Emmanuel Lepage, Grand Boum du 35e Festival de Blois

25 novembre 2018 0 commentaire
  • C’est un auteur exemplaire, bourlingueur devant l’éternel, qui reçoit cette année le « Grand Boum » de Blois. Dans sa veine vériste, héritière d’une tradition de dessin qui compte des dessinateurs comme Pierre Joubert ou René Follet, Emmanuel Lepage a développé une palette de couleurs unique qu’il a mise au service de récits de fiction et de bandes dessinées de reportage dont la ligne thématique s’inscrit parfaitement dans le catalogue de Futuropolis, mais aussi dans celle du « Festival citoyen » de Blois.

« - Allô Lepage ? C’est Pétillon. Comme le veut la tradition, je t’annonce que tu as été choisi par le jury de BD Boum pour être le Grand Prix, le « Grand Boum » 2019… Heu, tu es toujours là ? »

Ainsi Emmanuel Lepage a-t-il appris en mai dernier, de la voix-même du précédent récipiendaire, sa qualité fraîche émoulue de « Grand Boum ». Pour se rendre compte qu’il avait déjà pris un engagement ailleurs et qu’il ne pourrait pas être présent pour recevoir son prix hier soir, retenu par ailleurs. Il ignorait que René Pétillon allait lui aussi être pris par d’autres engagements…

Emmanuel Lepage, Grand Boum du 35e Festival de Blois
Emmanuel Lepage, Grand Boum de Blois 2018
Photo Didier Pasamonik

Dans une lettre-hommage qui a été lue hier par son éditeur Claude Gendrot, Emmanuel Lepage a rendu hommage au créateur de Jack Palmer « J’aurais aimé dire à Pétillon, et devant vous réunis, comme je dévorais ses livres quand, ado, j’éclusais les bibliothèques, que j’achetais plus tard Le Canard enchaîné en grande partie pour ses dessins... »

L’éditeur Claude Gendrot a lu l’hommage rendu à Pétillon par Emmanuel Lepage.
Photo Didier Pasamonik

Né en 1966, Emmanuel Lepage doit sa vocation à Jean-Claude Fournier qui lui apprit le goût du dessin, à Pierre Joubert qui lui transmit les secrets de l’illustration et d’une mise en couleurs aux mille effets, et au généreux Christian Rossi qui lui apporta les rudiments d’une bande dessinée virtuose : «  Je me souviens de notre enthousiasme quand je bossais avec Christian Rossi, à commenter son travail. Nos « t’as vu sa façon de représenter Chirac façon grunge, Sarkozy fier-à-bras, Hollande toujours à côté de lui-même, macron ravi de la crèche ?  », se souvient-il.

Une carrière de plus en plus personnelle

Après des débuts dans la presse régionale (Ouest-France), Lepage avait publié ses premiers travaux au Lombard puis chez Glénat où la série Névé (1991), qu’il dessine et co-scénarise avec Dieter, le fait sortir du rang. En 2000, il dessine encore Alex Clément est mort (scénario de Delphine Rieu, Vents d’Ouest) avant d’entamer un tour du monde de près d’un an qui se traduira par quelques carnets de voyage.

Mais c’est réellement La Terre sans mal qu’il publie sur un beau texte de l’écrivaine Anne Sibran (2009), qui le met sur la voie de sujets sociétaux qui sont devenus depuis sa marque de fabrique. Parallèlement, sa manière, un travail à la couleur directe, déploya une puissance dans les jeux de couleurs et de lumière qui bâtit sa réputation.

"Muchacho" par Emmanuel Lepage
© Dupuis
"Muchacho" d’Emmanuel Lepage (Ed. Dupuis / Aire Libre)

Cette prise de distance marque un tournant dans sa carrière. Sa série Muchacho (2004) résulte directement de cette connexion au monde. Il y est pour la première fois seul au scénario et donne une nouvelle dimension à son travail dans son évocation de la Révolution sandiniste au travers de l’expérience aussi bien politique que sentimentale d’un jeune peintre séminariste.

"Voyages aux Îles de la désolation" (Futuropolis)

Ce double-album est un des joyaux de la collection Aire Libre chez Dupuis -alors dirigée par Claude Gendrot- qui fête ses 30 ans cette année.

Accompagnant cet éditeur chez Futuropolis avec deux volumes de Oh, les filles ! (2008), il entame ensuite un cycle de BD de reportage qui incluent aussi bien la visite du site de Tchernobyl (Les Fleurs de Tchernobyl, avec Gildas Chasseboeuf, Boîte à Bulles, 2012), qu’une odyssée aux Îles Kergelen (Voyage aux îles de la désolation, Futuropolis, 2011), une nouveau retour sur Tchernobyl (Un Printemps à Tchernobyl, Futuropolis, 2012), une mission en Antarctique avec son frère François, photographe (La Lune est blanche, Futuropolis 2014), Les Voyages d’Ulysse (avec Sophie Michel et René Follet, éditions Daniel Maghen, 2016), enfin Ar-Men – L’Enfer des enfers (Futuropolis, 2017) qui s’ancre dans l’évocation de la nature bretonne.

"La Lune est blanche" par Emmanuel Lepage
© Futuropolis

Remerciements et hommage à BD Boum

Dans sa lettre de remerciements, Frédéric Lepage rendit au passage un vibrant hommage au festival de Blois, BD Boum : « Je me souviens de Jean-Claude Fournier, qui m’initia à la bande dessinée, en réaliser l’affiche dans son petit atelier au bord de mer. C’est à Blois que j’ai rencontré, la première fois, mon autre mentor, mon ami, Christian Rossi. C’est là aussi que mes dessins furent exposés avec ceux de mon complice Michel Plessix sous l’égide de notre maître Jean-Claude… » Le maire de Blois était alors Jacques Lang, ébloui par le jeune homme, et le commissaire de l’exposition -déjà- Patrick Gaumer.

"Ar-Men – L’Enfer des enfers" par Emmanuel Lepage
© Futuropolis

Après avoir égrené quelques anecdotes, Emmanuel Lepage conclut : « BD Boum s’inscrit pour moi dans une longue histoire, un long chemin qui ne se veut pas que nostalgique, mais acteur du monde. Qui s’adresse aux auteurs, comme aux visiteurs, comme à des amis intelligents. Merci de cet honneur. Je le vois comme un signe d’amitié… et à l’an prochain ! »

Claude Gendrot, éditeur d’Emmanuel Lepage chez Futuropolis, et Christophe Degruelle, adjoint au maire de Blois pour la culture, avec le Prix Grand Boum d’Emmanuel Lepage
Photo Didier Pasamonik

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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En médaillon : Photos François Lepage.

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