"Elfes" poursuit sa chevauchée avec cinq nouveaux albums

19 avril 2014 0 commentaire
  • La série-concept de Soleil de 2013 avait livré cinq one-shots présentant cinq races d'Elfes. La qualité des albums ne s'est pas démentie, et grâce à leur succès public, la suite de ces aventures se profile d'ici à quelques semaines.

Si les séries multi-dessinateurs au long cours avaient fait les beaux jours des années 2000 (Décalogue, Triangle secret, etc., il semble que la page se soit tournée après Destins et Voyageur. Déjà bien lancées précédemment (7), les séries-concepts, qui partent d’un modèle de production approchant, semblent être le moteur des années 2010 !

Le cahier de charge est globalement clair : un duo d’auteurs planche sur un seul récit, qui vient s’inscrire dans une thématique donnée (uchronie, évasion, sept personnages ou monuments, les complots, etc.) Le lecteur doit donc apprécier suffisamment le fil rouge de la série pour prolonger son plaisir avec les autres albums, sans avoir l’obligation de lire les autres titres de la collection pour comprendre la nouveauté. De plus, on peut débuter avec un premier cycle et le prolonger avec plus d’ardeur si la sauce prend, comme cela a été le cas pour 7 ou encore Jour J.

La qualité des albums ne pâtit d’ailleurs pas de ces prolongations. Pour preuve, chez Soleil, l’excellent niveau du premier tome d’Oracle qui propose de revisiter les affrontements entre les hommes et les dieux de la mythologie grecque. Que cela soit pour Elfes ou pour Oracle, c’est Jean-Luc Istin que l’on retrouve à la barre de deux récentes séries-concept du label toulonnais.

"Elfes" poursuit sa chevauchée avec cinq nouveaux albums

Un premier cycle d’Elfes rondement mené

L’idée des éditions Soleil pour 2013 était aussi simple qu’imparable : revenir aux fondamentaux de la maison créée par Mourad Boudjellal : l’Heroic Fantasy, dans le cadre d’une thématique aussi connue que peu visitée : les Elfes. Cinq albums en moins d’un an, portés par des dessinateurs doués et des scénaristes réputés.

Cinq one-shots ont donc été présentés en moins d’un an, offrant des récits autour de cinq "races" d’Elfes. L’éditeur-scénariste Jean-Luc Istin, co-créateur de cette série-concept avec Nicolas Jarry, nous expliquait il y a peu les particularités qu’ils y avaient apportées : "Nous désirons que les lecteurs lisent ces tomes comme ils le désirent [...] : chaque auteur est libre de bichonner son one-shot et chaque lecteur est libre de se procurer l’album qui le séduit le plus. Bien entendu, les cinq albums lus ensemble portent plus de sens qu’un seul, c’est ainsi qu’on découvre le mieux cet univers."

C’est Istin lui-même qui avait ouvert le bal avec les Elfes bleus, suivi par Nicolas Jarry et ses Elfes sylvains. Le premier réussit le pari d’imposer un scénario dense, rythmé et mouvementé qui laissait la part belle à son dessinateur Kiko Duarte, le graphisme demeurant un identifiant cardinal chez Soleil. Et si l’intrigue de Jarry était plus linéaire, le souffle épique et la réussite de l’alchimie avec son dessinateur Maconi prolongea avec succès le lancement de la série.

Un album primé

Alors qu’on craignait une certaine mollesse en milieu de cycle, le troisième tome bénéficia d’une incroyable alchimie entre Olivier Peru & Stéphane Bileau. La thématique des Elfes blancs, sages vivant reclus des autres races, pouvait laisser craindre un album un peu trop paisible. Au contraire, les auteurs ont su merveilleusement tirer parti de cette différence en exploitant l’aspect solitaire des chasseurs de dragons, jouant sur la dualité de caractère tapie en chacun de nous. Les lecteurs ne s’y sont d’ailleurs pas trompés car ce tome a été récompensé par le Prix des lycéens de Poitou-Charente au FIBD d’Angoulême 2014, ce qui n’est pas courant pour une série-concept.

le Prix des lycéens de Poitoux-Charente pour Elfes T3 Elfe blanc, coeur noir d’Olivier Peru & Stéphane Bileau

"Ce qui fait la force d’« Elfes », nous expliquait Olivier Peru, C’est l’alliance d’autant de talents dans un univers partagé, un peu à la Marvel. En plus d’avoir une immense arène dans laquelle on met tous nos jouets pour nous amuser ensemble, cette équipe de dix auteurs permet à la série d’avoir un rythme de parution rapide. Ainsi, nous pouvons sortir un bouquin tous les trois mois et ne pas faire attendre le lecteur pendant un an entre chaque album."

La présence de l’expérimenté Corbeyran permit de livrer un quatrième opus qui ne baissait pas en régime avec un récit mettant scène, belle idée, des semi-Elfes, enfants-métis nés des amours entre elfes et humains. Si ce récit ne pouvait rivaliser avec le précédent, il permit cependant de compléter l’univers des Elfes en proposant un autre type de destin, en opposition aux mondes souvent très nobles qui avaient été présentés auparavant. L’expérience de Jean-Paul Bordier (Guerres Celtes, Souvenirs d’un Elficologue, Les Contes du Korrigan) permit d’illustrer pleinement le récit sombre de Corbeyran.

