Elmer - Par Gerry Alanguilan - Çà et Là

3 mars 2011 0 commentaire
  • Avec Gerry Alanguilan, les poules ont une conscience avant d'avoir des dents. Sous cet éclairage, cette uchronie savoureusement allégorique examine les relations parfois conflictuelles entre humains et gallinacées. Après ELMER, vous ne verrez plus jamais les poulets de la même manière !

Attention, les éditions Ça et Là nous ont encore trouvé une petite perle. Après le multiprimé Trop n’est pas assez de l’Autrichienne Ulli Lust, voici un récit d’un dessinateur philippin inconnu du public européen. Évidemment, Gerry Alanguilan n’est pas apparu d’un coup de baguette magique avec ce récit.
Architecte de formation, il a encré un bon nombre de comics pour DC, Marvel et Image, et est l’auteur d’une petite dizaine de bandes dessinées, dont les deux dernières, Where Bold Stars Go To Die et ELMER ont été publiées par sa propre maison d’édition, Komikero Publishing. Bref, il fallait quand même aller la chercher, cette histoire d’anticipation uchronique un peu particulière.
Elmer - Par Gerry Alanguilan - Çà et Là
Imaginez qu’un jour, les poules et coqs du monde entier deviennent conscients. Conscients du monde qui les entoure, d’eux-mêmes, capables de parler, d’écrire, d’être aussi intelligents que les êtres humains. Comment réagiraient-ils ? Et comment réagiraient les Hommes ? Pourraient-ils coexister avec ces « ex-animaux » qu’ils massacraient encore la veille ? De leur côté, les gallinacés pourraient-ils oublier et pardonner les siècles de génocides alimentaires ?
Voila donc le fil rouge de ce récit dont le personnage principal s’appelle Jake Gallo, poulet de son état, et passablement énervé. Énervé contre les discriminations à l’égard de ses congénères et de lui-même, contre l’arrogance des humains, contre le fait que sa sœur a un fiancé humain, contre sa condition, contre la mort d’Elmer, son père, contre un nombre inimaginable de choses.
Mais Jake n’a pas toutes les cartes en mains (en ailes ?) pour comprendre. C’est un poulet de la deuxième génération. Il n’a pas connu ce matin du 3 février 1979 où tout a basculé, où les poules ont ouvert les yeux. Toutefois, grâce au journal intime de son père qu’il reçoit en héritage, Jake va découvrir les débuts de la cohabitation entre les deux espèces.

L’anthropomorphisme est connu depuis la nuit des temps de la bande dessinée. L’univers de Walt Disney a fait la démonstration que ce procédé fonctionne parfaitement. Maus l’a poussé encore plus loin. L’originalité d’Alanguilan est de limiter l’anthropomorphisme au minimum, et surtout de décider que ses personnages à plumes sont des poulets, et rien d’autre, mais avec une conscience. De cette manière, la parabole sur le racisme prend toute sa puissance et les capacités d’identification sont étonnantes. Émouvant, futé, drôle, ELMER se dévore avec gourmandise.

(par Thierry Lemaire)

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