Emil Ferris : personnalité BD de l’année 2019 - ActuaBD

31 décembre 2019 1 commentaire
  • Elle avait failli être choisie l’année dernière, mais elle dut s’effacer devant l’évidence Lupano qui avec "Les Vieux Fourneaux" illustrait parfaitement un esprit de révolte jouissif en cette année de Gilets Jaunes. Mais elle l’emporte finalement cette année, car ce qui était déjà remarquable en 2018 s’est transformé en 2019 en véritable phénomène... monstrueux. La rédaction a néanmoins réservé une « mention spéciale » à Jean-Marc Rochette, le dessinateur du "Transperceneige", qui a fait un retour remarqué cette année.
Emil Ferris : personnalité BD de l'année 2019 - ActuaBD
Editions Monsieur Toussaint Louverture

Un monstre en passe de devenir sacré ? Une sorcière de la bande dessinée, comme elle est -trop- souvent présentée ? Une chamane, en relation directe avec les esprits reliant les deux côtés de l’Atlantique ? Pas exactement... Mais une femme d’exception, au talent artistique et à la résilience hors du commun, dotée d’une profonde empathie et d’une croyance presque mystique en la capacité de transformation de l’être humain. Une autrice dont nous avons lu attentivement le travail -nous en attendons la suite dans un mélange d’impatience, de confiance et d’inquiétude- et que nous avons pu rencontrer, nous donnant ainsi la possibilité de témoigner de son incroyable aura, de sa passion pour le dessin et pour l’art en général, et de son attention aux autres.

Oui, c’est Emil Ferris qui, dans le domaine de la bande dessinée, est vraiment la personnalité la plus remarquable de l’année 2019 dans l’espace francophone. Son ouvrage Moi, ce que j’aime c’est les monstres, édité par Monsieur Toussaint Louverture, un éditeur que le monde de la bande dessinée découvre, a remporté le Fauve d’Or 2019 à Angoulême.

"Moi ce que j’aime, c’est les monstres !" d’Emil Ferris. Un roman graphique hors normes.
"Moi ce que j’aime, c’est les monstres !" d’Emil Ferris.
© E. Ferris / M. Toussaint Louverture

Un phénomène éditorial venu d’Amérique

ActuaBD l’avait vue venir puisque dès juin 2017 notre chroniqueur Frédéric Hojlo en soulignait très en amont le phénomène exceptionnel : « "My Favorite Thing is Monsters" : ce titre ne vous dit peut-être rien encore, mais il s’agit d’un des romans graphiques édités outre-Atlantique les plus impressionnants de ces dernières années. Tant pour son graphisme et son histoire que pour sa genèse, l’ouvrage de la dessinatrice Emil Ferris a été rapidement remarqué. Ses droits de traduction viennent d’être achetés en France, pour une somme rondelette, par un éditeur peu connu des amateurs de bande dessinée. Un projet éditorial hors du commun pour un livre qui fera probablement date. »

Et de fait, le phénomène se mettait en marche. Emil Ferris rafla quatre récompenses aux Eisner Award en juillet 2018 : Best Graphic album, Best Coloring, Best Writer/Artist, Best Publication design ! « My Favorite Thing is Monsters est un roman graphique monstre à lui tout seul de plus de 800 pages, écrivait notre correspondant à San Diego Laurent Melikian. Il s’agit de la première bande dessinée de son autrice, Emil Ferris, âgée de 55 ans. Cette illustratrice s’est engagée dans la bande dessinée après une maladie qui devait la laisser paralysée. Ce récit sur le meurtre d’une rescapée de la Shoah à Chicago dans les années 1960 est publié en Amérique du Nord par Fantagraphics. » Dans la foulée, les prix tombent comme à Gravelotte : Ignatz Award, Prix Lynn Ward, Prix Lambda Literary en 2017, les Prix Eisner et le Prix de la National Cartoonist Society en 2018.

