripéties d’Eggman, j’ai donc passé une annonce sur les réseaux pour m’entretenir avec quiconque ayant la bosse des maths et quelques minutes à perdre.

Qu’est ce que le Paradoxe de Parrondo ? Est il applicable à la narration d’une bande dessinée ? Existe-t-il une quelconque correspondance entre cette théorie et les aventures de notre cher Eggman ?

Le physicien espagnol Juan Manuel Parrondo. Son Paradoxe n'a pas grand chose à voir avec le travail de son homonyme. Quoique...

Voilà ce que mon ami virtuel Marc Bousquet m’a répondu :

« Malheureusement, je crois qu’il n’y a pas grand chose à tirer du paradoxe de Parrondo dans ce cas précis. Je tiens juste à préciser que je suis pas probabiliste ou statisticien, j’ai juste fait une thèse en maths, mais c’était en géométrie. Bref, de ce que je comprends de ce paradoxe (qui s’appuie, chez Parrondo, sur un exemple assez complexe et peu intéressant à expliquer) est juste une illusion qui se lève en comprenant la notion d’indépendance dans le monde des probas (on croit que les différents jeux sont indépendants, et l’idée d’obtenir un jeu gagnant avec des jeux perdants est chelou, mais en fait ils sont liés, d’où le paradoxe).

I Am the Eggman - Par José Parrondo - L'Association 2021

Après, et c’est mon humble avis, tirer des paradoxes mathématiques (ou même des propriétés) vers d’autres champs que les maths est un peu dangereux (à moins de vouloir déconner ou juste percuter deux mondes) et ne débouche pas sur grand chose. Même Thom, avec sa magnifique Théorie des catastrophes, s’y est cassé les dents.

Après, si l’idée est de dire que c’est à force d’erreurs, de ratages, d’errements que l’on aboutit à quelque chose, c’est sans doute vrai mais peu lié au paradoxe de Parrondo. Si une autre idée est de dire que derrière une illusion (ou une forme de magie, comme dans la BD ici concernée) se cache une mécanique (qui expliquerait cette illusion), c’est aussi vrai sans doute mais peu lié au paradoxe de Parrondo. 

Bref, je ne vois pas comment lier ce paradoxe (pas passionnant en vérité, à part en théorie des jeux ou en probas car il met le doigt sur une erreur classique) à un autre domaine, celui de la narration en BD compris.

I Am the Eggman - Par José Parrondo - L'Association 2021

Après, je vois que tu évoques Lewis Carroll et la logique, ce qui me semble ici beaucoup plus intéressant que le paradoxe de Parrondo. Voir même l’idée de la création sous contraintes, qui rejoindrait ce qui a donné naissance à l’OuLiPo (ou OuBaPo pour la BD bien plus tard), où les mathématiques et la logique avaient une place de choix. Ce que fait Carroll, c’est une sorte un retournement ou une adaptation de la logique, c’est-à-dire que ce dont j’ai besoin pour avancer, je le définis comme un axiome. Si ce monde ne me plaît, pourquoi ne pas en inventer un autre. C’était l’idée des logiciens lorsqu’ils ont refondé l’édifice mathématique avec la théorie des ensembles. Je définis une série d’axiomes et hop, je reconstruis tout. Carroll n’a pas fait autre chose avec Alice (et on s’en souvient car c’était incroyablement bien construit), et, d’une certaine manière, c’est ce que fait ton Parrondo dans sa BD. Il y a là un vrai sujet pour lier l’idée de logique mathématique (ou philosophique, ce qui ici est un peu la même chose) et la narration, en BD ou ailleurs.

I Am the Eggman - Par José Parrondo - L'Association 2021

Tous les créateurs le font en fait, mais certains poussent le truc un peu plus loin. Ton Parrondo le fait très bien apparemment. Je me définis une axiomatique et j’entame une narration à l’intérieur de cette axiomatique.

C’est un peu la même idée avec l’écriture sous contraintes, théorisée par l’OuLiPo. Plus les contraintes sont fortes, plus ma création sera libre (on trouve cela déjà chez Epictète d’ailleurs). Ce que fait Parrondo ici.

Voilà, désolé de répondre à côté finalement, mais, sincèrement, je ne vois pas trop l’intérêt du paradoxe de Parrondo ici. En revanche, le lien avec la logique (et donc l’univers de Carroll) et avec l’écriture sous contraintes est très net.  »

I Am the Eggman - Par José Parrondo - L'Association 2021

Chouette réponse, n’est ce pas ? Mais ce n’est pas encore ça.

Car, en plus de l’aspect ludique de ce type de proposition artistique , ce qui fascine à la lecture de I Am The Eggman, c’est la curieuse sensation de contempler quelque chose qui, bien loin de la vie, est au plus proche du vivant. De voir sous son nez s’épanouir un écosystème autonome qui évoluera au fil des pages puis dans notre imagination, une fois le livre terminé… Et peut être même bien sans nous, dès que que nous avons le dos tourné.

Un peu comme sur les plages où, en se retirant à chaque marée basse, l’océan laisse un petit peu de lui-même dans les rochers. À l’intérieur de ces innombrables trous d’eau se forment des petits univers en réduction. Lorsque la marée remonte, une partie de leur contenu se retrouve emportée, brassée, mélangée , pour se retrouver, peut-être, à la marée suivante dans une nouvelle distribution.

À chaque fois qu’une feuille se tourne, Eggman se remet en jeu, lui et son petit monde. C’est peut être pour ça qu’il me glisse entre les doigts...

Alors, pour conclure cette chronique, aux faux-airs de chasse au Snark, rien de tel qu’une jolie phrase de l’écrivain roumain Panaït Istrati : « Je vois bien les œufs cassés, mais où donc est l’omelette ? »

José Parrondo

(par Thomas BERNARD)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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(Ce texte et l’entretien avec José Parrondo ont été écrits en grande partie pour l’exposition I AM THE EGGAMN qui s’est déroulée à la Médiathèque Françoise Sagan (Paris) dans le cadre du 8e [Festival Formula Bula, Bande Dessinée et plus si affinités->https://www.actuabd.com/Formula-Bula-2020-la-8e-edition-du-festival-aura-bien-lieu.)

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