« El Comandante Yankee » : la passion, camarade !

21 septembre 2019 1 commentaire
  • L’album est paru en mai, mais alors que se pointent les fêtes, il nous faut parler en cette rentrée de cet épais volume de la collection Aire Libre chez Dupuis qui retrace de façon éblouissante le parcours de William Alexander Morgan, une tête brûlée qui s’était mise au service de la Révolution cubaine en 1959, seul « Comandante » américain de l’armée de Castro. Une figure hors-normes.

De la Révolution cubaine, nous retenons quoi au mieux ? Une icône pop che-gevaresque qui a orné et orne encore des T-Shirt partout dans le monde, un barbu éructant des heures durant, et pour les plus lettrés d’entre nous, un Nobel de littérature malade et dépressif pêchant en haute mer.

Il y a pourtant derrière cette équipée militaire et politique le destin d’un peuple qui s’arracha d’une dictature, celle de Fulgencio Batista qui avait fait de son pays la base arrière de la mafia américaine et qui oppressait durement son peuple alors que l’Europe s’était débarrassée d’Hitler.

« El Comandante Yankee » : la passion, camarade !
« El Comandante Yankee » – Par Gani Jakupi
© Dupuis
« El Comandante Yankee » – Par Gani Jakupi – – Edition spéciale à 777 exemplaires avec frontispice inédit, numéroté et signé, imprimé sur papier d’art.

La part « yankee » de la Révolution

Le mérite du livre du scénariste et dessinateur Gani Jakupi est de rétablir la complexité historique : le régime castriste n’avait pas vocation à se jeter dans les bras de l’URSS. Mieux, Castro dialogue beaucoup et longtemps avec les Américains, d’autant plus prompts à la manipulation et à la traîtrise qu’ils défendaient leurs intérêts et notamment ceux de leurs puissants chefs de la mafia Meyer Lansky et Santo Trafficante Junior. Il décrit précisément ce nid de vipères.

Il y fait émerger la figure de William Alexander Morgan, un citoyen américain déchu de sa nationalité pour s’être mis au service d’un pays ennemi des USA. Le parcours fantasque d’un chef militaire qui avait combattu en Asie dans l’armée des États-Unis pendant la Deuxième Guerre mondiale et qui en avait déserté pour l’amour d’une femme. C’est pour une autre femme qu’il rejoint le groupe rebelle castriste d’Eloy Gutiérrez Menoyo. Son intégration est difficile : on se méfie du « Yankee », une véritable tête brûlée. Mais son implication et ses connaissances de l’art militaire vont faire de lui le seul « comandante » yankee de la révolution cubaine dont il est nommé « héros national » avant de se retrouver dans le piège d’un régime qui opte -par opportunisme- pour l’idéologie communiste et d’être fusillé en 1961, accusé d’avoir fomenté l’assassinat du Lider Maximo en complicité supposée avec la CIA.

« El Comandante Yankee » – Par Gani Jakupi
© Dupuis
Enquête sur El Comandante Yankee : Une autre histoire de la révolution cubaine (essai) – Par Gani Jakupi – La Table ronde

Un travail historique exemplaire

Nous soulignons souvent dans nos chroniques à quel point le travail historique des auteurs de bande dessinée fait régulièrement la leçon aux historiens. C’est encore le cas ici. Jakupi est véritablement parti à la recherche des différents acteurs de cette histoire et, sur la base de documents de première main issus d’amis proches ou de la famille, restitue un portrait saisissant et précis pas seulement du « Comandante Yankee » mais aussi de ses jeunes compagnons de route qui, renversant une dictature, en ont installé une autre qui dure encore.

D’origine kosovare, Gani Jakupi sait combien l’Histoire bruit de ces fureurs qui brisent la vie des hommes. À voir dans le dossier final de l’ouvrage tous ces vaillants jeunes gens, femmes et hommes, qui se sont battus pour leur liberté avec en mémoire la Guerre d’Espagne et la victoire alliée contre le nazisme, on ne peut manquer de les trouver beaux dans leurs uniformes de guérilleros, tout sourire, chemise ouverte, manches retroussées, mitraillette à la main…

« El Comandante Yankee » – Par Gani Jakupi
© Dupuis

Mais le trait un peu charbonneux de Jakupi est là pour rappeler que l’Histoire est moins nette et qu’elle avance toujours au prix de destins brisés et sur les cadavres de morts courageuses dont l’histoire n’a pas été écrite par les vainqueurs.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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• Enquête sur El Comandante Yankee : Une autre histoire de la révolution cubaine (essai) – Par Gani Jakupi – La Table ronde – 24€
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