Emil Ferris recevant ses Eisner Awards au Comic Con de san Diego 2018.
Photo : Laurent Melikian

Un coup de cœur pour ActuaBD et beaucoup d’autres

En août 2018, la rédaction d’ActuaBD en faisait son « Coup de cœur de la rentrée ». Voici ce qu’en écrivait Frédéric Hojlo, enthousiaste : « La richesse du récit, la profondeur des personnages et la variété des références - la mythologie et l’histoire de l’art sont constamment présentes - s’accordent idéalement avec le dessin d’Emil Ferris. Parfois d’une densité extrême au point d’en devenir oppressant, le trait devient plus simple, plus proche du croquis voire du crayonné quand l’esprit de Karen [la jeune héroïne du livre, alter-ego de l’autrice] est le plus perturbé. Nous passons alors d’un hyperréalisme somptueux mais un peu démonstratif à des dessins plus évocateurs et émouvants. De même, les couleurs souvent vives employées pour les monstres des fausses couvertures de comics et pour certains portraits laissent la place à un noir et blanc qui rend tout son dynamisme au trait de la dessinatrice. Soulignons enfin l’art de la composition d’Emil Ferris, à l’aise avec les pleines pages comme avec les découpages resserrés. »

Emil Ferris recevant son Fauve d’or à Angoulême des mains de Dominique Goblet, présidente du jury.
Photo : Frédéric Hojlo

La suite est à l’avenant. En 2019, l’album remporte le Grand Prix de la Critique ACBD, le Fauve d’Or au Festival international de la bande dessinée d’Angoulême, le Prix Micheluzzi de la meilleure bande dessinée étrangère en Italie… Dans la foulée, l’autrice nord-américaine accompagne le succès francophone : on la voit au festival parisien Formula Bula, faire une exposition à la Galerie Martel, participer à la première édition de Bédérama au Forum des Halles, animer une résidence au Louvre puis se rendre aux Rendez-vous BD de Gatineau au Québec. Elle participe même à l’une des plus grandes émissions littéraires françaises actuelles, La Grande Librairie.

En ce qui nous concerne, nous l’avions rencontrée à Angoulême pour une passionnante interview. Bref, pour nous, cela ne faisait aucun doute, c’était bien elle la « personnalité BD » de l’année 2019.

Mention spéciale à Jean-Marc Rochette

Le jury n’a pas voulu laisser passer une autre personnalité qui a fait cette année un « come back » remarqué : Jean-Marc Rochette, « pleinement de retour » à la bande dessinée après un très convaincant passage à la peinture.

D’une part, en réalisant une suite au Transperceneige aujourd’hui adapté en série TV aux États-Unis, d’autre part en publiant Le Loup (Casterman), second d’une cordée de romans graphiques montagnards débutée avec Aile Froide, ouvrage unanimement salué par la critique. Enfin, avec un beau livre et une exposition à la Galerie Maghen à Paris et le Prix Wolinski-Le Point de cette année, ce joli parcours méritait une mention.

Jean-Marc Rochette, lauréat du Prix Wolinski-Le Point avec Maryse Wolinski.
Photo : Pierre Garrigues.

(par Frédéric HOJLO)

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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LES PRÉCÉDENT LAUREATS

- 2018 : Wilfrid LUPANO pour les Vieux Fourneaux adaptés au cinéma et les multiples ouvrages de qualité publiés dans l’année.
- 2017 : Gilles RATIER pour son Rapport annuel qui servit de boussole à l’analyse de la BD en France pendant 20 ans.
- 2016 : Catherine MEURISSE pour la résilience affichée à la suite de la tragédie de Charlie Hebdo dans son ouvrage La Légèreté.
- 2015 : CHARLIE HEBDO et ses auteurs martyrs de la liberté de conscience et d’expression.
- 2014 : Marcel GOTLIB qui fêta ses 80 ans cette année-là avec une expo à Paris, à Lausanne puis à Bruxelles.
- 2013 : SPIROU, personnage créé par Rob-Vel qui fêtait ses 75 ans cette année-là, les éditions Dupuis s’arrangeant pour le rappeler toute l’année, mettant en place un parc d’attraction, des dessins animés, un film Live…
- 2012 : Albert UDERZO qui, changeant subitement d’avis, décidait de passer la main sur Astérix et de vendre sa maison d’édition à Hachette.
- 2011 : Fanny RODWELL parce que deux ans après avoir inauguré à ses frais le Musée Hergé, elle concrétisait le rêve de son premier époux de voir Tintin porté à l’écran par Spielberg.
- 2010 : Jean VAN HAMME pour la succession de XIII et de Thorgal et marquait les esprits en lançant simultanément les adaptations audiovisuelles de XIII, de Rani et de Largo Winch.

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