Corbeyran & Bordier pour la légende de l’Elu des Semi-Elfes

La conclusion réussie des Elfes noirs

Le tome 5 est consacré aux Elfes noirs
Réalisé par Marc Hadrien & Ma yi

Mais, après cette légende boueuse et âpre des semi-elfes, on s’attendait à une descente aux enfers avec les Elfes noirs. Cette race inquiétante et connue des rôlistes avait été amenée par touches successives dans les différents albums précédents. Elle est issue des autres races et se trouve presque toujours en opposition avec celles-ci. Il tardait au lecteur d’en apprendre plus sur leur existence.

Le scénariste Hadrien a pris le parti de présenter un Elfe bleu qui devient noir. On se retrouve dès lors avec un récit qui lorgne sur Elfy Potter au pays des assassins. En effet, le jeune Elfe est entraîné dans une école où seuls les meilleurs meurtriers pourront survivre. Page après page, on découvre le destin de ces Elfes, sombres à plus d’un titre. Très bien mis en scène par Ma Yi, La Dynastie des Elfes noirs a donc clôt un premier jet de cinq récits qui se réussissait à innover tout en demeurant dans un cadre connu des lecteurs.

Et la suite !!!

Les premiers tomes ayant connu plusieurs réimpressions quelques mois à peine après leurs sorties, la qualité demeurant globalement constante, tant du point de vue du scénario que du dessin, il aurait surprenant que la série s’arrête en si bon chemin. Le retour mérité de la série ne nous a donc pas surpris. Elle se prolonge de fait avec cinq nouveaux tomes, dont le calendrier de sortie, duplique les cinq premiers tomes de la collection : les tomes 6 à 10 présentant à nouveau le destin des Elfes bleus, sylvains, blancs, semi-elfes et noirs.

Bien entendu, ici nulle résurrection de personnages décédés, mais rien n’empêche d’opérer des flash-backs les premiers tomes. Pour certains elfes principaux, en effet, la fin de leurs one-shots présentaient des conclusions très ouvertes :"Dès le départ, c’était mon souhait le plus cher de ne pas s’arrêter à cinq tomes, nous expliquait Jean-Luc Istin. Globalement, la suite de la série présente les mêmes personnages dans de nouvelles aventures avec les mêmes clans elfiques. Je précise cependant qu’il y aura plus d’interactions entre les tomes, notamment entre les elfes bleus, blancs et les semi-elfes !".

L’univers très bien construit de la série

Interrogé à ce propos, le dessinateur des albums des Elfes blancs primé à Angoulême, Stéphane Bileau, a accepté de lever un coin du voile pour nous : "Nous voulons préserver la philosophie du one-shot, sans forcer les lecteurs à acheter un autre tome pour comprendre le récit. Pour autant, nous allons placer des éléments secondaires dans des récits, qui prendront des rôles de premier-plan présents dans d’autres tomes. Dans mon cas, on pourra découvrir un artefact qui prendra tout son sens dans un récit suivant."

C’est le 6 juin que paraîtra le tome 6 prolongeant la série des Elfes, avec La Mission des Elfes bleus. En plus de la multiplicité des séries qu’il réalise et coordonne, Jean-Luc Istin continue de scénariser cette nouvelle aventures des Elfes bleus. Et cette continuité s’applique aux reste des dix auteurs de cet univers : pas question de changer une équipe qui gagne !

On y retrouvera sans doute le duo d’elfe et d’humain, Lanawyn et Turin, dont la relation pourrait doucement évoluer. Mais c’est à nouveau un acte étrange et tragique qui les rassemble car, dans la ville d’Aspen logée dans le froid du nord, on retrouve des cadavres d’humain aux premières lueurs de l’aube. Étrangement, ce sont les plus solides guerriers qui trépassent en premier, leurs cadavres disparaissant aussitôt... Les gens d’Aspen ont peur et implorent l’aide du roi des Elfes bleus du Nord qui leur envoie Lanawyn et Turin pour mener l’enquête...

Par la suite, le deuxième tome des Elfes sylvains devrait paraître pour la rentrée, et sans doute les Elfes blancs pour la fin de l’année. De quoi laisser un (bref) répit aux retardataires désireux de succomber aux flèches des êtres surnaturels.

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Concernant Elfes, lire également notre présentation du début de la série avec les trois premiers tomes "Elfes", la série-concept de Soleil, aligne son deuxième atout et l’interview du scénariste-éditeur, Jean-Luc Istin : « Elfes, la nouvelle série-concept de soleil devait s’appuyer sur un thème fort, résonnant comme une évidence ! »

Lire notre article sur la remise des prix jeunesse au FIBD d’Angoulême 2014, dont le Prix des lycéens de Poitoux-Charente pour Elfes T3 d’Olivier Peru & Stéphane Bileau.

Lire également nos récents articles concernant Olivier Peru :
- Oracles
- Mjöllnir, T1 : Le Marteau et l’Enclume
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